Note personnelle : ,

Carafa, Michele — Masaniello (1827)

Format :

  • Drame lyrique (drame historique) en quatre actes, Masaniello ou Le Pêcheur napolitain.
  • Musique : Michele Carafa.
  • Livret : Charles-François-Jean-Baptiste Moreau et A. M. Lafortelle.
  • Langue : français (numéros chantés et dialogues parlés).

Création :

27 décembre 1827, Paris, Opéra-Comique.
Napolitain issu de la famille princière des Colubrano, élève de Cherubini à Paris et un temps officier dans l’armée napoléonienne, Michele Carafa s’était fait connaître à Naples, où le succès de Gabriella di Vergì (1816) avait rivalisé avec celui de Rossini, dont il devint l’ami intime. À partir de 1821, l’Opéra-Comique, en concurrence avec le Théâtre-Italien et l’Opéra, fait de lui son « Rossini » maison (Jeanne d’Arc, Le Solitaire…). Après l’échec de Sangarido en mai 1827, Masaniello est un triomphe : la critique, Fétis en tête, salue le renouvellement de son style, plus dramatique et déclamatoire, s’éloignant de la manière rossinienne pour se rapprocher du goût français, tout en citant des chansons populaires napolitaines. L’œuvre atteint 69 représentations à l’Opéra-Comique dès juillet 1830 et devient le chef-d’œuvre de son auteur. Ironie de l’histoire : Carafa descendait des frères Diomede et Giuseppe Carafa, nobles napolitains honnis dont l’un fut lynché par la foule lors de la révolte de 1647.

Livret :

Le sujet s’inspire de la révolte menée en juillet 1647 par le pêcheur et poissonnier napolitain Tommaso Aniello, dit Masaniello, contre les taxes excessives imposées par le gouvernement vice-royal espagnol et les abus de l’aristocratie. Dans l’esprit de concurrencer l’Opéra sur le terrain du drame historique à grand spectacle, l’Opéra-Comique accepta ce livret de Moreau et Lafortelle, d’abord rejeté par la censure, qui y voyait « un sujet aux implications dangereuses » où « le chef de l’insurrection est présenté comme un héros et ses adversaires, les nobles, comme des monstres ». Plusieurs passages durent être édulcorés : la révolte ne vise plus l’impôt lui-même mais l’arrogance des collecteurs, et le peuple en appelle aux lois de Charles Quint et à la protection du roi. Deux mois plus tard, le 29 février 1828, l’Opéra créait sur le même sujet La Muette de Portici d’Auber, livret de Scribe, qui allait inaugurer le grand opéra et éclipser l’ouvrage de Carafa.

Intrigue :

  • Acte I : Sur la place du marché de Naples, sous domination espagnole. Le collecteur Calatravio vient percevoir la taxe sur les ventes ; la belle Léona, femme du pêcheur Masaniello, préfère jeter sa marchandise plutôt que de la vendre taxée, et elle est arrêtée malgré l’émeute. Le Génois Ruffino, qui a lui-même inspiré cette taxe pour attiser la colère populaire contre les Espagnols, voit en Masaniello l’instrument de sa vengeance ; il éveille sa jalousie envers le comte de Torellas, épris de Léona depuis qu’elle lui a sauvé la vie. Une bohémienne a prédit à Masaniello qu’il deviendrait roi de Naples, mais que le trône le mènerait à la tombe ; lui préfère sa vie simple de pêcheur. Apprenant que la libération de Léona coûte cent ducats, il prend la tête du peuple révolté, qui réclame le rétablissement des privilèges accordés par Charles Quint.
  • Acte II : Dans la cabane de Masaniello. Les révoltés ont délivré Léona, portée en triomphe, et Masaniello, désormais chef de l’insurrection, repart au combat. Le comte de Torellas, déguisé pour échapper à la foule, se réfugie chez Léona et lui avoue son amour. Surpris par Ruffino, il est confié à la garde de Giacomo, un rebelle ivre de Pouzzoles, à qui il dérobe sa lettre de commandement avant de s’échapper sous son identité. Masaniello, découvrant la supercherie, est fou de jalousie, mais la cause du peuple l’emporte ; Léona et les siens sont arrêtés et conduits chez le gouverneur.
  • Acte III : Au palais du gouverneur, le duc d’Arcos. La famille de Masaniello, reçue avec égards, s’émerveille du luxe du palais. Masaniello vient négocier ; il refuse les honneurs qu’on lui offre, démasque le double jeu de Ruffino et obtient la promesse du rétablissement des anciens privilèges. Mais Ruffino, arrêté, lui fait comprendre par une chanson que les actes sont des faux : Masaniello rompt les négociations et le peuple envahit le palais.
  • Acte IV : Masaniello, installé dans une demeure où il est traité en roi, a obtenu le rétablissement des privilèges. Troublé par le vin que lui a servi Ruffino, il raconte un rêve étrange : un oiseau, volant trop près du soleil, meurt aveuglé. Pendant un conseil réuni chez lui à l’annonce du débarquement de troupes espagnoles, les échos d’une fête populaire le font sombrer dans la folie ; se croyant trahi, il s’élance l’épée à la main. Sur le port, tandis que le Vésuve entre en éruption, il menace le peuple qui tente en vain de le ramener à la raison, et tombe sous une salve de mousquets au moment où Léona accourt.

Enregistrement :

Nicola Pascoli — 2024

Format : 2 CD.
Label : Naxos (série « Rossini in Wildbad »).
Référence : 8.660614-15.
Année d’enregistrement : 19 et 26 juillet 2024, en public, Trinkhalle, Bad Wildbad (festival Rossini in Wildbad) ; parution en 2026.
Distribution :

  • Masaniello : Mert Süngü, ténor
  • Léona : Catherine Trottmann, soprano
  • Ruffino : Nathanaël Tavernier, basse
  • Le comte de Torellas / Calatravio : Luis Magallanes, ténor
  • Matteo : Juan José Medina, ténor
  • Thérésia : Camilla Carol Farias, mezzo-soprano
  • Le Gouverneur / Giacomo : Francesco Bossi, baryton
  • Pedro / Un charlatan : Massimo Frigato, ténor

Direction : Nicola Pascoli.
Orchestre : Kraków Philharmonic Orchestra ; Kraków Philharmonic Chorus (chef de chœur : Piotr Piwko).
Langue : français (sans les dialogues parlés).

Particularité :

Premier enregistrement mondial, capté en version de concert au festival Rossini in Wildbad, dans une nouvelle édition fondée sur la partition historique, dont l’autographe a été redécouvert à la bibliothèque du Conservatoire San Pietro a Majella de Naples ; les dialogues parlés sont omis et résumés dans la notice. Nicola Pascoli, ancien ténor passé à la direction, mène l’Orchestre philharmonique de Cracovie avec vigueur, jusqu’à l’éruption finale du Vésuve, parfois au prix d’un certain excès de volume. Remis d’une maladie, Mert Süngü affronte victorieusement l’épreuve du rôle-titre, avec de belles nuances malgré quelques tensions dans l’aigu. Catherine Trottmann déploie dans la romance de Léona des moyens dignes de Rossini, Nathanaël Tavernier fait de Ruffino un intrigant cynique à la diction exemplaire, Luis Magallanes brille par une émission vigoureuse dans ses deux rôles, et Camilla Carol Farias et Francesco Bossi, lauréats du prix international de belcanto de Bad Wildbad, complètent une distribution homogène. Une précieuse redécouverte qui permet enfin de comparer Masaniello à La Muette de Portici.

Postérité :

Joué en province (Le Havre, Rouen, Toulouse, Bordeaux) et à l’étranger (Aix-la-Chapelle en allemand en 1835, Bruxelles jusqu’en 1860), Masaniello résista quelque temps à la concurrence de La Muette de Portici, mais une reprise à l’Opéra-Comique prévue en 1860 n’eut pas lieu ; la dernière production connue, au Théâtre du Château-d’Eau en 1882, fit figure d’exhumation. Seules l’ouverture et quelques airs survécurent au concert jusqu’au début du XXe siècle. Le regain d’intérêt pour Carafa, porté notamment par le festival Rossini in Wildbad (I due Figaro, Masaniello, puis sa Sémiramis française en 2026), permet aujourd’hui de redécouvrir ce jalon essentiel de l’opéra-comique historique, à la veille de la naissance du grand opéra.

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