Format :
- Opéra en trois actes (version révisée de 1896 ; à l’origine opérette).
- Musique : Anton Foerster.
- Livret : Luiza Pesjak ; révision d’Emanuel Züngl (avec la collaboration d’Engelbert Gangl).
- Langue : slovène.
Création :
27 avril 1872, Ljubljana (version opérette) ; version opéra créée le 30 octobre 1896 au Théâtre national slovène de Ljubljana, puis remaniée en trois actes dès la représentation du 3 novembre 1896.
Né en Bohême en 1837, le Tchèque Anton Foerster (Antonín Förster) s’installe à Ljubljana, où il devient pianiste et chef de la Dramatično društvo (Société dramatique slovène) et l’une des figures de l’essor d’une musique nationale slovène. En 1869, un concours est lancé pour une opérette sur un nouveau livret slovène, afin de stimuler la jeune scène lyrique du pays et de promouvoir la fondation d’un théâtre national. Poussé par son épouse, Foerster y participe avec Gorenjski slavček : le jury pragois, composé de Bedřich Smetana, Karel Bendl et du critique Ljudevit Procházka, lui décerne à l’unanimité le premier prix, Smetana saluant « une mélodie fraîche et de l’imagination, des harmonies riches et une instrumentation habile ». Bien accueillie à sa création, l’œuvre disparaît pourtant de l’affiche pendant plus de vingt ans.
Livret :
Le livret original de la poétesse Luiza Pesjak, jugé insuffisant par le compositeur, fut largement remanié pour la version opéra par Emanuel Züngl, l’un des librettistes de Smetana, avec l’aide du poète slovène Engelbert Gangl. Foerster ajouta de nouvelles pages musicales et des mélodies populaires slovènes, et transforma les dialogues parlés de l’opérette en récitatifs. Le modèle en est moins l’opérette parisienne ou viennoise que l’opéra-comique tchèque, et notamment La Fiancée vendue de Smetana (1866), dont l’influence se fait sentir dans les duos d’amour de Minka et Franjo et dans l’air mélancolique de sa mère. Située dans la région montagneuse de Haute-Carniole (Gorenjska), au pied du Triglav, l’œuvre célèbre l’attachement au pays natal.
Intrigue :
- Acte I : Dans un village de Gorenjska, les hommes chantent la beauté de leur région et du mont Triglav. Après des années d’absence, Franjo revient au pays et demande à son ami Lovro des nouvelles de Minka, une jeune fille qui l’a toujours fasciné. Il la surprend en train de chanter, lui déclare brusquement son amour, et Minka y répond, après quelque hésitation, par un contre-la. L’imprésario français Jean Mathieu Chansonette, qui parcourt l’Europe avec son épouse Ninon à la recherche de belles voix, entend ce chant et veut retrouver ce « rossignol de Gorenjska ». À l’auberge, il fait auditionner les jeunes filles du village, en vain.
- Acte II : Chansonette ne renonce pas ; l’intendant Štrukelj et son greffier Rajdelj se joignent à lui. L’aubergiste le conduit chez Minka, qui vit avec sa mère Majda, veuve. Chansonette révèle à la jeune fille l’étendue de son talent et lui propose de partir avec lui faire former sa voix. Majda, qui doit rembourser le jour même une dette sous peine de perdre sa maison, est désespérée ; Chansonette offre de payer la dette si Minka part se former à l’étranger. Minka accepte pour pouvoir aider sa mère. Franjo tente en vain de la retenir, et Lovro fait tout pour empêcher son départ.
- Acte III : Avec Štrukelj et Rajdelj, Lovro fait arrêter Chansonette, accusé d’enlever Minka, et l’expulse du village. Franjo essaie une dernière fois de dissuader Minka, qui veut décider seule de son avenir. Au moment des adieux de l’imprésario, Minka apparaît, prête à partir ; mais, saisie par le doute, elle choisit finalement de rester. Tandis que les villageois célèbrent cette heureuse issue, Minka, pensive, comprend qu’aucun des deux chemins n’aurait pu la rendre pleinement heureuse (version de l’Opéra de Graz).
Enregistrement :

Marko Hribernik — 2024
Format : 2 CD.
Label : cpo.
Référence : cpo 555 685-2.
Année d’enregistrement : 10-11 mai 2024, Oper Graz ; parution en 2026.
Distribution :
- Minka : Sieglinde Feldhofer, soprano
- Franjo : Roman Pichler, ténor
- Majda : Mareike Jankowski, mezzo-soprano
- Chansonette : Neven Crnić, baryton
- Ninon : Ekaterina Solunya, soprano
- Štrukelj : Wilfried Zelinka, basse
- Rajdelj : Martin Fournier, ténor
- Lovro : Ivan Oreščanin, baryton
- L’aubergiste : Daeho Kim, baryton-basse
Direction : Marko Hribernik.
Orchestre : Grazer Philharmoniker ; Chor der Oper Graz (chef de chœur : Johannes Köhler).
Langue : slovène.
Particularité :
Réalisé à l’Opéra de Graz dans le cadre de sa production de l’œuvre, cet enregistrement s’appuie sur un nouveau matériel d’orchestre critique établi par la Société des compositeurs slovènes de Ljubljana, en lieu et place des partitions en circulation, souvent très divergentes. Marko Hribernik dirige les Grazer Philharmoniker avec une verve qui fait ressortir la fraîcheur mélodique, les couleurs populaires et l’ascendance smetanienne de la partition. La troupe de l’Opéra de Graz, emmenée par la Minka lumineuse de Sieglinde Feldhofer et le Franjo lyrique de Roman Pichler, entourés de Mareike Jankowski (Majda) et du couple d’imprésarios campé par Neven Crnić et Ekaterina Solunya, défend l’œuvre avec engagement, portée par un chœur très présent. Le dénouement de la version grazoise, où Minka reste partagée entre son village et le monde, donne à l’œuvre une résonance plus moderne. Une rare occasion d’entendre au disque, avec une distribution et un orchestre de haut niveau, ce jalon du théâtre lyrique slovène.
Postérité :
Premier grand succès du théâtre lyrique en langue slovène, Gorenjski slavček est devenu, sous sa forme d’opéra en trois actes, une œuvre emblématique du répertoire national, souvent comparée à La Fiancée vendue pour la musique tchèque. Maintes fois remanié (notamment par Karel Jeraj en 1922), il a été joué non seulement à l’Opéra de Ljubljana mais aussi, très souvent, dans des salles et institutions culturelles de la campagne slovène, dans des adaptations accommodées aux circonstances. Cette tradition vivante a préservé l’ouvrage de l’oubli, et la production de l’Opéra de Graz lui a offert un nouveau rayonnement international.

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