Format :
- Tragédie en un acte, op. 58.
- Musique : Richard Strauss (1864-1949).
- Livret : Hugo von Hofmannsthal, d’après sa tragédie Elektra (1903), elle-même inspirée de Sophocle.
- Langue : allemand.
Création :
25 janvier 1909, Königliches Opernhaus de Dresde, sous la direction d’Ernst von Schuch, avec Annie Krull (Elektra), Ernestine Schumann-Heink (Clytemnestre), Margarethe Siems (Chrysothémis), Karl Perron (Oreste) et Johannes Sembach (Égisthe).
Achevée en 1908 et dédiée à Natalie et Willy Levin, l’œuvre est la première collaboration entre Strauss et Hofmannsthal, qui donneront ensuite Der Rosenkavalier, Ariadne auf Naxos, Die Frau ohne Schatten et Arabella. D’une durée d’environ cent minutes sans interruption, elle est écrite pour un orchestre d’environ cent dix musiciens, l’un des plus vastes de l’opéra, et représente le sommet du modernisme de Strauss avant son retour à un langage plus conciliant : dissonances, chromatisme, tonalité très fluide, avec l’« accord d’Elektra », polyaccord superposant les triades de mi majeur et d’ut dièse majeur. L’accueil, dans les pays germaniques, fut partagé entre les traditionalistes et les modernistes.
Livret :
Hofmannsthal condense sa pièce de 1903 en une tragédie resserrée sur la soif de vengeance d’Elektra, qui rencontre les autres personnages presque toujours un par un, dans l’ordre de la tragédie de Sophocle. Il en supprime l’arrière-plan (le sacrifice d’Iphigénie, notamment) pour livrer une version plus brutale et plus violente que son modèle antique, que certains commentateurs lisent aussi à travers le prisme de la psychanalyse.
Intrigue :
- Acte unique : Dans la cour du palais de Mycènes, des servantes se moquent d’Elektra, qui vit dans le deuil de son père Agamemnon, assassiné à son retour de Troie par Clytemnestre et son amant Égisthe. Seule, Elektra invoque l’ombre de son père et attend la vengeance. Sa sœur Chrysothémis, plus conciliante, la prévient que leur mère envisage de l’enfermer, et lui raconte les cauchemars de Clytemnestre. Celle-ci paraît, tourmentée, et cherche auprès d’Elektra un remède à ses songes ; Elektra la nargue et lui révèle que la victime qu’il faut sacrifier, c’est elle-même. Des messagers annoncent la mort d’Oreste, le frère exilé. Elektra refuse d’y croire et tente de convaincre Chrysothémis de venger leur père ; sa sœur refuse. Un étranger se présente, porteur de la même nouvelle : Elektra reconnaît en lui Oreste déguisé, et les deux se retrouvent. Oreste pénètre dans le palais, dont on entend bientôt le cri de Clytemnestre. Égisthe arrive, ignorant tout, et Elektra l’attire à l’intérieur, où il est tué à son tour. Chrysothémis annonce le massacre des partisans du régime ; Elektra danse sa joie triomphale puis s’effondre, morte.
Enregistrement(s) :

Karl Böhm — 1961
Format : studio, stéréo, 2 CD
Label : Deutsche Grammophon
Référence : DG 445 329-2 (édition originale ℗ 1961)
Année d’enregistrement : 1960, Dresde
Distribution :
- Clytemnestre : Jean Madeira, mezzo-soprano
- Elektra : Inge Borkh, soprano
- Chrysothémis : Marianne Schech, soprano
- Égisthe : Fritz Uhl, ténor
- Oreste : Dietrich Fischer-Dieskau, baryton
- Le Précepteur d’Oreste : Fred Teschler
- La Confidente : Renate Reinecke
- La Porte-traîne : Hermi Ambros
- Un jeune serviteur : Gerhard Unger
- Un vieux serviteur : Siegfried Vogel
- La Surveillante : Ilona Steingruber
- Cinq servantes : Cvetka Ahlin, Margarete Sjöstedt, Sieglinde Wagner, Judith Hellwig, Gerda Schreyer
Direction : Karl Böhm
Orchestre : Staatskapelle Dresden, chœur de l’Opéra d’État de Dresde
Langue : allemand
Particularité :
Enregistrement réalisé à Dresde, la ville même où l’ouvrage fut créé, avec l’orchestre de la Staatskapelle. Karl Böhm, proche de Strauss, y défend la partition avec une grande tension dramatique. Inge Borkh, à la voix plus lyrique que celle de bien des Elektra, est la protagoniste d’une distribution où le jeune Dietrich Fischer-Dieskau campe un Oreste d’une grande noblesse.

Georg Solti — 1966-1967
Format : studio, stéréo (Decca « Sonicstage »), 2 CD
Label : Decca
Référence : Decca SET 354-5 (LP) ; CD Decca 830 302
Année d’enregistrement : 1966-1967, Sofiensaal, Vienne (production : John Culshaw)
Distribution :
- Clytemnestre : Regina Resnik, mezzo-soprano
- Elektra : Birgit Nilsson, soprano
- Chrysothémis : Marie Collier, soprano
- Égisthe : Gerhard Stolze, ténor
- Oreste : Tom Krause, baryton
Direction : Georg Solti
Orchestre : Wiener Philharmoniker, chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : allemand
Particularité :
Autre grand jalon de l’ère du microsillon, avec la signature sonore de John Culshaw (effets et voix hors scène très travaillés, aujourd’hui un peu datés). La Elektra de Birgit Nilsson, à la voix dure et tranchante, convient à la brutalité du rôle ; Regina Resnik est remarquée en Clytemnestre, tandis que la Chrysothémis de Marie Collier est jugée plus fragile et Tom Krause un Oreste correct mais peu marquant. Solti, intense, parfois fébrile, tire des Wiener Philharmoniker un jeu d’une cohésion superbe.

Fritz Rieger — 1971
Format : live, audio, CD (remastérisation 20 bits)
Label : Mondo Musica
Référence : MFOH 10505 (code-barres 4026727105053), ℗ 1999
Année d’enregistrement : 15 décembre 1971, Teatro La Fenice, Venise
Distribution :
- Clytemnestre : Regina Resnik, mezzo-soprano
- Elektra : Inge Borkh, soprano
- Chrysothémis : Teresa Kubiak, soprano
- Égisthe : Niels Møller, ténor
- Oreste : Kari Nurmela, baryton
- Le Précepteur d’Oreste : Arnold van Mill
- La Confidente : Marisa Salimbeni
- La Porte-traîne : Annalisa Bazzani
- Un jeune serviteur : Joao Victor Costa
- Un vieux serviteur : Arnold van Mill
- La Surveillante : Gisela Neuner Chionsini
- Cinq servantes : Rita Maria Lill, Hannelore Schulz-Picard, Gertraud Engelmann, Cornelia Dolan, Barbara Vogel
Direction : Fritz Rieger
Orchestre : Orchestra del Teatro La Fenice
Langue : allemand
Particularité :
Document de la scène vénitienne qui réunit, dix ans après sa gravure avec Böhm, Inge Borkh dans le rôle-titre, et Regina Resnik, l’une des grandes Clytemnestre de son temps. Publié en 1999 par le label Mondo Musica, c’est un témoignage de salle, plus brut que les enregistrements de studio, qui vaut surtout pour ses deux protagonistes.

Karl Böhm — 1980
Format : vidéo, film d’opéra, DVD (stéréo et DTS 5.1, sous-titres en cinq langues)
Label : Deutsche Grammophon (Unitel)
Référence : DG 073 4095
Année d’enregistrement : 1980-1981, Vienne
Distribution :
- Clytemnestre : Astrid Varnay, soprano
- Elektra : Leonie Rysanek, soprano
- Chrysothémis : Catarina Ligendza, soprano
- Égisthe : Hans Beirer, ténor
- Oreste : Dietrich Fischer-Dieskau, baryton
Direction : Karl Böhm (réalisation : Götz Friedrich)
Orchestre : Wiener Philharmoniker, chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : allemand
Particularité :
Film d’opéra en play-back, tourné dans un décor d’usine de locomotives désaffectée de Vienne, où pluie, brume, boue, sang et lumières rouges pour Clytemnestre composent une version « impressionniste » et crue. Les chanteurs jouent eux-mêmes, sans doublure. Leonie Rysanek y est une Elektra à la beauté vocale souveraine, Astrid Varnay une Clytemnestre moins belle mais très caractérisée, Fischer-Dieskau un Oreste attentif au texte. Böhm, âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, y signe l’un de ses derniers enregistrements. Le DVD comporte un documentaire de 90 minutes sur le tournage, avec des images de Böhm en répétition.

Daniel Barenboim — 1995
Format : studio, 2 CD
Label : Teldec (réédition Warner Classics)
Référence : Teldec 99175 ; réédition 2564 67701-3
Année d’enregistrement : février 1995, Deutsche Staatsoper, Berlin
Distribution :
- Clytemnestre : Waltraud Meier, mezzo-soprano
- Elektra : Deborah Polaski, soprano
- Chrysothémis : Alessandra Marc, soprano
- Égisthe : Johan Botha, ténor
- Oreste : Falk Struckmann, baryton-basse
Direction : Daniel Barenboim
Orchestre : Staatskapelle Berlin, chœur de la Deutsche Staatsoper Berlin (chef de chœur : Ernst Stoy)
Langue : allemand
Particularité :
Production de l’Opéra d’État de Berlin, où Deborah Polaski, d’une voix sûre, rend le rôle le plus lyrique possible, entourée de la Clytemnestre de Waltraud Meier (qu’on retrouvera quinze ans plus tard à Salzbourg) et de la Chrysothémis d’Alessandra Marc. Les critiques l’ont rangé parmi les meilleures versions de l’ouvrage, le magazine Classical Music lui attribuant la note maximale (5/5).

Daniele Gatti — 2010
Format : vidéo, DVD 9 NTSC, 16/9, code région 0 (PCM stéréo et Dolby Digital 5.1, 109 min)
Label : Arthaus Musik (Unitel Classica)
Référence : NTSC 101 559
Année d’enregistrement : 2010, Großes Festspielhaus, Festival de Salzbourg
Distribution :
- Clytemnestre : Waltraud Meier, mezzo-soprano
- Elektra : Iréne Theorin, soprano
- Chrysothémis : Eva-Maria Westbroek, soprano
- Égisthe : Robert Gambill, ténor
- Oreste : René Pape, basse
- Le Précepteur d’Oreste : Oliver Zwarg
Direction : Daniele Gatti (mise en scène : Nikolaus Lehnhoff ; coopération scénique : Daniel Dooner ; décors : Raimund Bauer ; costumes : Andrea Schmidt-Futterer ; lumières : Duane Schuler ; chorégraphie : Denni Sayers ; vidéo : Martin Kern ; réalisation TV : Thomas Grimm)
Orchestre : Wiener Philharmoniker, Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor (chef de chœur : Thomas Lang)
Langue : allemand (sous-titres : allemand, anglais, français, espagnol, italien)
Particularité :
Lehnhoff situe l’action dans un décor nu de murs obliques percés de fentes et de cratères qui donne une impression de claustrophobie, selon le principe du « moins c’est plus ». Iréne Theorin, qui domine l’ouvrage avec une montée lente et très maîtrisée, est entourée de la Clytemnestre terrifiante mais crédible de Waltraud Meier et de l’Oreste remarquable de René Pape ; la Chrysothémis de Westbroek est moins imposante mais bien différenciée, l’Égisthe de Gambill davantage critiqué. Les Wiener Philharmoniker sont superbes ; Gatti met l’accent sur les grands sommets, quitte à relâcher parfois la ligne générale. Image et son (5.1) excellents, mais aucun bonus.
Postérité :
Elektra a rapidement franchi les frontières : Covent Garden l’a donnée en 1910 (avec Edyth Walker, sous la direction de Thomas Beecham), le Metropolitan Opera en 1932. Elle est aujourd’hui l’un des opéras inspirés de la mythologie grecque les plus joués, et reste le sommet de l’expressionnisme straussien, que le compositeur délaissera ensuite avec Der Rosenkavalier. Sa discographie, d’une rare richesse, va du monument de studio de Solti, avec Nilsson, aux captations vidéo de Böhm, de Barenboim et de Gatti.
Sources :
Wikipedia — Elektra (opera) ; Wikipedia — Elektra discography ; Gramophone — Solti ; MusicWeb International — Solti (réédition 2017) ; Opera Ramblings — Böhm/Friedrich ; Classical Music — Barenboim ; MusicWeb International — Gatti ; dos des pochettes (Deutsche Grammophon, Mondo Musica, Teldec, Arthaus Musik).





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