Note personnelle : ,

Strauss, Richard — Der Rosenkavalier (1911)

Format :

  • Comédie en musique (« Komödie für Musik ») en trois actes, op. 59.
  • Musique : Richard Strauss (1864-1949).
  • Livret : Hugo von Hofmannsthal.
  • Langue : allemand (avec des touches de dialecte viennois).

Création :

26 janvier 1911, Königliches Opernhaus de Dresde, sous la direction d’Ernst von Schuch, dans les décors et costumes d’Alfred Roller (Georg Toller est le seul metteur en scène crédité, Max Reinhardt ayant assisté officieusement aux répétitions). Le succès est immense : des trains spéciaux furent, dit-on, affrétés depuis Berlin pour venir applaudir l’ouvrage. Margarethe Siems chantait la Maréchale et Eva von der Osten, soprano, créait Octavian.
Après Elektra (1909), c’est la deuxième collaboration entre Strauss et Hofmannsthal, qui donneront ensuite Ariadne auf Naxos, Die Frau ohne Schatten, Die ägyptische Helena et Arabella. Pendant la composition, l’ouvrage porta le titre de travail « Ochs auf Lerchenau ». La partition mêle l’orchestre post-wagnérien aux valses viennoises, volontairement anachroniques dans une action située vers 1740, au temps de Marie-Thérèse.

Livret :

Hofmannsthal, qui élabora le scénario avec le comte Harry Kessler en 1909, s’inspira librement du roman de Louvet de Couvray, Les Amours du chevalier de Faublas, et de la comédie de Molière Monsieur de Pourceaugnac. Il inventa de toutes pièces l’usage — qui tient plus du mythe que de la réalité historique — de la rose d’argent offerte à la fiancée au nom du prétendant, et dessina avec la Maréchale l’un des grands personnages féminins du répertoire lyrique.

Intrigue :

  • Acte I : Au petit matin, dans la chambre de la Maréchale, princesse de Werdenberg, son jeune amant Octavian se cache à l’arrivée inopinée du baron Ochs auf Lerchenau, cousin de la Maréchale, un hobereau rustaud. Ochs doit épouser Sophie, la jeune fille du nouveau riche Faninal, et cherche un « chevalier à la rose » pour porter à la fiancée la rose d’argent traditionnelle. La Maréchale lui propose Octavian. Après le lever de la Maréchale (notaire, chanteur italien, intrigants Valzacchi et Annina), elle reste seule et songe avec mélancolie au temps qui passe, pressentant qu’Octavian la quittera un jour pour une plus jeune.
  • Acte II : Chez Faninal, Octavian présente la rose à Sophie ; les deux jeunes gens tombent aussitôt amoureux. L’arrivée d’Ochs, grossier et sans scrupules envers Sophie, précipite les choses : Octavian le provoque et le blesse légèrement à l’épée. Tandis qu’Ochs se plaint à grand bruit, les intrigants Valzacchi et Annina, retournés par Octavian, lui remettent un billet de « Mariandl », la chambrière qui n’est autre qu’Octavian travesti, lui donnant rendez-vous.
  • Acte III : Dans une auberge louche, Ochs fait la cour à « Mariandl » mais une mise en scène savamment montée (apparitions, fausse épouse, enfants, police) le ridiculise et le discrédite. Faninal accourt, puis la Maréchale intervient et dénoue l’affaire. Dans le célèbre trio, elle comprend qu’elle doit renoncer à Octavian et le rendre à Sophie ; le duo final des deux jeunes gens conclut l’opéra, tandis que le petit page vient ramasser le mouchoir de Sophie.

Enregistrement(s) :

Kleiber — Der Rosenkavalier (Decca, 1954)

Erich Kleiber — 1954

Format : studio, mono, 3 CD
Label : Decca (collection « Historic »)
Référence : édition originale en LP Decca LXT 2954-2957
Année d’enregistrement : 29 mai – 28 juin 1954, Musikvereinssaal, Vienne
Distribution :

  • La Maréchale : Maria Reining, soprano
  • Le baron Ochs : Ludwig Weber, basse
  • Octavian : Sena Jurinac, soprano
  • Sophie : Hilde Güden, soprano
  • Faninal : Alfred Poell, baryton
  • Valzacchi : Peter Klein, ténor
  • Annina : Hilde Rössl-Majdan, mezzo-soprano
  • Un chanteur italien : Anton Dermota, ténor
  • Le commissaire de police : Walter Berry, basse

Direction : Erich Kleiber
Orchestre : Wiener Philharmoniker, chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : allemand

Particularité :

Premier enregistrement intégral de l’ouvrage et premier enregistrement d’opéra complet de Decca en microsillon. Kleiber, qui laisse le chant respirer au sein d’un flux orchestral aux couleurs somptueuses, est servi par une distribution de la maison viennoise : l’Octavian de Jurinac et la Sophie de Güden sont des références, tandis que la Maréchale de Maria Reining, noble et intelligente, trahit çà et là la fatigue de séances qui s’étalèrent sur un mois. Le son monophonique, bien restauré dans les rééditions, demeure d’une belle présence.

Karajan — Der Rosenkavalier (EMI, 1956)

Herbert von Karajan — 1956

Format : studio, 3 CD
Label : EMI, réédité par Warner Classics (collection « Legendary Opera Recordings »)
Référence : Warner Classics, coffret 3 CD « Legendary Opera Recordings »
Année d’enregistrement : 10-22 décembre 1956, Kingsway Hall, Londres (production : Walter Legge)
Distribution :

  • La Maréchale : Elisabeth Schwarzkopf, soprano
  • Le baron Ochs : Otto Edelmann, basse
  • Octavian : Christa Ludwig, mezzo-soprano
  • Faninal : Eberhard Wächter, baryton
  • Sophie : Teresa Stich-Randall, soprano
  • Marianne : Ljuba Welitsch, soprano
  • Valzacchi : Paul Kuen, ténor
  • Annina : Kerstin Meyer, mezzo-soprano
  • Un chanteur italien : Nicolai Gedda, ténor
  • Un commissaire de police : Franz Bierbach, basse
  • Le maître d’hôtel de la Maréchale : Erich Majkut, ténor
  • Le maître d’hôtel de Faninal : Gerhard Unger, ténor
  • Un notaire : Harald Pröglhöf, basse
  • Un aubergiste : Karl Friedrich, ténor
  • Une modiste : Anny Felbermayer, soprano
  • Un marchand d’animaux : Gerhard Unger, ténor
  • Trois orphelines nobles : Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig, Kerstin Meyer

Direction : Herbert von Karajan
Orchestre : Philharmonia Orchestra, Philharmonia Chorus (chef de chœur : Wilhelm Pitz), chœur d’enfants des écoles de Loughton et de Bancroft
Langue : allemand

Particularité :

Enregistrement devenu une référence dès sa parution : Walter Legge réunit une distribution de luxe, jusque dans les petits rôles (Welitsch en Marianne, Gedda en chanteur italien). Schwarzkopf y livre une Maréchale très investie, aux inflexions de liedersängerin, qui fut qualifiée à l’époque de « plus grand triomphe » de sa carrière au disque, face à l’Octavian vif et ardent de Christa Ludwig et à l’Ochs plus bourru que grossier d’Otto Edelmann. Karajan en donne une lecture plus fraîche et plus classique que celle, romantique, de Solti. Selon Legge, la première séance, dans des conditions presque miraculeuses, permit d’enregistrer d’un trait les quatre premières minutes de l’ouvrage sans la moindre coupure.

Solti — Der Rosenkavalier (Decca, 1968-1969)

Georg Solti — 1968-1969

Format : studio, 3 CD
Label : Decca (collection « The Originals »)
Référence : Decca 475 9988
Année d’enregistrement : 1968-1969, Vienne
Distribution :

  • La Maréchale : Régine Crespin, soprano
  • Le baron Ochs : Manfred Jungwirth, basse
  • Octavian : Yvonne Minton, mezzo-soprano
  • Faninal : Otto Wiener, baryton
  • Sophie : Helen Donath, soprano
  • Annina : Anne Howells, mezzo-soprano
  • Un chanteur italien : Luciano Pavarotti, ténor
  • Un aubergiste : Anton Dermota, ténor
  • Un notaire : Alfred Jerger, baryton
  • Une orpheline noble : Arleen Auger, soprano

Direction : Georg Solti
Orchestre : Wiener Philharmoniker, chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : allemand

Particularité :

La grande version « stéréo » de Decca, souvent préférée pour la qualité de sa distribution. La Maréchale de Régine Crespin, digne et très attentive aux mots, offre une « Silberne Rose » fondante ; Yvonne Minton est un Octavian de premier plan, Helen Donath une Sophie rayonnante et Manfred Jungwirth un Ochs à la diction claire et à l’humour communicatif. Le jeune Luciano Pavarotti est un chanteur italien sans effort apparent. Les Wiener Philharmoniker sont somptueux sous la direction ample, parfois grandiloquente, de Solti.

Luisi — Der Rosenkavalier (Medici Arts, 2007)

Fabio Luisi — 2007

Format : vidéo, Blu-ray (1080p, PCM 2.0 et 5.1, 212 min)
Label : Medici Arts (EuroArts)
Référence : Medici Arts 2056914
Année d’enregistrement : 25 novembre 2007, en direct du NHK Hall, Tokyo (Semperoper Dresden en tournée au Japon)
Distribution :

  • La Maréchale : Anne Schwanewilms, soprano
  • Le baron Ochs : Kurt Rydl, basse
  • Octavian : Anke Vondung, mezzo-soprano
  • Faninal : Hans-Joachim Ketelsen, baryton
  • Sophie : Maki Mori, soprano
  • Marianne : Sabine Brohm, soprano
  • Valzacchi : Oliver Ringelhahn, ténor
  • Annina : Elisabeth Wilke, mezzo-soprano
  • Le commissaire de police : Jürgen Commichau, basse

Direction : Fabio Luisi (mise en scène : Uwe Eric Laufenberg ; réalisation TV : Eiji Yoshida)
Orchestre : Sächsische Staatskapelle Dresden, Staatsopernchor Dresden (chefs de chœur : Matthias Brauer, Ulrich Paetzholdt)
Langue : allemand (sous-titres : allemand, anglais, français, espagnol, japonais)

Particularité :

Captation d’une tournée au Japon de la Semperoper, la maison même où l’ouvrage fut créé en 1911 ; la première visite de la compagnie au Japon depuis vingt-six ans suscita un enthousiasme sans précédent. Anne Schwanewilms y est une Maréchale d’un chant « tout simplement glorieux », tandis que l’Octavian d’Anke Vondung, excellent vocalement, paraît à certains un peu trop féminin face à la Maréchale et à Sophie. La prise de son (PCM 5.1) rend justice aux valses de la partition et l’image est généralement nette.

Postérité :

Moins de deux mois après Dresde, Der Rosenkavalier était repris à la Scala de Milan, puis à Vienne en avril 1911, à Londres en 1913 et à New York la même année : l’ouvrage est devenu l’opéra le plus populaire de Strauss de son vivant et n’a jamais quitté le répertoire. Il a été porté à l’écran dès 1926 (film muet, avec une partition arrangée par Strauss) puis en 1962 par Paul Czinner, avec Schwarzkopf, Edelmann et Karajan. La discographie en est exceptionnellement riche : de Kleiber (1954) et Karajan (1956) à Solti, mais aussi Böhm, Carlos Kleiber (1973) ou Haitink, et la vidéo de Luisi (2007) continue de rappeler le lien privilégié de la ville de Dresde avec l’œuvre.

Sources :

Wikipedia — Der Rosenkavalier ; Wikipedia — Der Rosenkavalier discography ; MusicWeb International — Kleiber 1954 (Naxos) ; MusicWeb International — Karajan 1956 ; Solti 1968-69 ; AudAud — Luisi 2007 (Blu-ray) ; livret du coffret Karajan (Warner Classics) ; dos du Blu-ray Medici Arts.

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