Format :
- Opéra en un acte, précédé d’un prologue (version de 1916), op. 60, TrV 228.
- Musique : Richard Strauss.
- Livret : Hugo von Hofmannsthal.
- Langue : allemand.
Création :
25 octobre 1912, Hoftheater de Stuttgart (première version).
Conçu comme un divertissement d’une trentaine de minutes destiné à clore l’adaptation par Hofmannsthal du Bourgeois gentilhomme de Molière (Der Bürger als Edelmann, avec musique de scène de Strauss), l’opéra est créé sous la direction du compositeur dans une mise en scène de Max Reinhardt, avec notamment Maria Jeritza dans le rôle d’Ariadne. L’ensemble, pièce et opéra réunis, dépasse six heures et exige à la fois une troupe d’acteurs et une troupe lyrique : l’accueil est mitigé et l’entreprise se révèle peu viable. Le 4 octobre 1916, à l’Opéra de la Cour de Vienne, sous la direction de Franz Schalk, est donnée la seconde version, qui remplace la comédie de Molière par un prologue et qui est celle que l’on joue aujourd’hui.
Livret :
Après Der Rosenkavalier, Strauss et Hofmannsthal songent d’abord à une comédie de Molière, puis choisissent Le Bourgeois gentilhomme, dans lequel l’opéra serait offert en divertissement aux invités du riche Monsieur Jourdain. Hofmannsthal place au centre du sujet le problème de la fidélité (« das Treue ») : Zerbinetta, qui l’envisage avec légèreté, s’oppose à Ariadne, qui reste fidèle à un amant perdu jusqu’à ce que Bacchus la prenne pour le messager de la mort. Hofmannsthal y mêle un écho de sa propre vie, son amitié avec la jeune veuve Ottonie von Degenfeld. Dans une lettre de juillet 1911, Strauss se montre d’abord réservé sur la qualité du livret, mais Hofmannsthal lui explique la portée de l’action, et le compositeur s’y met pleinement. En 1913, Hofmannsthal propose de remplacer la pièce par un prologue et de déplacer l’action de Paris à Vienne ; Strauss compose ce prologue en 1916 et retouche l’opéra.
Intrigue :
- Prologue : Dans le palais viennois du plus riche homme de la ville, on prépare une soirée. Deux troupes sont arrivées : celle de l’opéra, qui doit donner Ariadne auf Naxos, œuvre d’un jeune compositeur, et celle d’une comédie bouffe menée par Zerbinetta. Le Majordome annonce que, le dîner ayant pris du retard, les deux spectacles seront donnés ensemble et devront s’achever avant le feu d’artifice de neuf heures. Le Compositeur proteste, son Maître de musique l’engage à céder, Zerbinetta le séduit et le fait plier ; devant ce qu’il a accepté, il s’enfuit désespéré.
- Opéra (acte unique) : Abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos, Ariadne, veillée par trois nymphes (Najade, Dryade, Echo), appelle la mort. Zerbinetta et ses compagnons tentent de la distraire : selon elle, le meilleur remède à un chagrin d’amour est un nouvel amant, et elle choisit Arlequin. Les nymphes annoncent un étranger : Ariadne croit voir Hermès, messager de la mort, mais c’est Bacchus, qui fuit la magicienne Circé. Chacun se méprend d’abord sur l’autre, puis Bacchus s’éprend d’Ariadne et lui promet de la changer en constellation. Un duo passionné conclut l’œuvre.
Enregistrement(s) :

Karajan — 1954
Format : CD (enregistrement mono)
Label : EMI Classics
Référence : 7243 5 55176 2
Année d’enregistrement : juillet 1954 (studio, Kingsway Hall, Londres)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Elisabeth Schwarzkopf, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Rudolf Schock, ténor
- Le Compositeur : Irmgard Seefried, soprano
- Zerbinetta : Rita Streich, soprano colorature
- Un Maître de musique : Karl Dönch, baryton
- Un Maître de danse : Hugues Cuénod, ténor
- Harlekin : Hermann Prey, baryton
- Scaramuccio : Gerhard Unger, ténor
- Truffaldin : Fritz Ollendorf, basse
- Brighella : Helmut Krebs, ténor
- Najade : Lisa Otto, soprano
- Dryade : Grace Hoffman, mezzo-soprano
- Echo : Anny Felbermayer, soprano
- Un Officier : Gerhard Unger, ténor
- Un Perruquier : Erich Strauss, baryton
- Un Laquais : Otakar Kraus, baryton
- Le Majordome : Alfred Neugebauer, rôle parlé
Direction : Herbert von Karajan
Orchestre : Philharmonia Orchestra
Langue : allemand
Particularité :
Dans sa critique de la réédition Naxos Historical, Jonathan Woolf (MusicWeb International) trouve Seefried « ardente et autoritaire » en Compositeur, juge la Zerbinetta de Rita Streich du même niveau, la Primadonna de Schwarzkopf parfois trop consciente de ses effets mais inoubliable, et le Maître de danse de Cuénod un brillant second rôle. Il apprécie l’élan et la subtilité de l’orchestre, avec les solos de Brain, tout en reprochant à Karajan de privilégier l’équilibre sonore au détriment de l’énergie théâtrale, d’où un côté moins vivant que dans d’autres versions.

Kuhn — 2000
Format : 2 CD
Label : Arte Nova Classics (BMG)
Référence : 74321 77073 2
Année d’enregistrement : février 2000 (live)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Elisabeth-Maria Wachutka, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Alan Woodrow, ténor
- Le Compositeur : Ildikó Komlósi, mezzo-soprano
- Zerbinetta : Aline Kutan, soprano colorature
- Un Maître de musique : Andrea Martin, baryton
- Un Maître de danse : Roberto Bencivenga, ténor
- Harlekin : Ludwig Wolfrum, baryton
- Scaramuccio : Alessandro Cosentino, ténor
- Truffaldin : Frano Lufi, basse
- Brighella : Patrizio Saudelli, ténor
- Najade : Anna Chierichetti, soprano
- Dryade : Natascha Petrinsky, contralto
- Echo : Charlotte Leitner, soprano
- Un Officier : Daniele Zanfardino, ténor
- Un Perruquier : Claudio Ottino, baryton
- Un Laquais : Ezio Maria Tisi, basse
- Le Majordome : Fritz Hörtenhuber, rôle parlé
Direction : Gustav Kuhn
Orchestre : Orchestra del Teatro di San Carlo, Naples (Teatro di San Carlo, Naples)
Langue : allemand
Particularité :
Enregistrement public sur le vif au Teatro di San Carlo de Naples, à prix économique. Dans BBC Music Magazine, Matthew Rye lui donne trois étoiles : il juge la distribution nettement en retrait de la concurrence, avec une Ariadne à la voix mince, et attribue le relief des détails orchestraux à une prise de son très rapprochée plutôt qu’à la direction. Il le tient pourtant pour une introduction honorable à l’œuvre, avant de recommander l’enregistrement de Masur.

Sinopoli — 2001
Format : 2 CD (122:01)
Label : Deutsche Grammophon
Référence : 471 323-2
Année d’enregistrement : septembre et décembre 2000 (studio, Lukaskirche, Dresde)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Deborah Voigt, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Ben Heppner, ténor
- Le Compositeur : Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
- Zerbinetta : Natalie Dessay, soprano colorature
- Un Maître de musique : Albert Dohmen, baryton-basse
- Un Maître de danse : Michael Howard, ténor
- Harlekin : Stephan Genz, baryton
- Scaramuccio : Ian Thompson, ténor
- Truffaldin : Sami Luttinen, basse
- Brighella : Christoph Genz, ténor
- Najade : Christiane Hossfeld, soprano
- Dryade : Angela Liebold, mezzo-soprano
- Echo : Eva Kirchner, soprano
- Un Officier : Klaus Florian Vogt, ténor
- Un Perruquier : Matthias Henneberg, ténor
- Un Laquais : Jürgen Commichau, basse
- Le Majordome : Romuald Pekny, rôle parlé
Direction : Giuseppe Sinopoli
Orchestre : Staatskapelle Dresden
Langue : allemand
Particularité :
Le disque porte la mention « dernier enregistrement d’opéra » de Sinopoli, mort en avril 2001. Colin Clarke (MusicWeb International) loue sa maîtrise des textures et la justesse de ses tempos, avec une ouverture « d’une beauté fondante », une Deborah Voigt autorisée et rayonnante dans les dernières pages, un Ben Heppner solide mais moins expressif, la Zerbinetta éblouissante de Natalie Dessay, le Compositeur coquet d’Anne Sofie von Otter et l’Harlekin attachant de Stephan Genz. Sans en faire une référence absolue, il y voit un apport majeur à la discographie et le recommande aux côtés de Karajan (1954), Kempe et Masur.

Von Dohnányi — 2006
Format : Blu-ray (également paru en DVD, Arthaus 107 249), 127 min, image 16:9 1080i, son PCM stéréo et DTS-HD Master Audio 7.1, sous-titres anglais, allemand, français, italien, espagnol
Label : Arthaus Musik (TDK), production de l’Opernhaus Zürich
Référence : EAN 807280801293 (©2009)
Année d’enregistrement : décembre 2006 (live, Opernhaus Zürich)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Emily Magee, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Roberto Saccà, ténor
- Le Compositeur : Michelle Breedt, mezzo-soprano
- Zerbinetta : Elena Moşuc, soprano colorature
- Un Maître de musique : Michael Volle, baryton
- Un Maître de danse : Guy de Mey, ténor
- Harlekin : Gabriel Bermúdez, baryton
- Scaramuccio : Martin Zysset, ténor
- Truffaldin : Reinhard Mayr, basse
- Brighella : Blagoj Nacoski, ténor
- Najade : Eva Liebau, soprano
- Dryade : Irène Friedli, contralto
- Echo : Sandra Trattnigg, soprano
- Un Officier : Randall Ball, ténor
- Un Perruquier : Andrew Ashwin, baryton
- Un Laquais : Ruben Drole, basse
- Le Majordome : Alexander Pereira, rôle parlé
Direction : Christoph von Dohnányi (mise en scène : Claus Guth ; décors et costumes : Christian Schmidt ; réalisation TV : Thomas Grimm)
Orchestre : Orchester der Oper Zürich
Langue : allemand
Particularité :
Spectacle de l’Opernhaus Zürich dirigé par son intendant Alexander Pereira, qui tient aussi le rôle parlé du Majordome. Selon la critique de MusicWeb International (William Kreindler), le Prologue se joue devant de lourds rideaux et sans accessoires, tandis que l’opéra se déroule dans une reconstitution du restaurant zurichois Kronenhalle, ce qui pose quelques problèmes de mise en scène. Le critique loue la maîtrise du style straussien par Dohnányi, une lecture plus ample que celle de Sinopoli, et distingue Elena Moşuc en Zerbinetta, Michelle Breedt en Compositeur et le trio des nymphes ; Emily Magee est convaincante malgré des moments de contrôle vocal incertain au début, et Roberto Saccà, sans la voix idéale de Bacchus, s’impose par sa vaillance. Il recommande surtout le disque pour sa partie musicale.

Harding — 2012
Format : Blu-ray, 192 min, image 16:9, son LPCM 2.0 et DTS-HD Master Audio, sous-titres anglais, français, allemand, espagnol, coréen, chinois
Label : Sony Classical (Unitel Classica, co-production ORF / 3sat / Festival de Salzbourg)
Référence : 88843005759
Année d’enregistrement : 2012 (live, Festival de Salzbourg, Haus für Mozart)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Emily Magee, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Jonas Kaufmann, ténor
- Zerbinetta : Elena Moşuc, soprano colorature
- Najade / Une bergère : Eva Liebau, soprano
- Dryade / Un berger : Marie-Claude Chappuis, mezzo-soprano
- Echo / Une chanteuse : Eleonora Buratto, soprano
- Harlekin : Gabriel Bermúdez, baryton
- Scaramuccio : Michael Laurenz, ténor
- Truffaldino : Tobias Kehrer, basse
- Brighella : Martin Mitterrutzner, ténor
- Monsieur Jourdain : Cornelius Obonya, rôle parlé
- Ottonie / Dorimène : Regina Fritsch, rôle parlé
- Le Compositeur : Thomas Frank, rôle parlé
- Hofmannsthal / Dorante : Michael Rotschopf, rôle parlé
Direction : Daniel Harding (mise en scène : Sven-Eric Bechtolf ; décors : Rolf Glittenberg ; costumes : Marianne Glittenberg ; chorégraphie : Heinz Spoerli ; réalisation vidéo : Hannes Rossacher)
Orchestre : Wiener Philharmoniker
Langue : allemand
Particularité :
Cet enregistrement ne donne pas la version habituelle : pour le centenaire de la création, le Festival de Salzbourg joue la musique de 1912 dans une version de Sven-Eric Bechtolf qui associe la pièce de Molière, des éléments du texte du prologue ultérieur et de la danse ; le Compositeur et les autres personnages du Prologue y sont des rôles parlés. Jonas Kaufmann y fait ses débuts dans Bacchus, rôle que le Berliner Zeitung a salué comme le meilleur Bacchus jamais entendu. Le livret du disque cite la critique du Sunday Times, qui voit dans le spectacle de Bechtolf une réussite.

Thielemann — 2021
Format : 2 CD (73:35 + 55:06)
Label : Orfeo
Référence : C 996 202 2 (EAN 4011790996226)
Année d’enregistrement : octobre 2014 (live, Wiener Staatsoper ; publié en 2021)
Distribution :
- Primadonna / Ariadne : Soile Isokoski, soprano
- Le Ténor / Bacchus : Johan Botha, ténor
- Le Compositeur : Sophie Koch, mezzo-soprano
- Zerbinetta : Daniela Fally, soprano colorature
- Un Maître de musique : Jochen Schmeckenbecher, baryton
- Un Maître de danse : Norbert Ernst, ténor
- Harlekin : Adam Plachetka, baryton
- Scaramuccio : Carlos Osuna, ténor
- Truffaldin : Jongmin Park, basse
- Brighella : Benjamin Bruns, ténor
- Najade : Valentina Nafornița, soprano
- Dryade : Rachel Frenkel, contralto
- Echo : Olga Bezsmertna, soprano
- Un Officier : Daniel Lökös, ténor
- Un Perruquier : Won Cheol Song, baryton
- Un Laquais : Marcus Pelz, basse
- Le Majordome : Peter Matić, rôle parlé
Direction : Christian Thielemann
Orchestre : Orchester der Wiener Staatsoper
Langue : allemand
Particularité :
Prise de son live de l’Österreichischer Rundfunk (Ö1) à la Staatsoper de Vienne, c’est-à-dire dans la maison même qui a créé la version de 1916. Dans Limelight, Justine Nguyen loue la capacité de Thielemann à soutenir et façonner de longues phrases et la cohésion entre la fosse et les chanteurs, qu’elle juge envoûtante dans le duo final ; elle salue la souplesse lyrique et l’endurance de Johan Botha, la ferveur de Soile Isokoski, dont l’« Es gibt ein Reich » est émouvant, et la voix stable et vibrante de Sophie Koch.
Postérité :
La version de 1916 se maintient à Vienne jusqu’en 1934, avec quatre-vingt-treize représentations, dont trente-trois avec Maria Jeritza dans le rôle-titre. L’œuvre entre au Festival de Salzbourg en 1926, est donnée à Philadelphie en 1928 pour sa première américaine, puis au Metropolitan Opera en 1962, où James Levine en fait l’un de ses ouvrages de prédilection. La version de 1912, avec la pièce de Molière, n’a été reprise que de loin en loin, notamment au Festival d’Édimbourg en 1997 et à Salzbourg en 2012 pour le centenaire. Zerbinetta et son grand air « Großmächtige Prinzessin », l’air d’Ariadne « Es gibt ein Reich » et l’adieu du Compositeur « Sein wir wieder gut » comptent parmi les pages les plus célèbres de l’ouvrage.
Sources :
Wikipedia — Ariadne auf Naxos ; MusicWeb International — Dohnányi, Zurich ; C Major — Salzburg Festival 2012 ; BBC Music Magazine — critique de l’enregistrement Kuhn ; Limelight — Thielemann ; Orfeo — Ariadne auf Naxos ; MusicWeb International — Karajan 1954 ; MusicWeb International — Sinopoli ; livret du disque Orfeo (Andreas Láng, Die Entstehung der Ariadne) et pochettes des six éditions.






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