Format :
- Tragédie en musique en un prologue et cinq actes.
- Musique : Joseph-François Salomon (1649-1732).
- Livret : Simon-Joseph Pellegrin.
- Langue : français.
Création :
Avril 1713, Académie royale de musique, Paris.
L’œuvre naît dans les dernières années du règne de Louis XIV, au lendemain de la paix d’Utrecht, que célèbre son prologue. Joseph-François Salomon, qui tenait lui-même la basse de viole à la Musique du roi, s’inspire de deux modèles qui avaient triomphé, l’Armide de Lully (1686) et l’Alcyone de Marin Marais (1706). Deux versions de 1713 (avril et octobre) diffèrent en partie l’une de l’autre, et l’opéra fut repris en 1736 sous une forme remaniée.
Livret :
Simon-Joseph Pellegrin reprend le mythe de Médée, déjà traité en musique par Charpentier, mais le renouvelle : il supprime la robe empoisonnée, confie à Créuse un rôle prophétique (son songe de l’acte II) et refuse toute intervention divine pendant l’action. Seule Médée détient un pouvoir magique, ce qui concentre le drame sur les passions des protagonistes et sur le spectacle de la magie.
Intrigue :
- Prologue : au lendemain de la paix d’Utrecht, sur les rives de la Seine, l’Europe, alarmée par des chants guerriers, appelle Jupiter à l’aide. Apollon et Melpomène célèbrent la victoire de la France qui, grâce au roi, va renouer avec les plaisirs de la paix, tandis qu’Apollon annonce une tragédie portée par une leçon morale.
- Acte I : sur une place publique, Jason, amoureux de Créuse qu’il va épouser, éprouve des remords d’abandonner Médée et de trahir ainsi leurs enfants. Créuse, craignant que la colère de Médée ne s’abatte sur Jason, veut rompre leurs fiançailles. Mais Créon et les Corinthiens coupent court à ces hésitations en célébrant la gloire de Jason, vainqueur d’Athènes, gloire qu’ils souhaitent couronnée par un mariage.
- Acte II : dans un lieu champêtre, à la veille de ses noces, Créuse fait un terrible songe où Médée descend du ciel, incendie le palais de Créon et brandit un poignard couvert du sang de Jason. Cléone tente de la rassurer, mais Médée paraît dans un tourbillon de nuages et le théâtre se change en un lieu affreux où magiciens et démons déploient leur haine. Créuse, sous l’emprise de la magicienne, reprend pourtant courage face à l’horreur que Médée lui prédit, du moins tant qu’elle la menace personnellement : elle tremble quand Médée commence à menacer aussi Jason. Malgré les conseils de Nérine lui rappelant son amour pour Jason, Médée s’en remet à la jalousie pour guider ses projets de vengeance.
- Acte III : dans un bois, Jason craint pour Créuse et veut supporter seul la fureur de Médée. Mais celle-ci agit par la ruse : elle fait voir à Jason des jardins enchantés et change les démons en nymphes qui lui promettent le bonheur. Créuse tente en vain de soustraire Jason à cette illusion. Les deux anciens époux se déchirent en reproches, Médée accusant Jason de partager ses fautes. Jason part malgré ses menaces, laissant Médée à sa vengeance.
- Acte IV : dans le port de Corinthe, persuadée que Jason va l’abandonner, Créuse cède au chagrin, puis à la jalousie. Les amants cachent toutefois leur conflit à Créon, venu pleurer les victimes de Médée. Jason et Créon implorent l’aide des dieux contre la magicienne. Médée est alors arrêtée par la garde royale : Jason demande sa grâce, mais Créon prononce son exil. Médée dénonce l’injustice qui va couronner Jason alors qu’il l’a poussée au crime ; devant la surenchère de menaces, Jason se décide à partir avec elle. C’est alors que Médée dévoile son stratagème à Nérine : elle s’est laissée capturer pour être au plus près de ses victimes. Elle laisse les matelots, qui croient l’emmener, donner leur fête, bientôt interrompue par une tempête.
- Acte V : dans le palais de Créon, Médée s’étonne elle-même de la cruauté de son projet. Pour affermir son cœur, elle convoque les trois Furies. Puis elle s’assure de l’attachement de Jason envers ses enfants et, feignant un dernier élan de tendresse, demande, avant de partir, à les voir une dernière fois. Jason tombe dans le piège et accède à sa demande. Puis il renouvelle son engagement auprès de Créuse et les Corinthiens s’en réjouissent. Cependant Créon, en proie à la folie et prenant Créuse pour Médée, tente de la tuer. Tous deux disparaissent dans le palais de Créon en flammes. Médée triomphe : paraissant sur son char, elle confirme la mort de Créuse et brandit le couteau avec lequel elle vient de tuer ses enfants, puis disparaît. Jason tente de se suicider, mais il en est empêché par le peuple.
Enregistrement :

Reinoud Van Mechelen — 2025
Format : 2 CD (151’32).
Label : Château de Versailles Spectacles (Collection Opéra français n° 35).
Référence : CVS189.
Année d’enregistrement : 11-14 juillet 2025, Grand Manège de Namur.
Distribution :
- Médée : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, soprano
- Jason : Reinoud Van Mechelen, ténor
- Créuse : Mélissa Petit, soprano
- Melpomène, Nérine : Lore Binon, soprano
- L’Europe, Cléone : Annelies Van Gramberen, soprano
- Créon : Cyril Costanzo, basse
- Une Corinthienne, Une magicienne, Une nymphe, Une matelote : Virginie Thomas
- Un matelot : Renaud Tripathi
- Un corinthien, Un magicien, Un plaisir, Un garde, Deuxième matelot : Maxime Melnik
- Arcas, Deuxième Furie : Samuel Namotte
- Un démon, Troisième matelot, Troisième Furie : Philippe Favette
- Première Furie : Arnaud Le Dû
Direction : Reinoud Van Mechelen.
Orchestre : a nocte temporis ; Chœur de Chambre de Namur.
Langue : français.
Particularité :
Reinoud Van Mechelen chante le rôle de Jason tout en dirigeant son ensemble. L’enregistrement restitue la toute première version de l’œuvre (avril 1713), reconstituée à partir de la partition réduite publiée, du livret de la création et du matériel d’orchestre conservé à la bibliothèque de l’Opéra de Paris, sous la direction musicologique de Benoît Dratwicki, qui a recomposé les parties manquantes (édition de la partition par Nicolas Sceaux). L’orchestre à trois parties d’alto, avec quinte de violon, basses de violon, viole de gambe et théorbe, retrouve l’effectif de 1713, absent des reprises ultérieures.
Postérité :
Le succès public de la tragédie, attesté par des reprises régulières (notamment en 1736) et par des parodies, confirma la validité de la formule de Pellegrin et Salomon. Placée entre l’héritage de Lully et la révolution de Rameau, l’œuvre occupe une position charnière dans l’histoire de la musique française : en donnant à l’orchestre une fonction dramatique accrue, elle prépare les tragédies de Rameau des années 1730, qui feront de l’orchestre un véritable protagoniste.






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