Note personnelle : ,

Rossini, Gioachino — L’occasione fa il ladro (1812)

Format :

  • Burletta per musica (farsa) en un acte.
  • Musique : Gioachino Rossini.
  • Livret : Luigi Prividali, d’après la comédie d’Eugène Scribe Le prétendu par hasard, ou L’occasion fait le larron (1810).
  • Langue : italien.

Création :

24 novembre 1812, au Teatro San Moisè de Venise.
Rossini a vingt ans. Auréolé du succès de La pietra del paragone à la Scala, il retrouve le petit théâtre vénitien de l’impresario Antonio Cera, qui l’a engagé pour plusieurs farse après le triomphe de L’inganno felice. Retardé par la fièvre et par le chantier milanais, il s’engage à écrire la partition en quinze jours et n’en met que onze. La création, avec Luigi Pacini (Parmenione), Filippo Spada (Martino), Tommaso Berti (Alberto), Gaetano Dal Monte (Eusebio), Giacinta Canonici (Berenice) et Carolina Nagher (Ernestina), ne rencontre pas le triomphe espéré, d’après Rossini en raison de l’interprétation plus que de la musique ; la presse vénitienne note cependant que l’ouvrage fait meilleure impression aux deux représentations suivantes. Il connaîtra par la suite une diffusion assez large : de toutes les farse vénitiennes de Rossini, c’est celle qui fut le plus souvent jouée de son vivant.

Livret :

Le livret est dû à l’avocat devenu homme de théâtre et critique Luigi Prividali, fervent défenseur de Rossini, et non aux deux poètes attitrés de la maison, Gaetano Rossi et Giuseppe Foppa. On a longtemps cru qu’il l’avait inventé de toutes pièces, jusqu’à la redécouverte de la comédie de Scribe publiée à Paris en 1810, dont il tire sans doute l’idée et surtout le titre ; mais les ressemblances d’intrigue sont minces, et l’échange des valises qui lance l’action, absent de Scribe, valut à l’ouvrage son titre alternatif Il cambio della valigia. Contrairement aux autres farse vénitiennes de Rossini, l’action comporte un véritable changement de décor : de l’auberge isolée aux portes de Naples à la demeure de Berenice. La double comédie de confusion oppose deux couples, l’un passionné et burlesque, l’autre sentimental et distingué.

Intrigue :

  • Acte unique : Une nuit d’orage près de Naples, dans une auberge isolée, Don Parmenione, bon vivant, soupe tandis que son valet Martino tremble à chaque coup de tonnerre. Survient le comte Alberto, trempé, qui part ensuite vers Naples où l’attend un mariage arrangé ; son domestique emporte par mégarde la valise de Parmenione, tandis que celle du comte demeure à l’auberge. Martino l’ouvre et y trouve de l’argent, des bijoux, le passeport d’Alberto et le portrait d’une jolie dame : Parmenione, séduit, décide de se faire passer pour le comte. Chez la marquise Berenice, qui attend son futur époux, celle-ci échange ses habits avec sa suivante Ernestina pour éprouver le prétendant : Parmenione tombe aussitôt amoureux de la fausse fiancée, et Alberto, arrivé de son côté, de la fausse servante. L’arrivée simultanée des deux « comtes » provoque une confusion générale (« Orsù, spiegatevi »). Dans le second temps de l’action, Berenice soumet l’imposteur à un interrogatoire serré, tandis que Martino brosse de son maître un portrait équivoque. Le dénouement révèle que Parmenione, chargé de retrouver la sœur d’un ami, recherchait précisément Ernestina ; le portrait trouvé dans la valise était celui de la sœur d’Alberto. Les deux couples se retrouvent, et la morale conclut qu’il est parfois de bonnes raisons pour que l’occasion fasse le larron.

Enregistrement(s) :

Antonino Fogliani — 2005

Format : 2 CD (45 min 22 s + 42 min 11 s)
Label : Naxos (coproduction avec le Südwestrundfunk)
Référence : 8.660314-15 (paru en 2012)
Année d’enregistrement : en public, les 14, 17 et 21 juillet 2005, Kursaal, Bad Wildbad (XVIIe festival « Rossini in Wildbad », direction artistique : Jochen Schönleber)
Distribution :

  • Berenice : Elizaveta Martirosyan, soprano
  • Ernestina : Fanie Antonelou, mezzo-soprano
  • Don Parmenione : Gianpiero Ruggeri, baryton
  • Martino : Mauro Utzeri, baryton
  • Comte Alberto : Garðar Thór Cortes, ténor
  • Don Eusebio : Joan Ribalta, ténor

Direction : Antonino Fogliani (clavecin : Matthias Manasi)
Orchestre : Württemberg Philharmonic Orchestra (Orchestre philharmonique de Wurtemberg)
Langue : italien

Particularité :

Captation publique du festival de Bad Wildbad, rendez-vous consacré aux œuvres rares de Rossini, produite par Siegbert Ernst avec Norbert Vossen à la prise de son. Cette gravure à petit prix s’ajoute aux versions de Morelli (1953), d’Accardo (1987) et de Viotti (1992). Le ténor islandais Garðar Thór Cortes, tenore di grazia au timbre séduisant, en est l’atout principal, face à la Berenice d’Elizaveta Martirosyan, au Parmenione de Gianpiero Ruggeri et au Martino de Mauro Utzeri. La partition respecte la couleur d’origine : récitatifs au clavecin, sinfonia-lever de rideau enchaînée à l’introduction, où Rossini recycle la tempête de La pietra del paragone.

Postérité :

Négligée après la mort du compositeur, la farsa renaît à Pesaro en 1892 pour le centenaire de Rossini, avec Alessandro Bonci, puis à Nice (1983) et surtout au Rossini Opera Festival en 1987, dans la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, reprise en 2013. Elle est jouée à Palerme (1991), dans plusieurs théâtres européens en 1992, par Opera North en anglais sous le titre Love’s Luggage Lost (2004), puis à la Fenice de Venise (2017) et de nouveau à Bad Wildbad en 2017. Plus courte et plus légère que les grandes bouffes, elle demeure un régal pour les amateurs du jeune Rossini.

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