Format :
- Dramma giocoso en 1 acte (cantata scenica, joué en trois parties).
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Luigi Balocchi, en partie d’après le roman de Madame de Staël Corinne ou l’Italie (1807).
- Langue : Italien (sous-titre : L’albergo del Giglio d’Oro).
Création :
19 juin 1825, au Théâtre-Italien de Paris (salle Louvois).
Rossini a trente-trois ans et dirige depuis un an le Théâtre-Italien. Il compose l’ouvrage pour célébrer le sacre de Charles X à Reims : Il viaggio a Reims est son dernier opéra italien, avant les adaptations françaises de ses grands succès et son Guillaume Tell. Giuditta Pasta, qui tient le rôle de Corinna, chante dans une distribution de rêve réunissant les plus grandes voix de l’époque (Laure Cinti-Damoreau, Domenico Donzelli, Marco Bordogni, Carlo Zucchelli). Œuvre de circonstance, elle n’est donnée que quatre fois, puis Rossini la retire de l’affiche et en réemploie une grande partie dans Le comte Ory (1828).
Livret :
Luigi Balocchi (1766-1832), librettiste de la cour et du Théâtre-Italien, s’inspire du roman de Mme de Staël, Corinne ou l’Italie, dont l’héroïne, poétesse improvisatrice, devient Corinna, tandis que l’intrigue se réduit à une grande farce collective : des voyageurs de toutes nations, bloqués dans une auberge, voient leur voyage vers le sacre annulé. Cette absence d’intrigue au profit d’un tableau d’ensemble, joint à une écriture vocale étonnante (un grand pezzo concertato à quatorze voix), fait de l’ouvrage un objet unique dans le répertoire rossinien.
Intrigue :
- Première partie : À l’auberge du Lys d’Or, à Plombières, la patronne Madame Cortese s’occupe d’une clientèle internationale en route pour Reims : la comtesse de Folleville, folle de mode, dont la malle de chapeaux s’est perdue ; le chevalier Belfiore, amoureux de Corinna ; le comte Libenskof et Don Alvaro, rivaux auprès de la marquise Melibea ; Lord Sidney, secrètement épris de la poétesse ; le savant Don Profondo et le baron de Trombonok. Faute de chevaux, le voyage est impossible.
- Deuxième partie : Chacun profite du répit pour intriguer et se quereller, jusqu’à la grande scène où les quatorze personnages réagissent à l’annulation du voyage (gran pezzo concertato a 14 voci). La comtesse propose alors de gagner Paris, où l’on célébrera le sacre.
- Troisième partie : Le banquet remplace le voyage : on chante les hymnes des nations (hymne allemand, canzone française, polonaise, chant russe, boléro espagnol, tyrolienne) en hommage au roi, et Corinna improvise, accompagnée à la harpe, en l’honneur de la famille royale. Le tout s’achève dans un finale à l’éloge de Charles X.
Enregistrement(s)

Claudio Abbado — 1984
Format : LP / CD (live)
Label : Deutsche Grammophon
Référence : 415 498-1 (LP) / 415 498-2 (CD)
Année d’enregistrement : août 1984, Rossini Opera Festival de Pesaro (live)
Distribution :
- Corinna : Cecilia Gasdia, soprano
- Marchesa Melibea : Lucia Valentini Terrani, contralto
- Contessa di Folleville : Lella Cuberli, soprano
- Madama Cortese : Katia Ricciarelli, soprano
- Cavalier Belfiore : Edoardo Gimenez, ténor
- Conte di Libenskof : Francisco Araiza, ténor
- Lord Sidney : Samuel Ramey, basse
- Don Profondo : Ruggero Raimondi, basse
- Barone di Trombonok : Enzo Dara, basse
- Don Alvaro : Leo Nucci, baryton
- Don Prudenzio : Giorgio Surian, basse
Direction : Claudio Abbado
Orchestre : Chamber Orchestra of Europe et Prague Philharmonic Chorus
Langue : Italien
Particularité :
Document capital : l’enregistrement de la résurrection de l’ouvrage, redécouvert grâce aux recherches de Janet Johnson et de Philip Gossett et présenté en 1984 à Pesaro dans la mise en scène de Luca Ronconi. Abbado y dirige avec précision et finesse, soutenu par des vents exemplaires, une distribution de rêve réunissant les stars rossiniennes de l’époque. Les improvisations de Gasdia, accompagnées à la harpe, et le grand air de Sidney par Ramey sont des sommets. La prise de son restitue l’atmosphère vivante de la salle.

Claudio Abbado — 1992
Format : CD (2 disques, live)
Label : Sony Classical
Référence : S2K 53 336
Année d’enregistrement : 1992, Philharmonie de Berlin (live)
Distribution :
- Corinna : Sylvia McNair, soprano
- Marchesa Melibea : Lucia Valentini Terrani, contralto
- Contessa di Folleville : Luciana Serra, soprano
- Madama Cortese : Cheryl Studer, soprano
- Cavalier Belfiore : Raúl Gimenez, ténor
- Conte di Libenskof : William Matteuzzi, ténor
- Lord Sidney : Samuel Ramey, basse
- Don Profondo : Ruggero Raimondi, basse
- Barone di Trombonok : Enzo Dara, basse
- Don Alvaro : Lucio Gallo, baryton
Direction : Claudio Abbado
Orchestre : Berliner Philharmoniker et Rundfunkchor Berlin
Langue : Italien
Particularité :
Deuxième regard d’Abbado sur l’ouvrage, cette fois à la tête des Berliner Philharmoniker, dans une version de concert avec une distribution en partie renouvelée mais qui conserve Ramey, Raimondi, Dara et Valentini Terrani. Cheryl Studer, Cortese de luxe, et Sylvia McNair, Corinna lumineuse, apportent un éclat vocal supplémentaire. Une réalisation somptueuse, moins spontanée peut-être que celle de Pesaro, mais d’une plénitude sonore remarquable.

Valery Gergiev — 2005
Format : DVD (135 min)
Label : Opus Arte
Référence : OA 0967 D
Année d’enregistrement : 10, 15 et 17 décembre 2005, Théâtre du Châtelet, Paris (live)
Distribution :
- Corinna : Irma Guigolachvili, soprano
- Marchesa Melibea : Anna Kiknadze, mezzo-soprano
- Contessa di Folleville : Larissa Youdina, soprano
- Madama Cortese : Anastasia Belyaeva, soprano
- Cavalier Belfiore : Dmitri Voropaev, ténor
- Conte di Libenskof : Daniil Shtoda, ténor
- Lord Sidney : Edouard Tsanga, basse
- Don Profondo : Nikolaï Kamenski, basse
- Barone di Trombonok : Vladislav Ouspenski, basse
- Don Alvaro : Alexeï Safiouline, baryton
- Don Prudenzio : Alexeï Tannovistski, basse
- Don Luigino : Andreï Iliouchnikov
- Maddalena : Elena Sommer, soprano
- Modestina : Olga Kitchenko, mezzo-soprano
- Antonio : Pavel Chmoulevitch
Direction : Valery Gergiev
Orchestre : Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg et Académie des jeunes chanteurs du Mariinsky
Mise en scène : Alain Maratrat — décors : Pierre-Alain Bertola — costumes : Mireille Dessingy — lumières : Pascal Mérat — réalisation : Vincent Bataillon
Langue : Italien (sous-titres : anglais, français, allemand, espagnol, italien)
Particularité :
Production du Théâtre du Châtelet et du Mariinsky, avec de jeunes chanteurs russes de l’Académie du Mariinsky, qui actualise l’intrigue avec humour et couleurs. Gergiev mène l’ensemble avec une vivacité contagieuse, et une jeune troupe très homogène, où brillent Belyaeva, Youdina et Shtoda, donne à l’ouvrage une fraîcheur de grande fête. Tourné en haute définition avec son surround.

Antonino Fogliani — 2014
Format : CD (3 disques, live)
Label : Naxos (en coproduction avec le Südwestrundfunk)
Référence : 8.660382-84
Année d’enregistrement : 8, 10 et 12 juillet 2014, Königliches Kurtheater, Bad Wildbad (Rossini in Wildbad, live)
Distribution :
- Corinna : Laura Giordano, soprano
- Marchesa Melibea : Marianna Pizzolato, contralto
- Contessa di Folleville : Sofia Mchedlishvili, soprano
- Madama Cortese : Alessandra Marianelli, soprano
- Cavalier Belfiore : Bogdan Mihai, ténor
- Conte di Libenskof : Maxim Mironov, ténor
- Lord Sidney : Mirco Palazzi, basse
- Don Profondo : Bruno De Simone, basse
- Barone di Trombonok : Bruno Praticò, basse
- Don Alvaro : Gezim Myshketa, basse
- Don Prudenzio : Baurzhan Anderzhanov, basse
- Don Luigino : Carlos Cardoso, ténor
- Delia : Guiomar Cantò, soprano
- Maddalena : Olesya Berman Chuprinova, mezzo-soprano
- Modestina : Annalisa D’Agosto, mezzo-soprano
- Zefirino : Artavazd Sargsyan, ténor
- Antonio : Lucas Somoza Osterc, baryton
- Gelsomino : Yasushi Watanabe, ténor
Direction : Antonino Fogliani
Orchestre : Virtuosi Brunensis et Camerata Bach Choir de Poznań (chef de chœur : Ania Michalak)
Fortepiano et assistant musical : Michele D’Elia — édition critique : M. Elizabeth C. Bartlet (Fondazione Rossini, Pesaro / Ricordi)
Langue : Italien
Particularité :
Premier enregistrement intégral de l’ouvrage, avec tous les récitatifs et tous les rôles secondaires, fondé sur l’édition critique de la Fondation Rossini. Captation en concert du festival Rossini in Wildbad, dans la production de Jochen Schönleber, avec de jeunes chanteurs dont Laura Giordano, Corinna, et Maxim Mironov, Libenskof. Un document essentiel pour qui veut entendre la partition complète, avec ses variantes et ses trois stances de Corinna.
Postérité :
Retiré par Rossini après quatre représentations, Il viaggio a Reims a longtemps été tenu pour perdu : les manuscrits furent retrouvés et reconstitués dans les années 1970 par la musicologue Janet Johnson, avec l’aide de Philip Gossett, ce qui permit la résurrection au Rossini Opera Festival de Pesaro le 18 août 1984, sous la direction de Claudio Abbado, dans la mise en scène de Luca Ronconi. Le succès fut tel que l’ouvrage fit le tour du monde (Milan, Vienne, Tokyo, Ferrare), réunissant à chaque reprise les plus grandes voix rossiniennes de l’époque. Stendhal, qui n’avait pu l’entendre, écrivit que « cet opéra est une fête ». Œuvre de circonstance transformée en chef-d’œuvre intemporel, il est aujourd’hui l’un des ouvrages favoris des festivals rossiniens et des académies de jeunes chanteurs.




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