Note personnelle : ,

Morlacchi, Francesco — Tebaldo e Isolina (1822)

Format :

  • Melodramma romantico en deux actes (version de Dresde, 1825).
  • Musique : Francesco Morlacchi (1784-1841).
  • Livret : Gaetano Rossi (1774-1855).
  • Langue : italien.

Création :

1822, Venise (version vénitienne, qualifiée de melodramma eroico).
Morlacchi, né à Pérouse et maître de chapelle de la cour de Saxe à Dresde depuis 1810, prépare cet opéra pour la deuxième de ses tournées italiennes. La création vénitienne est un triomphe : Gaetano Crivelli chantait Boemondo, et le célèbre castrat Giovanni Battista Velluti Tebaldo. L’ouvrage, repris dans une quarantaine de théâtres et publié en réduction chant-piano, devint le plus grand succès scénique du compositeur, qui en donna ensuite une version révisée pour Dresde (1825).

Livret :

Le livret de Gaetano Rossi reprend, avec une fin heureuse, l’histoire de Roméo et Juliette ; l’action se déroule au Moyen Âge, dans la région d’Altenburg et de Meissen, et oppose deux familles ennemies, les Tromberg et les Altenburg. À Venise, le rôle de Tebaldo était écrit pour un castrat ; pour Dresde, Morlacchi a dû réécrire cette partie pour contralto et remanier l’ouvrage (suppression de plusieurs airs solos non remplacés, structure resserrée) pour l’adapter au public allemand.

Intrigue :

  • Acte I : Dans la salle des chevaliers du château d’Altenburg, les partisans des Tromberg fêtent le retour victorieux d’Ermanno, chef de la famille. Celui-ci rappelle que la haine entre sa famille et celle des Altenburg a mis fin au projet de mariage entre Isolina, fille de Boemondo, et Tebaldo d’Altenburg ; Boemondo, banni, a vu son château réquisitionné et tous le croient mort. Isolina, en secret, languit de son amant. Lors d’un tournoi, un chevalier visière baissée, qui se fait appeler « Sigerto », remporte la victoire : Ermanno le reconnaît comme le sauveur de sa famille, et Isolina, qui a reconnu son bien-aimé, lui remet l’épée et la couronne de laurier. Sous le nom de Sigerto se cache Tebaldo, qui avait juré vengeance à la famille dont il est désormais l’hôte. Boemondo, entré secrètement dans le parc du château, pleure sa femme et ses enfants, tués selon lui quinze ans plus tôt par Corrado von Tromberg, frère d’Ermanno, et jure de se venger. Il retrouve Tebaldo, qu’il croyait mort, et lui remet le poignard qui avait tué sa mère en lui ordonnant de tuer Ermanno et ses enfants. Tebaldo avoue qu’il aime Isolina, mais, pour ne pas être de nouveau rejeté, il cède à la volonté de son père. Dans une salle du château, Isolina, comblée, annonce que son père consent à son union avec Sigerto, à condition qu’il batte les guerriers qui menacent le château ; Ermanno lui promet la main d’Isolina s’il revient vainqueur. Boemondo, visière baissée, apparaît alors : Tebaldo avoue que l’étranger est le père qu’on croyait mort, et Ermanno lui offre son amitié, que Boemondo refuse sèchement. Geroldo annonce que les troupes sont prêtes ; Ermanno, Isolina, Geroldo et les chevaliers restent dans la salle sans avoir compris l’identité des deux hommes.
  • Acte II : Isolina, inconsolable de la disparition de son amant, reçoit par Clemenza une lettre de Sigerto qui révèle sa véritable identité et lui annonce que son serment l’oblige à la renoncer. Dans une grotte des montagnes, devant les tombes de la femme et de la fille de Boemondo, ce dernier jure de les venger ; des chevaliers vêtus de noir lui jurent fidélité. Alors qu’Altenburg est attaqué au nom de Boemondo, Tebaldo, l’épée ensanglantée, veut dire adieu à Isolina pour toujours ; Clemenza le désigne comme l’assassin de Geroldo, et Tebaldo explique qu’il a dû tuer son frère pour sauver son père. Il demande à mourir de la main d’Isolina, mais celle-ci lui pardonne : il lui avait auparavant sauvé son père. Les amants se séparent en jurant de se souvenir à jamais de leur amour. Devant le château, tandis que les chevaliers des Tromberg traquent Boemondo, réfugié dans une église, Ermanno rencontre « Sigerto » et lui demande de tuer Tebaldo ; Boemondo surgit pour attaquer Ermanno, mais Tebaldo s’interpose. Il supplie son père d’épargner celui à qui il a par deux fois sauvé la vie ; Boemondo, d’abord inflexible, se laisse fléchir devant la magnanimité d’Ermanno, qui pardonne à tous. Il consent à l’union d’Isolina et de Tebaldo, et tous célèbrent la paix et l’amour dans un rondo final.

Enregistrement :

Antonino Fogliani — 2014

Format : 2 CD
Label : Naxos (en coproduction avec SWR, festival Rossini in Wildbad)
Référence : 8.660471
Année d’enregistrement : 25 et 27 juillet 2014, Trinkhalle, Bad Wildbad (Allemagne), pendant la XXVIe édition du festival Rossini in Wildbad.
Distribution :

  • Boemondo : Anicio Zorzi Giustiniani, ténor
  • Tebaldo : Laura Polverelli, mezzo-soprano
  • Ermanno : Raúl Baglietto, basse-baryton
  • Geroldo : Gheorghe Vlad, ténor
  • Isolina : Sandra Pastrana, soprano
  • Clemenza : Annalisa D’Agosto, soprano

Direction : Antonino Fogliani (pianoforte et assistant musical : Silvano Zabeo)
Orchestre : Virtuosi Brunensis (directeur artistique : Karel Mitáš) ; chœur : Camerata Bach Choir, Poznań (chefs de chœur : Ania Michalak et Tomasz Potkowski)
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement en direct de la version de Dresde (1825), dans une nouvelle édition d’après les manuscrits réalisée par Florian Bauer pour le festival Rossini in Wildbad. Cette version, qui supprime les quatre airs solos de la version vénitienne sans les remplacer, accorde aux rôles principaux des cavatines et des duos, et transforme Tebaldo, écrit à l’origine pour le castrat Velluti, en rôle de mezzo-soprano. Durée totale : environ 2 h 23.

Postérité :

Triomphe à Venise en 1822, Tebaldo e Isolina fut repris dans une quarantaine de théâtres et reste le plus grand succès de scène de Morlacchi ; c’est aussi le seul de ses opéras italiens à avoir été publié en réduction chant-piano intégrale. Morlacchi en proposa à Dresde la version révisée de 1825, qui s’efforce de concilier les attentes du public italien et du public allemand. Le disque de 2014, issu du festival Rossini in Wildbad, en fait entendre la version dresdoise.

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