Format :
- Dramma tragico en trois actes.
- Musique : Gaetano Donizetti.
- Livret : Salvadore Cammarano, d’après La nonne sanglante d’Anicet-Bourgeois et Julien de Mallian (1835), elle-même inspirée de l’épisode de la « nonne sanglante » du roman gothique The Monk de Matthew Gregory Lewis (1796).
- Langue : italien.
Création :
30 janvier 1838, Teatro La Fenice, Venise, avec Carolina Ungher (Maria), Isabella Casali (Matilde), Giorgio Ronconi (Corrado), Napoleone Moriani (Enrico), Domenico Raffaeli (Rambaldo) et Alessandro Giacchini (le Chancelier).
Donizetti compose cet ouvrage dans l’une des périodes les plus sombres de sa vie : sa femme Virginia et leurs trois enfants étaient morts en bas âge, Virginia elle-même disparaissant en juillet 1837, tandis que le compositeur, en délicatesse croissante avec la censure napolitaine qui venait d’interdire Poliuto, honorait une commande vénitienne pour La Fenice. Le résultat, d’une noirceur et d’une violence dramatique inhabituelles même pour Donizetti, déconcerta le public de la création : l’œuvre ne connut que deux représentations et le compositeur la qualifia lui-même de « fiasco » dans sa correspondance.
Livret :
Cammarano resserre en trois actes un sujet gothique emprunté au théâtre français : La nonne sanglante, mélodrame d’Anicet-Bourgeois et Julien de Mallian créé à Paris en 1835, reprend lui-même le célèbre épisode inséré du roman The Monk de Matthew Gregory Lewis, où le spectre d’une religieuse assassinée vient hanter son ancien amant. Cammarano transpose l’intrigue en Suisse, vers 1400, et en fait un huis clos vénéneux fondé sur l’usurpation d’identité, un testament conditionnel et une fausse mort suivie d’une résurrection vengeresse — autant de ressorts qui annoncent, par leur outrance macabre, certains excès du théâtre romantique le plus noir.
Intrigue :
- Acte I — Le testament : Après avoir fui avec Maria de Rudenz malgré l’opposition de son père, Corrado Waldorf, la croyant infidèle, l’a abandonnée et s’est réfugié au château de Rudenz, où il s’est épris de sa cousine Matilde di Wolf. Selon le testament du défunt comte, si Maria ne reparaît pas dans l’année, Matilde hérite du domaine et peut choisir librement son époux ; le délai est sur le point d’expirer. Alors que Corrado s’apprête à épouser Matilde, Maria — que l’on croyait morte — resurgit et découvre que Corrado dissimule un lourd secret de naissance. Elle interrompt les noces et exige que Matilde entre au couvent.
- Acte II — Un crime : Maria fait enfermer Matilde et menace de la faire exécuter si Corrado ne lui jure pas à nouveau un amour éternel. Face au refus de Corrado, elle actionne une trappe qui met en péril la vie de Matilde. Acculé, Corrado frappe Maria de son épée pour sauver celle qu’il aime ; tous la croient morte.
- Acte III — Le spectre : Des domestiques prétendent avoir vu le fantôme de Maria rôder près de la chapelle. Le soir des noces de Corrado et Matilde, une femme masquée fait irruption dans la chambre nuptiale : c’est Maria, secrètement recueillie et soignée par Rambaldo après l’attaque. Elle révèle devant tous le secret de la naissance de Corrado, tue Matilde, puis, sa blessure s’étant rouverte, meurt à son tour en pardonnant à Corrado.
Enregistrement(s) :

Eliahu Inbal — 1980
Format : captation publique, 2 disques.
Label : Mondo Musica.
Référence : LCO 1507 / MFOH 10708 (édition CD, remasterisation 20 bit) ; publié à l’origine par CBS Masterworks.
Année d’enregistrement : en public, Teatro La Fenice, Venise, 21 décembre 1980.
Distribution :
- Maria de Rudenz : Katia Ricciarelli, soprano
- Matilde di Wolf : Silvia Baleani, soprano
- Corrado Waldorf : Leo Nucci, baryton
- Enrico : Alberto Cupido, ténor
- Rambaldo : Giorgio Surjan, basse
- Il Cancelliere : Silvio Eupani, ténor
Direction : Eliahu Inbal.
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro La Fenice.
Langue : italien
Particularité :
Cette captation documente la résurrection scénique moderne de l’ouvrage, resté quasiment ignoré depuis sa création jusqu’à une exécution de concert londonienne de 1974 : c’est avec cette production vénitienne de décembre 1980, montée pour Katia Ricciarelli, que Maria de Rudenz retrouva véritablement la scène. Ricciarelli y déploie toute l’intensité dramatique du rôle-titre, face à un Leo Nucci encore en début de carrière internationale, campant un Corrado d’une belle vigueur vocale. Cet enregistrement demeure la référence historique de l’œuvre au disque.

David Parry — 1998
Format : intégrale studio, 2 CD.
Label : Opera Rara (Peter Moores Foundation).
Référence : ORC 16.
Année d’enregistrement : 1997, Londres ; publication en 1998.
Distribution :
- Maria de Rudenz : Nelly Miricioiu, soprano
- Matilde di Wolf : Regina Nathan, soprano
- Corrado Waldorf : Robert McFarland, baryton
- Enrico : Bruce Ford, ténor
- Rambaldo : Matthew Hargreaves, basse
- Il Cancelliere : Nigel Douglas, ténor
Direction : David Parry.
Orchestre : Philharmonia Orchestra ; Geoffrey Mitchell Choir.
Langue : italien
Particularité :
Publié par le label spécialisé Opera Rara avec le soutien de la Peter Moores Foundation, cet enregistrement studio s’inscrit dans l’entreprise systématique de redonner vie aux opéras rares de Donizetti grâce à des éditions musicologiques soignées et à une distribution de spécialistes du bel canto. Nelly Miricioiu y campe une Maria d’une grande intensité dramatique et vocale, entourée de Bruce Ford, l’un des ténors belcantistes de référence de sa génération, et de Robert McFarland en Corrado. Sous la direction précise de David Parry, cette version demeure appréciée pour l’intégrité de la partition restituée, incluant un appendice de variantes.

Sebastiano Rolli — 2018
Format : captation publique, 2 CD.
Label : Bongiovanni.
Référence : GB 2491/92-2.
Année d’enregistrement : en public, Teatro Donizetti, Bergame (Bergamo Musica Festival), 20 et 22 septembre 2013 ; publication en 2018.
Distribution :
- Maria de Rudenz : Maria Billeri, soprano
- Matilde di Wolf : Gilda Fiume, soprano
- Corrado Waldorf : Dario Solari, baryton
- Enrico : Ivan Magrì, ténor
- Rambaldo : Gabriele Sagona, basse
- Il Cancelliere : Francesco Cortinovis, ténor
Direction : Sebastiano Rolli.
Orchestre : Orchestra e Coro del Bergamo Musica Festival (chef des chœurs : Fabio Tartari).
Langue : italien
Particularité :
Donnée par le Bergamo Musica Festival (ancêtre de l’actuel Festival Donizetti Opera) dans une mise en scène de Francesco Bellotto, cette production marquait l’entrée de Maria de Rudenz au répertoire du Teatro Donizetti et s’inscrivait dans le vaste chantier de redécouverte des opere serie méconnues de Donizetti mené depuis Bergame. Maria Billeri y incarne un rôle-titre exigeant aux côtés d’une distribution de jeunes spécialistes du bel canto, parmi lesquels Ivan Magrì, sous la direction de Sebastiano Rolli.
Postérité :
Accueillie fraîchement à sa création — deux représentations seulement à La Fenice en 1838 —, Maria de Rudenz connut ensuite quelques reprises isolées au XIXe siècle, notamment à Rome en 1841, où elle fut d’abord tiède avant de rencontrer un accueil plus favorable lors d’une reprise ultérieure. L’œuvre disparut cependant presque entièrement du répertoire pendant plus d’un siècle, victime de la violence de son sujet et de la rareté de ses moyens vocaux. Elle ne refit surface qu’en 1974, lors d’une exécution de concert à Londres, avant sa véritable résurrection scénique à Venise en 1980 avec Katia Ricciarelli. Depuis, l’ouvrage bénéficie d’un intérêt croissant dans le cadre plus large de la redécouverte du théâtre lyrique de Donizetti, porté notamment par le Festival Donizetti Opera de Bergame et par des maisons comme Opera Rara.

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