Note personnelle : ,

Donizetti, Gaetano — Maria di Rohan (1843)

Format :

  • Melodramma tragico (opera seria) en trois actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Salvadore Cammarano, d’après Un duel sous le cardinal de Richelieu de Lockroy et Edmond Badon (drame créé à Paris en 1832)
  • Langue : Italien

Création :

5 juin 1843, Kärntnertortheater, Vienne.
Maria di Rohan naît dans l’une des périodes les plus chargées de la carrière de Donizetti : en 1843, il dirige la saison d’opéra italien de Vienne comme Kapellmeister tout en assurant simultanément la supervision de productions à Paris, Milan et Naples. Séduit par le scénario que lui propose Salvadore Cammarano, Donizetti compose l’intégralité de la trame musicale de l’opéra en un peu plus d’une semaine. La création viennoise, avec Eugenia Tadolini dans le rôle-titre et le célèbre baryton Giorgio Ronconi en Enrico, remporte un succès enthousiaste. L’œuvre est donnée à Paris dès la même année, au Théâtre-Italien, avec Giulia Grisi en Maria et Marietta Brambilla dans une version étoffée du rôle travesti d’Armando di Gondi, pour laquelle Donizetti ajoute un air supplémentaire. Accueillie aussi chaleureusement à Paris qu’à Vienne, l’œuvre parcourt rapidement les grandes scènes européennes.

Livret :

Cammarano resserre en un livret tendu et sombre le mélodrame français Un duel sous le cardinal de Richelieu de Lockroy et Edmond Badon, créé à Paris en 1832. Le titre évoque le nom historique de Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, mais l’intrigue elle-même reste largement une fiction d’amour, de jalousie et d’honneur nouée autour des duels interdits sous le règne du cardinal de Richelieu, sans prétention à l’exactitude biographique. L’opéra se distingue par son dénouement inhabituel : au lieu de la cabalette finale attendue, l’œuvre s’achève brutalement sur l’anéantissement muet de Maria.

Intrigue :

  • Acte I (« Fâcheuses conséquences d’un duel », au palais royal) : Riccardo, Comte de Chalais, aime Maria, secrètement mariée à Enrico, Duc de Chevreuse. Chevreuse risque l’exécution pour avoir tué un parent du cardinal de Richelieu. Maria obtient l’aide de Chalais pour lui procurer une grâce. Lorsqu’Armando di Gondi insulte Maria, Chalais le provoque en duel, avec Chevreuse pour témoin. L’éloignement temporaire de Richelieu de la cour permet à Chevreuse de révéler enfin son mariage secret.
  • Acte II (« Non pas l’amour, mais la gratitude », à l’hôtel de Chalais) : Richelieu reprend le pouvoir ; Maria presse Chalais de fuir. Restés seuls, elle et Chalais s’avouent un amour resté vivace, juste avant l’arrivée de Chevreuse. Un courtisan découvre alors, dans le secrétaire de Chalais, une lettre d’amour et le portrait de Maria.
  • Acte III (« Vengeance insensée », à la résidence de Chevreuse) : Furieux à la découverte de la lettre, Chevreuse confronte Maria et jure de se venger. Chalais revient par un passage secret ; Chevreuse lui remet un pistolet de duel. Un coup de feu retentit : Chevreuse revient en prétendant que Chalais s’est suicidé, laissant Maria anéantie, dans un finale dépourvu de la cabalette conclusive traditionnelle.

Enregistrement(s) :

Elio Boncompagni — 1996

Format : Enregistrement public (live)
Label : Nightingale Classics
Référence : NC 070567-2 (2 CD)
Année d’enregistrement : 6 et 12 décembre 1996, Konzerthaus, Vienne.
Distribution :

  • Maria, Comtesse di Rohan : Edita Gruberova, soprano
  • Riccardo, Comte di Chalais : Octavio Arévalo, ténor
  • Enrico, Duc de Chevreuse : Ettore Kim, baryton
  • Armando di Gondi : Ulrika Precht, mezzo-soprano
  • Le Vicomte de Suze : Ivan Urbas, basse
  • De Fiesque : Andrea Papi, basse
  • Aubry, secrétaire de Chalais : Mieczysław Antoniak, ténor

Direction : Elio Boncompagni
Orchestre : Radio Symphonieorchester Wien, Wiener Konzertchor
Langue : Italien

Particularité :

Capté en direct au Konzerthaus de Vienne, à quelques pas du Kärntnertortheater où l’œuvre fut créée un siècle et demi plus tôt, cet enregistrement documente Edita Gruberova au sommet de son autorité dans le répertoire donizettien des années 1990. Rare captation d’une œuvre restée largement absente des scènes et des studios d’enregistrement au XXe siècle, ce live offre une occasion précieuse d’entendre l’intégralité de la partition portée par une distribution viennoise chevronnée, dans l’esprit même de la création de l’ouvrage.

Postérité :

Maria di Rohan connut un grand succès dès sa création et parcourut rapidement les scènes européennes durant le reste du XIXe siècle, mais tomba peu à peu dans l’oubli au XXe siècle, absente notamment du répertoire du Metropolitan Opera. Sa redécouverte demeure modeste mais réelle, portée par des reprises éparses (Naples dans les années 1960, Venise dans les années 1970, Vienne dans les années 1990, Festival della Valle d’Itria en 2000, Festival Donizetti de Bergame en 2011) ainsi que par de rares parutions discographiques, dont le présent enregistrement de 1996 avec Edita Gruberova et, plus tard, celui d’Opera Rara (2009) sous la direction de Mark Elder avec Krassimira Stoyanova, qui restitue la version originale de Vienne enrichie des ajouts de la version parisienne.

 

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