Note personnelle : ,

Capitanio, Isidoro — Pasqua Fiorentina, ou Dianora de’ Giunti (1934, créée en 1998)

Format :

  • Opéra — ouvrage lyrique achevé en 1934 sous le titre Dianora de’ Giunti, connu aujourd’hui sous celui de Pasqua Fiorentina ; le découpage exact en actes n’est pas documenté par les sources accessibles.
  • Musique : Isidoro Capitanio (1874-1944).
  • Livret : Antonio Lega (1884-1938), poète et critique toscan, auteur de nombreux textes originaux et de plusieurs versions rythmiques italiennes de grands livrets étrangers.
  • Langue : Italien.

Création :

4 et 6 décembre 1998, au Teatro Grande de Brescia, sous la direction de Vittorio Parisi — soixante-quatre ans après l’achèvement de la partition et cinquante-quatre ans après la mort du compositeur.
Capitanio a soixante ans lorsqu’il met un point final à cet ouvrage en 1934, terme d’un travail long et minutieux mené autour du livret de Lega. Figure centrale de la vie musicale bressane de l’entre-deux-guerres, formé auprès de Chimeri, Mascardi, Mapelli et Mattioli puis diplômé de composition au Lycée musical de Bologne, il mène de front les carrières de pianiste — au sein du Trio bresciano puis du Quintette de Bologne —, d’organiste titulaire de Sant’Agata, de pédagogue redouté et d’animateur de concerts choraux et symphoniques. Son catalogue, vaste et éclectique, va de la musique sacrée aux Visioni mitologiche pour orchestre, données à l’Augusteo de Rome et au Colón de Buenos Aires, et lui valut plusieurs prix, dont celui de la Ville de Milan pour la cantate Prometeo liberato. Son écriture, d’un lyrisme nourri, se caractérise surtout par une inquiétude harmonique constante, une recherche technique qui jamais n’étouffe l’inspiration. Cet unique opéra restera pourtant lettre morte de son vivant : la partition ne connaîtra la scène qu’au terme du travail de recherche mené par l’Associazione Filarmonica « Isidoro Capitanio » de Brescia, dans le cadre de son Fondo documentario, avec le concours de la fille du compositeur, Myriam Capitanio Bertelli.

Livret :

Antonio Lega, homme de lettres toscan, fournit à Capitanio un sujet ancré dans sa propre terre. Le titre originel, Dianora de’ Giunti, désigne l’héroïne éponyme et inscrit l’ouvrage dans cette veine du drame historique florentin que le vérisme tardif et ses héritiers ont abondamment cultivée ; le titre alternatif, Pasqua Fiorentina, déplace l’accent vers le cadre temporel et rituel de l’action, la Pâque florentine, cette fête dont la ville a fait depuis des siècles un spectacle à part entière. Lega, dont l’expérience de traducteur et d’adaptateur de livrets étrangers avait affiné le sens de la prosodie chantée, livre un texte que le compositeur travailla longuement avant d’en fixer la forme définitive.

Intrigue :

  • Le déroulement dramatique détaillé de l’ouvrage n’est pas documenté par les sources actuellement accessibles : ni synopsis publié, ni découpage scénique consultable en ligne. Ce qui est établi tient au cadre — une action florentine, centrée sur le personnage de Dianora de’ Giunti, se déployant autour du temps pascal. Le livret d’accompagnement du disque Bongiovanni et les archives du Fondo documentario Isidoro Capitanio de Brescia constituent les seules sources permettant d’en reconstituer précisément la trame.

Enregistrement(s)

Vittorio Parisi — 2000

Format : CD
Label : Bongiovanni, collection « Novità del Passato »
Référence : Non confirmée par les sources consultées
Année d’enregistrement : Captation de la création mondiale, Teatro Grande de Brescia, 4 et 6 décembre 1998 ; publication chez Bongiovanni au tournant des années 1999-2000
Distribution :

  • Annamaria Chiuri (mezzo-soprano)
  • Se Jin Lee (soprano)
  • Seung Seo Na (ténor)
  • Alberto Jelmoni (ténor)
  • Massimiliano Fichera (baryton)
  • Andrea Concetti (basse)
  • Andrea Bazzani
  • L’attribution nominative des rôles ne figure pas dans les sources discographiques consultées

Direction : Vittorio Parisi
Orchestre : Orchestra e Coro del Laboratorio del Teatro Marrucino di Chieti
Langue : Italien

Particularité :
Cette gravure appartient à cette catégorie d’entreprises qui font l’honneur du disque : celle des ouvrages qui n’existeraient tout simplement pas au son sans l’obstination d’une association locale et d’un label indépendant. La collection « Novità del Passato » de Bongiovanni est précisément conçue pour accueillir des partitions jamais enregistrées, parfois jamais représentées — et Pasqua Fiorentina cumule les deux cas. Vittorio Parisi, chef milanais dont toute la carrière s’est construite sur la défense du répertoire italien du XXe siècle et de la création contemporaine, dirige ici une exécution qui est aussi une exhumation : il donne à entendre pour la première fois une partition restée sur le papier pendant soixante-quatre ans. L’orchestre et le chœur du Laboratorio del Teatro Marrucino de Chieti, structure de formation professionnelle, apportent l’engagement propre aux ensembles jeunes, et la distribution réunit des voix italiennes alors en début de parcours — Andrea Concetti et Annamaria Chiuri feront ensuite de belles carrières internationales — auxquelles se joignent deux chanteurs coréens. La prise en concert conserve l’atmosphère singulière d’un événement qui tenait autant de la fête civique bressane que de la première lyrique. Il s’agit à ce jour du seul témoignage sonore de l’ouvrage.

Postérité :

Le destin de cet opéra illustre avec une netteté presque exemplaire le sort réservé à la production lyrique italienne des années 1930 restée en marge des grandes maisons. Achevé en 1934, à l’heure où l’opéra italien se cherche entre l’héritage puccinien, le néoclassicisme de Casella et les expériences de Malipiero, l’ouvrage de Capitanio ne trouve aucun théâtre : les encyclopédies italiennes le mentionneront longtemps comme « restée inexécutée », mention qui a valeur d’épitaphe pour des dizaines de partitions comparables. Le compositeur meurt en décembre 1944 sans l’avoir entendu. Sa résurrection tardive tient entièrement au travail patrimonial mené à Brescia autour du Fondo documentario Isidoro Capitanio, dans une logique de réappropriation locale qui a également permis la redécouverte de sa musique de chambre et symphonique. Depuis les deux représentations de décembre 1998 et la gravure qui en est issue, l’ouvrage n’a pas reparu à l’affiche, et son auteur demeure ce que la critique bressane appelle joliment un musicien « trop peu joué », dont l’héritage spirituel repose dans des pages écrites plus que dans une postérité scénique. Le disque Bongiovanni tient ainsi lieu, à lui seul, de toute la fortune moderne de Pasqua Fiorentina.

 

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