Note personnelle : ,

Telemann, Georg Philipp — Flavius Bertaridus, König der Langobarden (1729)

Format :

  • Opéra seria en trois actes (seule opera seria conservée de Telemann, selon le livret du coffret).
  • Musique : Georg Philipp Telemann.
  • Livret : Telemann et Christoph Gottlieb Wend, d’après Flavio Bertarido de Stefano Ghisi et Carlo Francesco Pollarolo (Venise, 1706).
  • Langue : allemand pour les récitatifs et de nombreux airs, italien pour les airs les plus chargés d’émotion.

Création :

23 novembre 1729, Oper am Gänsemarkt, Hambourg.
Annoncé comme « un très bel opéra soigneusement élaboré », l’ouvrage ne remporta apparemment pas un grand succès. Il fut l’une des dernières tentatives de Telemann pour ramener un public au goût de plus en plus superficiel vers une œuvre sérieuse, et l’Opéra du Gänsemarkt dut fermer en 1738. Le rôle-titre fut confié à une mezzo-soprano italienne, Maria Domenica Pollone ; Flavia fut écrite pour Margaretha Susanna Kayser, prima donna et directrice du théâtre, et Rodelinda chantée par Christina Maria Avoglio, future chanteuse de Haendel. Cunibert fut chanté par la fille de Reinhard Keiser, âgée de 17 ans, et Onulfus écrit pour un falsettiste.

Livret :

Pour que les spectateurs de toutes conditions suivent une intrigue historique compliquée, Telemann mit en musique les récitatifs et de nombreux airs en allemand, et laissa en italien les airs de forte expression. Conformément aux vœux de Johann Mattheson, il supprima les personnages comiques populaires. L’œuvre oppose le souverain rationnel et protestant (Flavius Bertaridus) au despote égoïste et épris de faste (Grimoaldus), chacun accompagné de sa famille ; l’importance donnée à la famille et les rôles d’enfants, très rares dans l’opéra baroque italien, annoncent l’époque de la sensibilité. Les chœurs sont très présents.

Intrigue :

  • Contexte : Le dictateur Grimoaldus a fait assassiner le souverain légitime des Lombards et chassé son frère Flavius Bertaridus. Depuis, l’épouse de Flavius, Rodelinda, et leur fils Cunibert sont retenus en otage. Pour asseoir son pouvoir, Grimoaldus a épousé Flavia, sœur de Flavius, dont il a un fils, Regimbert.
  • Acte I : Pour le dixième anniversaire de leur mariage, Grimoaldus félicite le général Orontes de sa victoire et exige que Flavia célèbre la fête avec lui ; elle ne pense qu’à son frère disparu et à son malheureux mariage. Le diplomate Onulfus remet une lettre de Flavius renonçant au pouvoir et demandant l’asile et la libération des siens ; Grimoaldus semble y consentir. Rodelinda s’est échappée et chante une berceuse à Cunibert ; mère et fils se déguisent pour retrouver Flavius. Flavius, déguisé lui aussi, est secrètement rentré d’exil. Orontes, qui aime Flavia sans retour, déclare sa flamme et est repoussé ; elle le laisse pourtant espérer pour obtenir son aide. Grimoaldus rejette les conseils de modération d’Orontes.
  • Acte II : Flavia, réfugiée à la campagne, s’endort ; Flavius la prend pour une traîtresse et manque de la tuer avant de se maîtriser. Rodelinda et Cunibert, sous les noms de « Niso » et « Lucinde », deviennent les serviteurs de Flavia. Flavius retrouve sa femme et son fils, qui ne le reconnaissent pas tout de suite, puis se révèle ; les époux sont réunis. Grimoaldus, qui ne reconnaît pas Rodelinda, s’éprend d’elle et lui écrit pour lui donner un rendez-vous nocturne. Flavius, jaloux, décide de se venger ; Rodelinda, qui veut tuer Grimoaldus, attaque dans l’obscurité son propre mari, puis Orontes. Grimoaldus survient et la fait enchaîner.
  • Acte III : Onulfus prépare une rébellion. Flavius et Cunibert délivrent Rodelinda et, dans cette production, tuent Grimoaldus avant de fuir. Orontes annonce à Flavia la prétendue mort de son mari et tente de la séduire, la menaçant de la déposséder et prétendant que Regimbert a été capturé par le peuple. L’esprit gardien des Lombards (Regimbert, dans cette production) annonce la mort du tyran et la paix, et le peuple acclame Flavius, nouveau souverain. Flavia croit que son fils a été assassiné par Orontes et exige sa mort, mais Orontes ramène l’enfant caché et demande sa main ; Flavia y consent. Le règne de Flavius Bertaridus peut commencer.

Enregistrement(s) :

De Marchi — 2011

Format : 3 CD
Label : Deutsche Harmonia Mundi (Sony)
Référence : 88691926052 (code relevé sur le livret)
Année d’enregistrement : 8, 10, 12 et 14 août 2011, Tiroler Landestheater, Innsbruck (Autriche)
Distribution :

  • Flavius Bertaridus : Maïte Beaumont, alto
  • Rodelinda : Nina Bernsteiner, soprano
  • Flavia : Ann-Beth Solvang, mezzo-soprano
  • Grimoaldus : Antonio Abete, basse
  • Cunibert : Katerina Tretyakova, soprano
  • Orontes : Jürgen Sacher, ténor
  • Onulfus : David DQ Lee, contre-ténor
  • Regimbert / L’esprit gardien : Mélissa Petit, soprano

Direction : Alessandro De Marchi
Orchestre : Academia Montis Regalis ; chœur de l’Academia Montis Regalis (chef de chœur : Claudio Chiavazza)
Langue : allemand et italien

Particularité :

Enregistrement issu de la production du Festival d’Innsbruck, en coproduction avec l’Opéra d’État de Hambourg (mise en scène de Jens-Daniel Herzog), dans une version légèrement abrégée : un air de Flavius a été confié à Onulfus pour étoffer son rôle (« Quando mai, spietata sorte »), le rôle muet de Regimbert est fondu avec l’esprit gardien des Lombards (dont l’apparition est soulignée par le chalumeau), et, l’ouverture d’origine étant perdue, l’ouverture TWV 55:D18 la remplace. La distribution suit celle de la création : Flavius y est chanté par une voix de femme, comme en 1729. L’orchestre, très riche (flûtes à bec et traversières, hautbois d’amour, hautbois de chasse, bassons, violes, théorbes, harpe, trompettes, timbales et deux clavecins), s’inspire de celui du Gänsemarkt.

Postérité :

Le livret du coffret présente Flavius Bertaridus comme un témoignage rare du répertoire de l’Opéra du Gänsemarkt, dont Telemann a écrit une quarantaine d’œuvres dont toutes les partitions ne nous sont pas parvenues. Cet enregistrement accompagne la reprise de l’œuvre à Innsbruck puis à Hambourg.

Sources :

Livret du coffret Deutsche Harmonia Mundi (textes de Kerstin Schüssler-Bach, synopsis, crédits d’enregistrement).

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