Note personnelle : ,

Smetana, Bedřich — Die verkaufte Braut (1866)

Format :

  • Opéra comique en trois actes.
  • Musique : Bedřich Smetana.
  • Livret : Karel Sabina.
  • Langue : tchèque (Prodaná nevěsta) ; l’œuvre est aussi très souvent donnée en allemand (Die verkaufte Braut) et en français (La Fiancée vendue).

Création :

30 mai 1866, Théâtre provisoire de Prague, sous la direction de Smetana lui-même.
La première version, en deux actes avec dialogues parlés, fut accueillie dans l’indifférence : jour férié, chaleur accablante et crainte d’une guerre entre la Prusse et l’Autriche vidèrent la salle, et le directeur du théâtre dut régler lui-même le cachet du compositeur. Smetana, qui venait de faire créer Les Brandebourgeois en Bohême (janvier 1866), remania la partition à plusieurs reprises : ajout d’une polka et d’un air à boire (1869), division en trois actes avec le furiant et la Danse des comédiens (juin 1869), puis remplacement de tous les dialogues parlés par des récitatifs pour la version définitive de septembre 1870.

Livret :

Karel Sabina (1813-1877), écrivain et journaliste tchèque, a conçu pour Smetana une comédie villageoise de mœurs bohémiennes, sans grand modèle littéraire précis, qui oppose les mariages arrangés par un courtier à l’amour sincère de deux jeunes gens. Le ton populaire, les danses paysannes et la verve comique en ont fait l’opéra emblématique de l’identité musicale tchèque, alors que Smetana lui-même, vexé des accusations de wagnérisme, la qualifia un jour de « bagatelle ».

Intrigue :

  • Acte I : Un village de Bohême, jour de fête. Mařenka (Marie) est désespérée : ses parents, Krušina et Ludmila, veulent la marier à un homme qu’elle n’a jamais vu, alors qu’elle aime Jeník. Le courtier Kecal propose Vašek, fils cadet du riche propriétaire Mícha. Mařenka répond qu’elle a déjà un amant ; Kecal décide de faire renoncer Jeník. L’acte s’achève sur une polka.
  • Acte II : À l’auberge, on boit et on danse un furiant. Vašek, timide et bègue, rencontre Mařenka sans la reconnaître ; elle se présente sous un jour si peu flatteur qu’il renonce à « Mařenka » et se croit épris d’une autre. Kecal offre à Jeník trois cents florins pour renoncer à elle ; Jeník accepte à une condition : Mařenka ne pourra épouser que le fils de Mícha. Kecal fait signer le contrat devant les villageois, qui traitent Jeník de misérable vendu.
  • Acte III : Une troupe de comédiens ambulants s’installe au village. Vašek, ébloui par la danseuse Esmeralda, accepte de remplacer l’ours (ivre) dans le numéro. Mařenka apprend le marché de Jeník et le repousse ; celui-ci révèle alors qu’il est le fils aîné de Mícha, chassé jadis par sa marâtre Háta : il est donc bien « le fils de Mícha » du contrat. L’« ours » échappé se dévoile : c’est Vašek, ce qui achève de convaincre ses parents qu’il n’est pas prêt à se marier. Mícha bénit l’union de Mařenka et Jeník, et Kecal quitte la scène, confus.

Enregistrements :

Berislav Klobučar — 1960

Format : 2 CD, mono (transfert numérique), 129’55.
Label : ORFEO (collection « Orfeo d’or », série Wiener Staatsoper Live)
Référence : C 785 092 I (édition 2009)
Année d’enregistrement : 11 novembre 1960, Wiener Staatsoper (représentation en direct, captation de l’Österreichischer Rundfunk).
Distribution :

  • Krušina : Hans Braun, baryton
  • Ludmila : Hilde Konetzni, soprano
  • Marie : Irmgard Seefried, soprano
  • Micha : Ludwig Welter, basse
  • Háta : Rosette Anday, mezzo-soprano
  • Wenzel : Murray Dickie, ténor
  • Hans : Waldemar Kmentt, ténor
  • Kecal : Oskar Czerwenka, basse
  • Zirkusdirektor : László Szemere, ténor
  • Esmeralda : Liselotte Maikl, soprano
  • Muff : Hans Schweiger

Direction : Berislav Klobučar
Orchestre : Orchestre et chœur de la Wiener Staatsoper
Langue : allemand

Particularité :

Un témoignage vivant de la grande tradition viennoise de l’après-guerre : l’opéra est chanté en allemand, comme alors dans les maisons d’opéra de langue allemande, et la ligne de chant mozartienne y est à l’honneur. Le livret d’ORFEO souligne le couple idéal formé par Irmgard Seefried (Marie) et Waldemar Kmentt (Hans), que soutient une troupe de la Staatsoper homogène et pleine d’allant, avec en Kecal le bouffe Oskar Czerwenka. La prise de son monophonique reste celle d’une soirée en salle.

Rudolf Kempe — 1963

Format : 2 CD, stéréo (ADD), réédition de la série EMI « DRM ».
Label : EMI Electrola (EMI Classics)
Référence : CMS 7 64002 2 (℗ 1963, remastérisation numérique 1987)
Année d’enregistrement : 1962-1963 (℗ 1963), Allemagne, studio.
Distribution :

  • Kruschina : Marcel Cordes, baryton
  • Kathinka (Ludmila) : Nada Puttar, soprano
  • Marie : Pilar Lorengar, soprano
  • Micha : Ivan Sardi, basse
  • Agnes (Háta) : Sieglinde Wagner, contralto
  • Wenzel : Karl-Ernst Mercker, ténor
  • Hans : Fritz Wunderlich, ténor
  • Kezal : Gottlob Frick, basse
  • Springer : Ernst Krukowski
  • Esmeralda : Gertrud Freedmann, soprano
  • Muff : Walter Stoll, basse

Direction : Rudolf Kempe
Orchestre : Bamberger Symphoniker ; RIAS-Kammerchor (préparation : Günther Arndt)
Langue : allemand (version intégrale chantée en allemand)

Particularité :

Enregistrement de studio devenu une référence de la version allemande : Pilar Lorengar y campe une Marie lumineuse et Fritz Wunderlich, disparu prématurément en 1966, un Hans à la séduction vocale rare, face au Kezal imposant de Gottlob Frick. La baguette de Rudolf Kempe, énergique et chaleureuse, fait rayonner le répertoire de danses. Les critiques le citent encore volontiers parmi les meilleures intégrales de l’œuvre, même si l’on y chante en allemand.

Jaroslav Krombholc — 1975

Format : 2 CD, stéréo (ADD), 66’04 + 71’27 ; livret joint.
Label : RCA (RCA Red Seal / série « Opera! »)
Référence : 74321 40576 2
Année d’enregistrement : 1975, Munich (co-production BMG Music, Bayerischer Rundfunk et Bavaria Atelier).
Distribution :

  • Krušina : Jörn W. Wilsing, baryton
  • Ludmila : Margarethe Bence, soprano
  • Marie : Teresa Stratas, soprano
  • Micha : Alexander Malta, basse
  • Háta : Gudrun Wewezow, mezzo-soprano
  • Wenzel : Heinz Zednik, ténor
  • Hans : René Kollo, ténor
  • Kecal : Walter Berry, basse
  • Direktor Springer : Karl Dönch
  • Esmeralda : Janet Perry, soprano
  • Muff, l’Indien : Theodor Nicolai, basse

Direction : Jaroslav Krombholc
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester ; Chor des Bayerischen Rundfunks (chef de chœur : Helmut Franz)
Langue : allemand (version intégrale chantée en allemand)

Particularité :

Le grand chef tchèque Jaroslav Krombholc dirige ici une distribution germanophone de haut vol : Teresa Stratas en Marie, René Kollo en Hans, Walter Berry en Kecal et le jeune Heinz Zednik en Wenzel, rôle de composition dont il fut longtemps un titulaire recherché. Le style idiomatique du chef tchèque contraste avec la langue allemande, ce qui donne à cette version un équilibre original entre rondeur bavaroise et rythmes slaves.

Zdeněk Košler — 1981

Format : 2 CD, stéréo, réédition Supraphon (13 janvier 2003) ; la captation a aussi donné lieu à une production télévisée (réalisation František Filip, 1981).
Label : Supraphon
Référence : SU 3707-2
Année d’enregistrement : 16 février 1981, Salle Dvořák du Rudolfinum, Prague.
Distribution :

  • Mařenka : Gabriela Beňačková, soprano
  • Jeník : Peter Dvorský, ténor
  • Kecal : Richard Novák, basse
  • Vašek : Miroslav Kopp, ténor
  • Krušina : Jindřich Jindrák, baryton

Direction : Zdeněk Košler
Orchestre : Orchestre philharmonique tchèque ; Chœur philharmonique de Prague (chef de chœur : Josef Veselka)
Langue : tchèque

Particularité :

La version de référence en tchèque : Gabriela Beňačková et Peter Dvorský forment un couple idéal de jeunes amoureux, avec Richard Novák en Kecal truculent, tandis que l’Orchestre philharmonique tchèque et le chœur de Prague font preuve d’un naturel idiomatique dans les danses. La critique la tient volontiers comme étalon de comparaison pour les autres versions, notamment la plus récente de Bělohlávek. (Distribution des rôles secondaires non confirmée ici.)

Jiří Bělohlávek — 2012

Format : 2 CD, numérique, 136’20 ; livret avec traductions anglaise et française.
Label : Harmonia Mundi
Référence : HMC 902119.20 (parution 2012)
Année d’enregistrement : Mai 2011, Barbican Centre, Londres (concert).
Distribution :

  • Mařenka : Dana Burešová, soprano
  • Jeník : Tomáš Juhás, ténor
  • Kecal : Jozef Benci, basse
  • Vašek : Aleš Voráček, ténor
  • Mícha : Gustáv Beláček, basse
  • Háta : Lucie Hilscherová, mezzo-soprano
  • Krušina : Svatopluk Sem, baryton
  • Ludmila : Stanislava Jirků, mezzo-soprano
  • Le Principál (directeur de la troupe) : Jaroslav Březina, ténor
  • Esmeralda : Kateřina Kněžiková, soprano
  • L’Indien : Ondřej Mráz, basse

Direction : Jiří Bělohlávek
Orchestre : BBC Symphony Orchestra ; BBC Singers (chef de chœur : Andrew Griffiths)
Langue : tchèque

Particularité :

Dernier venu de la discographie, cet enregistrement tiré d’une exécution de concert au Barbican réunit autour de Jiří Bělohlávek, grand spécialiste du répertoire tchèque (qui dirigea aussi l’œuvre à l’Opéra de Paris en 2008), une distribution de jeunes chanteurs tchèques et slovaques dominée par la Mařenka légère de Dana Burešová et le Vašek de Aleš Voráček, souvent cité comme le meilleur de la distribution. L’orchestre et le chœur britanniques se montrent étonnamment idiomatiques ; seul bémol, le livret, dont la traduction est approximative et sans texte tchèque.

Postérité :

Après un début difficile, La Fiancée vendue s’impose très vite : plus de cent représentations du vivant de Smetana, première œuvre lyrique tchèque à atteindre ce chiffre. Le triomphe international date de l’Exposition de Vienne en 1892, suivie de Chicago (1893), Hambourg (1894, sous la direction de Mahler), Londres (1895) et du Metropolitan Opera de New York (1909, en allemand). Elle entre à l’Opéra-Comique de Paris en 1928 (La Fiancée vendue) et à l’Opéra national de Paris en 2008. Max Ophüls en a tiré en 1932 un film en allemand, Die verkaufte Braut. Son ouverture, sa polka, son furiant et la Danse des comédiens font partie des pages les plus jouées du répertoire tchèque.

Sources :

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