Format :
- Féerie lyrique en quatre actes et neuf tableaux, dont un prologue.
- Musique : Charles Silver.
- Livret : Michel Carré et Paul Collin, d’après le conte de Charles Perrault.
- Langue : français.
Création :
Janvier 1902 (8 janvier selon la page de titre du livret-disque, 3 janvier selon l’un de ses essais), Grand-Théâtre de Marseille.
L’opéra est commencé vers 1895 à Rome, à la Villa Médicis, où Silver séjourne après son Premier Grand Prix de Rome (1891). Faute de débouché à Paris, il est accueilli une dizaine d’années plus tard par Albert Vizentini, directeur du Grand-Théâtre de Marseille, soucieux de relancer la scène locale et de toucher la subvention accordée aux créations. Massenet, maître de Silver, assiste à la première, ainsi qu’Adrien Bernheim, inspecteur des Beaux-Arts, et Raoul Gunsbourg, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo. Le rôle d’Aurore est tenu par l’épouse du compositeur, la soprano Georgette Bréjean-Silver. Malgré un vrai succès, l’ouvrage quitte l’affiche le 5 février, date d’expiration du contrat de la cantatrice.
Livret :
Carré et Collin suivent les grands épisodes du conte de Perrault, avec deux libertés : le fuseau fatal est remplacé par le baiser d’un chevalier errant (la fée Urgèle ayant prédit que l’amour causerait la mort de la princesse), et ils introduisent, pour le « demi-caractère » cher au goût français, le personnage comique du paysan Barnabé, rival du Prince, associé à la fine Jacotte. La partition, très orientée vers la danse (quatre divertissements, un grand ballet), est organisée autour de motifs conducteurs : un motif mélancolique pour Aurore, emprunté dans son début au Prélude, fugue et variation de César Franck, des mélodies amoureuses pour le Prince, un thème grotesque pour Barnabé et un motif staccato pour Urgèle.
Intrigue :
- Prologue (Le Baptême) : Les fêtes du baptême de la princesse Aurore battent leur plein. La fée Urgèle, non invitée, jette un sort à l’enfant : si l’amour pénètre son cœur avant ses vingt ans, elle mourra. La fée Primevère promet de la protéger.
- Acte I (Le Sommeil d’Aurore) : Dix-neuf ans ont passé. Aurore, veillée par le Roi, reste mélancolique. Dans le jardin, elle rencontre un chevalier errant en quête d’un abri ; l’attirance grandit et le baiser fatal accomplit la malédiction d’Urgèle. Primevère transforme toutefois la sentence en sommeil de cent ans, que rompra un baiser plus ardent encore.
- Acte II (Cent ans révolus) : Pendant une fête de mariage chez le garde-chasse Éloi, un Prince s’enquiert de la jeune fille endormie dans le château et décide de la délivrer après une vision d’Aurore. Le paysan Barnabé, ensorcelé par Urgèle déguisée en vieille femme, entreprend la même quête malgré les avertissements de sa nouvelle épouse Jacotte.
- Acte III (La Caverne d’Urgèle, la Grotte d’Azur, la Forêt enchantée) : Entourée de monstres et de gnomes, Urgèle prépare sa vengeance, mais la baguette de Primevère fait fleurir la caverne. Rien n’arrête le Prince : ni Barnabé, qui finit par retourner auprès de Jacotte, ni les gnomes envoyés par Urgèle.
- Acte IV (La Belle au bois dormant, le Réveil, les Fées — Apothéose) : Le Prince entre dans le château et brise la malédiction ; Aurore s’éveille peu à peu dans ses bras, la nature reverdit, et l’on célèbre l’avènement de la nouvelle reine et le mariage des amants.
Enregistrement :

György Vashegyi — 2026
Format : 2 CD + livre (premier enregistrement mondial)
Label : Palazzetto Bru Zane (Bru Zane Label)
Référence : BZ 1064
Année d’enregistrement : 7-9 janvier 2025, Salle nationale de concert Béla Bartók, Müpa Budapest (parution en 2026).
Distribution :
- Aurore / La Reine : Guylaine Girard, soprano
- Le Prince / Le Chevalier errant : Julien Dran, ténor
- La Fée Urgèle : Kate Aldrich, mezzo-soprano
- Le Roi : Thomas Dolié, baryton
- Barnabé : Matthieu Lécroart, baryton
- Jacotte / Le Page / La Fée Primevère : Clémence Tilquin, soprano
- Éloi / Le Grand Sénéchal / Un Seigneur : Adrien Fournaison, baryton-basse
Direction : György Vashegyi
Orchestre : Orchestre philharmonique national hongrois
Chœur : Chœur national hongrois (chef de chœur : Csaba Somos)
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de la partition, dans une édition révisée par le Palazzetto Bru Zane (éditions Choudens). Il prolonge la collaboration du Centre avec l’Orchestre et le Chœur nationaux hongrois, déjà fructueuse avec Herculanum de David, Werther de Massenet et Le Roi d’Ys de Lalo, et accompagne une production scénique à l’Opéra de Saint-Étienne, montée en coproduction avec le Palazzetto Bru Zane.
Postérité :
La critique de 1902 salue une musique « délicate et charmante », d’une orchestration raffinée, héritière de Massenet. Paris dédaigne pourtant l’ouvrage, né en province et ne rapportant plus de subvention. Des reprises ont lieu à Lyon en 1903 et à La Monnaie de Bruxelles en 1904 (avec plusieurs révisions importantes), puis l’œuvre sombre dans l’oubli, sous l’effet de l’évolution des goûts et de la Première Guerre mondiale. Elle ne revient que presque cent trente ans plus tard : enregistrement à Budapest en 2025, puis mise en scène à l’Opéra de Saint-Étienne en 2026. Charles Silver (1868-1949), présenté comme l’un des espoirs de la musique française de l’époque, écrira encore pour l’Opéra-Comique (Le Clos, 1906) et pour l’Opéra (La Mégère apprivoisée, 1922).






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