Format :
- Intermezzo comique en deux parties (Intermezzo primo et Intermezzo secondo), pour deux voix.
- Musique : Giuseppe Sellitto (Naples, 1700 – 1777).
- Livret : Tommaso Mariani (La vedova ingegnosa).
- Langue : italien.
Création :
20 janvier 1735, Naples, Teatro di San Bartolomeo.
Les deux intermèdes furent donnés entre les actes de Demofoonte, opéra « pasticcio » de Leonardo Leo (acte I : Domenico Sarro ; acte II : Francesco Mancini ; acte III : Leo, Sellitto signant les récitatifs), pour célébrer l’anniversaire de Charles de Bourbon, roi de Naples. Le roi semble avoir été absent ce soir-là ; les intermèdes furent donc repris à l’été 1735, toujours au San Bartolomeo, avec l’opéra Emira de Leo, pour fêter le retour triomphal du souverain du royaume de Sicile. Les deux rôles furent confiés à deux célébrités napolitaines, « scritturati a tal effetto » : le basse bouffe Gioacchino Corrado, pensionnaire du San Bartolomeo depuis 1704, et la « virtuosa » Laura Monti.
La partition est conservée dans le manuscrit de Demofoonte de Leo (Bibliothèque du Conservatoire de Naples, Rari 7.7.21), copiée entre deux actes, sans page de titre : seuls figurent entre les portées les noms des personnages et la mention « Musica del Sig.r Giuseppe Sellitti ».
Livret :
Le texte est dû à Tommaso Mariani, auteur des célèbres intermèdes de Livietta et Tracollo (La contadina astuta). Intitulé La vedova ingegnosa, il connut un succès honorable et fut repris tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle en Italie (Bologne, Bergame, Rome, Florence) et à l’étranger (Hambourg, Vienne, Prague, Zurich, Graz), sous des titres variables (La vedova ingegnosa o Il medico ignorante, Il medico ignorante burlato dalla vedova di spirito…). Sans grandes prétentions dramaturgiques, il juxtapose deux scènes quasi autonomes. Les protagonistes, issus de la Commedia dell’arte, s’expriment dans une langue qui concède fort peu au dialecte napolitain : le vers arcadien, volontairement « déformé », se mêle aux gags verbaux (latin de cuisine du « docteur », termes populaires pour l’anatomie et les remèdes).
Intrigue :
- Intermezzo primo (chez Drusilla) : la jeune veuve Drusilla feint d’être malade pour attirer chez elle le prétendu médecin Don Strabone, qui parle un latin fantaisiste. À grand renfort de doubles sens, de petits mensonges et d’érotisme voilé, elle tente de le séduire ; le docteur diagnostique tour à tour goutte, fièvre de cheval et mal d’amour. Perdant patience, Drusilla lui propose le mariage, mais Strabone, qui a déjà une servante et ne veut pas d’épouse, la repousse.
- Intermezzo secondo (dans la rue) : tout le monde se déguise. Strabone, secondé par son valet Sergio, s’est déguisé en marchand ambulant pour échapper au prétendu frère jumeau de Drusilla ; celle-ci, accompagnée de Volpino, se présente en militaire venu venger l’honneur de sa sœur. Démasqué, Strabone doit se battre malgré lui et sauve sa vie en promettant d’épouser Drusilla. Coup de théâtre : séduit par le caractère de la jeune femme, il tombe amoureux d’elle, et le duo final scelle leur union. Volpino et Sergio sont des rôles muets.
Enregistrement(s) :

Cosimo Prontera — 2002
Format : 1 CD (DDD), durée totale 56’50
Label : Tactus
Référence : TC 706901
Année d’enregistrement : 2002 (enregistrement numérique 24 bits, Studio Mobile « I Musicanti », Rome)
Distribution :
- Drusilla : Antonella Tatulli, soprano
- Don Strabone : Angelo De Leonardis, baryton
Direction : Cosimo Prontera (maestro di concerto et clavecin)
Orchestre : La Confraternita de’ Musici (Maurizio Lillo, violon principal ; Pier Paolo Del Prete, violon ; Maria Antonietta Losito, alto ; Raffaele Sorrentino, violoncelle ; Maurizio Ria, contrebasse ; Sario Conte, théorbe)
Langue : italien
Particularité :
Révision et concertation de Cosimo Prontera, d’après le manuscrit de Naples, pour ce qui est présenté comme une redécouverte de l’œuvre. Un petit ensemble sans vents (cordes, clavecin et théorbe) restitue l’écriture archaïque, proche des premiers intermèdes d’Alessandro Scarlatti : pas d’introduction orchestrale, une courte ariette bipartite ouvrant chaque intermède (« Sconsolata vedovella » pour Drusilla, « Orletta e cambraja » pour Strabone), puis une alternance de récitatifs et d’airs da capo, avant le duo conclusif. Le disque, de 16 plages, s’achève par deux airs de Domenico Sarro (« Pria di lasciarti » et « La mia costanza »). Il a été réalisé avec le soutien de la municipalité de Brindisi. Notice de Mariagrazia Melucci.
Postérité :
Sellitto, très réputé en son temps à Naples et dans plusieurs villes d’Europe (il se rendit à Paris en 1752 pour suivre la représentation de son intermède Il Cinese rimpatriato, dans le sillage de la « Querelle des Bouffons »), est aujourd’hui largement oublié. Ce premier regard discographique sur Drusilla e Don Strabone, dont la partition était restée presque cachée au milieu de celle du Demofoonte de Leo, apparaît comme une contribution à la connaissance d’un autre acteur de la musique napolitaine à l’époque de Leonardo Leo.






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