Format :
- Dramma buffo en 2 actes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Felice Romani, d’après un livret antérieur de Caterino Mazzolà (mis en musique par Franz Seydelmann en 1788).
- Langue : Italien.
Création :
14 août 1814, au Teatro alla Scala de Milan.
Rossini a vingt-deux ans. Il vient de s’imposer avec Tancredi et L’italiana in Algeri (1813), et connaît à Milan, pour la première fois, la gloire dans la capitale lombarde. Son style, nourri de Cimarosa et de Mozart, associe déjà la verve mécanique du crescendo, l’art de l’ensemble concertant et une orchestration d’une souplesse inédite. Il turco in Italia est son premier ouvrage pour La Scala dans le registre bouffe, avec une distribution de premier ordre (Filippo Galli en Selim, Francesca Maffei Festa en Fiorilla, Giovanni David en Narciso).
Livret :
Felice Romani (1788-1865), le futur librettiste de Bellini et de Donizetti, signe ici l’un de ses premiers livrets pour Rossini. Il remanie la comédie de Caterino Mazzolà (1788) en y introduisant la figure du poète en quête de sujet, Prosdocimo, qui regarde, manipule et commente l’action comme un double du librettiste. Ce théâtre dans le théâtre, annonciateur de Pirandello, fait toute la modernité de l’ouvrage : les personnages sont les marionnettes d’un auteur qui, faute d’intrigue, s’empare de la réalité napolitaine pour en tirer une comédie.
Intrigue :
- Acte I : Sur la côte près de Naples, le poète Prosdocimo cherche en vain un sujet de comédie. Il le trouve en croisant des Bohémiens, parmi lesquels Zaida, ancienne favorite du prince turc Selim, bannie par erreur, et son compagnon Albazar. Don Geronio, mari crédule, vient consulter une diseuse de bonne aventure : il est las des caprices de sa jeune épouse Fiorilla, coquette qui goûte l’amour libre et reçoit les hommages de Don Narciso. L’arrivée en bateau de Selim, prince turc en visite, met le feu aux poudres : Fiorilla s’éprend de l’étranger, et Geronio, jaloux, voit son foyer menacé. Selim retrouve Zaida au bord de la mer, puis Fiorilla, déguisée, survient au beau milieu de leurs retrouvailles. Les deux femmes s’affrontent dans une scène de confusion générale que Prosdocimo contemple avec jubilation.
- Acte II : Dans une auberge, Selim propose à Geronio d’acheter sa femme ; l’époux, indigné, refuse, tandis que Selim projette de l’enlever. Prosdocimo organise un bal masqué où, sous les déguisements, tout le monde se trompe de partenaire : Fiorilla prend Narciso pour Selim, Selim emmène Zaida croyant tenir Fiorilla, et Geronio se retrouve face à deux Fiorillas. Sur le conseil du poète, Geronio feint de répudier sa femme. Fiorilla, abandonnée de tous, se lamente, puis retourne au foyer conjugal où elle découvre la lettre de divorce. Sur la plage, Selim et Zaida s’embarquent pour la Turquie, réconciliés. Geronio pardonne à Fiorilla, et les couples retrouvent leur place : le poète peut enfin écrire son dernier acte.
Enregistrement(s)

Gianandrea Gavazzeni — 1954
Format : CD (2 disques)
Label : EMI Classics / Warner Classics (Callas Remastered) ; réédité par Naxos Historical
Référence : EMI CDS 5 56313-2 ; Naxos 8.111028-29
Année d’enregistrement : 1954, Milan (studio, mono)
Distribution :
- Selim : Nicola Rossi-Lemeni, basse
- Fiorilla : Maria Meneghini Callas, soprano
- Narciso : Nicolai Gedda, ténor
- Zaida : Jolanda Gardino, mezzo-soprano
- Albazar : Piero De Palma, ténor
- Geronio : Franco Calabrese, basse
- Prosdocimo : Mariano Stabile, baryton
Direction : Gianandrea Gavazzeni
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro alla Scala de Milan (chef de chœur : Vittore Veneziani)
Langue : Italien
Particularité :
Événement discographique autant que témoignage historique : Callas, qui avait incarné Fiorilla à Rome en 1950 puis à La Scala, y fait entendre une comédienne et une vocaliste souveraine, d’une agilité et d’une intelligence verbale incomparables. Gedda, très jeune, est un Narciso lumineux ; Stabile, créateur d’innombrables bouffes, dessine un Prosdocimo au verbe tranchant, tandis que Rossi-Lemeni, plus lourd, est un Selim un peu mat. La version est abrégée (récitatifs et numéros coupés) et la direction de Gavazzeni, sobre et dénuée d’ornements, sert Callas avec élégance. Une référence mono, restaurée avec soin par EMI puis par Naxos.

Nino Sanzogno — 1958
Format : CD (2 disques)
Label : Europa Musica (Frequenz) ; également Pantheon, Opera d’Oro, Urania, Myto
Référence : Frequenz 051-042
Année d’enregistrement : 14 février 1958, Milan (studio de la RAI, radiodiffusé le 25 février 1958)
Distribution :
- Selim : Sesto Bruscantini, baryton-basse
- Fiorilla : Graziella Sciutti, soprano
- Narciso : Agostino Lazzari, ténor
- Zaida : Renata Mattioli, mezzo-soprano
- Albazar : Florindo Andreolli, ténor
- Geronio : Franco Calabrese, basse
- Prosdocimo : Scipio Colombo, baryton
Direction : Nino Sanzogno
Orchestre : Orchestre et Chœur de la RAI de Milan
Langue : Italien
Particularité :
Cet enregistrement radiophonique, publié sous de nombreux labels, offre une lecture vive et théâtrale. Bruscantini, grand bouffe rossinien, y compose un Selim plein de verve et de sensualité, et Sciutti une Fiorilla piquante, d’une grâce toute mozartienne ; Calabrese reprend le rôle de Geronio qu’il tenait quatre ans plus tôt aux côtés de Callas. Sanzogno, spécialiste du répertoire italien, mène l’orchestre avec un sens aigu du tempo et du théâtre. Une alternative précieuse à la version Callas, avec un son monophonique d’époque.

Riccardo Chailly — 1981
Format : CD (2 disques)
Label : CBS Masterworks (Sony) ; réédité par Warner Fonit
Référence : CBS CD 37859 ; Warner Fonit 8573 82245-2
Année d’enregistrement : août 1981, Londres (studios d’Abbey Road) ; publié en 1982
Distribution :
- Selim : Samuel Ramey, basse
- Fiorilla : Montserrat Caballé, soprano
- Narciso : Ernesto Palacio, ténor
- Zaida : Jane Berbié, mezzo-soprano
- Albazar : Paolo Barbacini, ténor
- Geronio : Enzo Dara, basse
- Prosdocimo : Leo Nucci, baryton
Direction : Riccardo Chailly
Orchestre : National Philharmonic Orchestra et Ambrosian Opera Chorus
Langue : Italien
Particularité :
Première intégrale moderne sérieusement pensée, dans la vague du renouveau rossinien des années 1980 : Chailly, alors à l’aube de sa carrière, y défend un texte plus complet et des tempos vifs. La distribution réunit des chanteurs de premier plan — Ramey, Selim d’une grande noblesse vocale, Dara, Geronio bouffe de tradition, Nucci, Prosdocimo brillant — mais la Fiorilla de Caballé, belle voix et phrasé somptueux, souffre d’un manque de vivacité dans la comédie. Un jalon incontournable de la discographie.

Riccardo Chailly — 1997
Format : CD (2 disques, 141’41)
Label : Decca
Référence : 458 924-2
Année d’enregistrement : 1997, Milan (publié en 1998)
Distribution :
- Selim : Michele Pertusi, basse
- Fiorilla : Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
- Narciso : Ramón Vargas, ténor
- Zaida : Laura Polverelli, mezzo-soprano
- Albazar : Francesco Piccoli, ténor
- Geronio : Alessandro Corbelli, baryton
- Prosdocimo : Roberto De Candia, baryton
Direction : Riccardo Chailly
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro alla Scala de Milan
Langue : Italien
Particularité :
Seize ans après son premier enregistrement, Chailly revient à l’œuvre à la tête de La Scala, dans une lecture plus mûre, plus légère et plus incisive, avec une attention neuve à l’orchestration. Bartoli, Fiorilla étincelante, déploie une virtuosité et une présence scénique qui rivalisent avec la tradition ; Pertusi est un Selim élégant, Corbelli un Geronio d’une rare finesse comique, et Vargas un Narciso lumineux. Largement considérée comme la référence stéréophonique moderne.

Franz Welser-Möst — 2002
Format : DVD
Label : ArtHaus Musik (collection Digital Classics)
Référence : 100 369
Année d’enregistrement : 2002, Opernhaus Zürich (captation de représentations)
Distribution :
- Selim : Ruggero Raimondi, basse
- Fiorilla : Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
- Narciso : Reinaldo Macias, ténor
- Zaida : Judith Schmid, mezzo-soprano
- Albazar : Valeri Tsarev, ténor
- Geronio : Paolo Rumetz, basse
- Prosdocimo : Oliver Widmer, baryton
Direction : Franz Welser-Möst
Orchestre : Orchestre et Chœur de l’Opernhaus Zürich
Mise en scène : Cesare Lievi — réalisation vidéo : Thomas Grimm
Langue : Italien
Particularité :
Dans un décor stylisé de Tullio Pericoli aux allures de livre de coloriage, la mise en scène de Lievi met en valeur la fantaisie du théâtre dans le théâtre. Bartoli, qui domine la scène, reprend avec bonheur une Fiorilla qu’elle avait gravée au disque, face au Selim chantant et souple de Raimondi, vétéran du rôle ; Rumetz et Widmer sont excellents d’abattage. Welser-Möst, vif et équilibré, soutient l’ensemble avec élégance. L’une des meilleures versions vidéo de l’œuvre.

Giovanni Battista Rigon — 2009
Format : DVD (153′)
Label : Bongiovanni
Référence : AB 20019
Année d’enregistrement : juin 2009, Teatro Olimpico de Vicence (Settimane Musicali al Teatro Olimpico)
Distribution :
- Selim : Lorenzo Regazzo, basse
- Fiorilla : Silvia Dalla Benetta, soprano
- Narciso : Daniele Zanfardino, ténor
- Zaida : Concetta D’Alessandro, mezzo-soprano
- Geronio : Filippo Morace, basse
- Prosdocimo : Giulio Mastrototaro, baryton
- Talinda : Maria Pia Molinari
- Narbut : Matteo Marchetta
Direction : Giovanni Battista Rigon
Orchestre : Orchestra di Padova e del Veneto et Coro Dodecantus
Mise en scène : Francesco Micheli
Langue : Italien
Particularité :
Première reprise moderne de la version napolitaine de 1820 (Teatro Nuovo sopra Toledo), dont la partition est perdue et a été reconstituée à partir du livret : récitatifs remplacés par des dialogues parlés, rôle de Geronio réécrit en dialecte napolitain, Albazar supprimé au profit de personnages issus du chœur des Bohémiens, insertion d’airs empruntés à L’italiana in Algeri et à une version romaine de 1815. La mise en scène de Micheli joue du théâtre dans le théâtre dans le cadre exceptionnel du Teatro Olimpico palladien. Une curiosité musicologique, précieuse pour comprendre la vie scénique de l’œuvre au XIXe siècle.
Postérité :
Accueilli avec réserve à Milan, où l’on y vit une redite de L’italiana in Algeri, l’ouvrage fut rapidement éclipsé par le reste du corpus bouffe de Rossini et disparut de l’affiche pendant plus d’un siècle, avant de bénéficier d’une réévaluation décisive au XXe siècle. Maria Callas, avec Visconti et Gavazzeni, lui rendit une place de choix en 1950 puis en 1955, et l’édition critique de Margaret Bent (Fondation Rossini) a préparé le renouveau des années 1980. On y reconnaît aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre les plus modernes du théâtre musical italien, une comédie d’une ironie pré-pirandellienne dont la mise en abyme annonce, avec près d’un siècle d’avance, bien des audaces du XXe siècle.






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