Note personnelle : ,

Meyerbeer, Giacomo — Le prophète (1849)

Format :

  • Grand opéra en cinq actes.
  • Musique : Giacomo Meyerbeer.
  • Livret : Eugène Scribe (avec la collaboration d’Émile Deschamps).
  • Langue : français.

Création :

16 avril 1849, Opéra de Paris (salle Le Peletier).
Succès immense : Gustave Roger (Jean), Pauline Viardot (Fidès) et Jeanne-Anaïs Castellan (Berthe) en tenaient les rôles principaux. La mise en scène fit sensation, notamment par le premier emploi sur une scène d’éclairages à arc électrique pour simuler le lever du soleil. L’œuvre, commencée plus de dix ans plus tôt, avait été retardée par les difficultés de distribution, par la longueur des négociations avec la direction de l’Opéra et par la Révolution de 1848 ; de nombreuses coupures furent faites dans les derniers jours avant la première, au détriment de plusieurs pages importantes.

Livret :

Scribe adresse à Meyerbeer en décembre 1836 un projet intitulé Les Anabaptistes, fondé sur l’histoire de Jan van Leyden et de la prise de pouvoir des anabaptistes à Münster dans les années 1530 (texte de Voltaire, Essai sur les mœurs, cité en exergue). Meyerbeer, séduit par la matière, signe le contrat en août 1838 ; il fait toutefois du rapport entre la mère et le fils, Fidès, le véritable pivot de l’œuvre, et y glisse en filigrane l’écho des idées saint-simoniennes et des événements de 1848.

Intrigue :

  • Acte I : Près de Dordrecht, la jeune Berthe attend son mariage avec Jean, aubergiste à Leyde. Avec Fidès, mère de Jean, elle demande au comte d’Oberthal, dont elle est la serve, la permission de se marier. Trois anabaptistes, Jonas, Mathisen et Zacharie, soulèvent les paysans. Oberthal refuse et fait emmener les deux femmes dans son château.
  • Acte II : Dans l’auberge de Leyde, Jean attend Fidès et Berthe. Les trois anabaptistes, frappés par sa ressemblance avec un portrait du roi David, lui proposent de devenir leur prophète ; il raconte son rêve de gloire mais refuse. Berthe, qui a échappé à Oberthal, se réfugie auprès de lui, mais le comte, qui l’a poursuivie, menace de tuer Fidès sous les yeux de son fils : Jean lui rend Berthe pour sauver sa mère, puis rejoint les anabaptistes.
  • Acte III : En Westphalie, Jean est devenu le « Prophète » vénéré et la guerre civile ravage la région. Mathisen et Zacharie décident d’attaquer Münster sans en informer Jean. Oberthal, venu incognito, est reconnu par Jonas et Zacharie, qui jouent avec lui au chat et à la souris. Jean, las de son rôle, voudrait abdiquer ; en apprenant que Berthe est vivante et libre à Münster, puis que les anabaptistes ont été repoussés, il retrouve par un discours visionnaire l’adhésion de ses troupes.
  • Acte IV : Münster est aux mains des anabaptistes. Fidès, qui croit son fils tué par le Prophète, mendie dans les rues et retrouve Berthe : celle-ci décide de pénétrer dans le château pour tuer le Prophète. Jean est couronné lors du sacre ; Fidès reconnaît son fils et le crie, mais il la renie devant la foule et la fait passer pour une folle guérie par miracle.
  • Acte V : Jonas, Mathisen et Zacharie, comprenant que leur cause est perdue, décident de livrer Jean à Oberthal. Fidès, prisonnière au château, est prête à lui pardonner s’il renonce à son pouvoir. Berthe, qui sait que de la poudre est entreposée dans les caves, découvre que son fiancé et le Prophète ne font qu’un et se tue de dégoût. Lors d’un banquet, Jean fait sauter le palais, entraînant avec lui les anabaptistes, Oberthal et sa propre mère.

Enregistrement(s) :

Meyerbeer, Le prophète — Carella, Oehms Classics

Giuliano Carella — 2018

Format : 3 CD
Label : Oehms Classics
Référence : OC 971
Année d’enregistrement : avril et mai 2017 (enregistrement live), Aalto-Musiktheater, Essen ; publié en 2018.
Distribution :

  • Jean de Leyde : John Osborn, ténor
  • Fidès : Marianne Cornetti, mezzo-soprano
  • Berthe : Lynette Tapia, soprano
  • Jonas : Albrecht Kludszuweit, ténor
  • Mathisen : Pierre Doyen, basse
  • Zacharie : Tijl Faveyts, basse
  • Comte d’Oberthal : Karel Martin Ludvik, baryton-basse

Direction : Giuliano Carella
Orchestre : Essener Philharmoniker ; Opernchor, Extrachor et Kinderchor des Aalto-Musiktheaters (préparation : Jens Bingert)
Langue : français

Particularité :

Première gravure de la nouvelle édition critique (Fabien Guilloux, Ricordi), qui restitue la version initiale (« Urfassung ») répétée à Paris en décembre 1848, avant les coupures imposées par la préparation de la création. On y entend ainsi pour la première fois la Prière de Jean au troisième acte et surtout le monologue de la mort de Berthe, accompagné au saxophone alto, instrument alors tout juste inventé (ainsi que les interventions du saxophone dans l’acte III). La mise en scène de Vincent Boussard, transposée à l’époque moderne, est celle de la production d’Essen. La critique salue surtout John Osborn en Jean, ainsi que l’élan de la direction de Carella ; Marianne Cornetti et Lynette Tapia reçoivent un accueil plus mitigé, notamment pour la diction et certains aigus. La prise de son live est jugée supérieure à celle de l’enregistrement de référence de 1976 (Lewis, avec James McCracken et Marilyn Horne).

Postérité :

Grand succès international dès 1849 (Londres en juillet de la même année, puis les scènes allemandes et Vienne), Le prophète disparaît peu à peu du répertoire au début du XXe siècle. Parmi les reprises notables figurent celles de Zurich (1962), de Berlin (1966), du Metropolitan Opera de New York en 1977 avec Marilyn Horne, et de Vienne en 1998 avec Plácido Domingo. Les représentations d’Essen en 2017 ont permis de faire revivre l’ouvrage dans sa version originale .

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