Note personnelle : ,

Meyerbeer, Giacomo — L’Étoile du Nord (1854)

Format :

  • Opéra-comique (à proprement parler opéra de demi-caractère, mêlant éléments comiques et sérieux) en 3 actes, avec dialogues parlés.
  • Musique : Giacomo Meyerbeer.
  • Livret : Eugène Scribe (1791-1861), qui adapte son propre scénario de ballet La Cantinière, en transposant à Pierre le Grand un sujet conçu pour Frédéric le Grand.
  • Langue : français.

Création :

16 février 1854, à l’Opéra-Comique (salle Favart), Paris, en présence de Napoléon III et de toute sa suite, avec Charles-Amable Battaille (Pierre), Caroline Duprez (Catherine) et Caroline Lefebvre (Prascovia).
Meyerbeer a soixante-deux ans. Après la série spectaculaire de ses grands opéras pour l’Opéra de Paris, Robert le Diable (1831), Les Huguenots (1836) et Le Prophète (1849), il se tourne vers la scène plus intime de l’Opéra-Comique, avec deux ouvrages à dialogues parlés : L’Étoile du Nord et Le Pardon de Ploërmel (Dinorah). La partition fait grand usage de musique composée dès 1844 pour Ein Feldlager in Schlesien (« Un camp en Silésie »), son opéra allemand écrit pour la réouverture de l’Opéra royal de Berlin, où le roi de Prusse Frédéric le Grand joue de la flûte. Meyerbeer y reprend la veine du mélange sérieux-comique qui est l’une de ses contributions les plus importantes au grand opéra.

Livret :

Sollicité pour écrire un opéra-comique pour Paris, Meyerbeer décide de réemployer Ein Feldlager in Schlesien. Son collaborateur favori, Eugène Scribe, adapte pour l’occasion un scénario de ballet de sa plume, La Cantinière, en remplaçant la Silésie par la Russie et Frédéric le Grand par Pierre le Grand, qu’il conserve en joueur de flûte. L’intrigue mêle ainsi courtisanerie villageoise, vie militaire et conspiration contre le tsar, autour de la figure de Catherine, future impératrice de Russie (à ne pas confondre avec la Catherine la Grande du siècle suivant), à qui sa mère a prédit qu’elle serait gouvernée par l’étoile du Nord.

Intrigue :

  • Acte I : Dans un village près de Wyborg, sur le golfe de Finlande, le pâtissier russe Danilowitz vend ses pâtés à des charpentiers de marine, parmi lesquels se cache le tsar Pierre sous le nom de Pierre Mikhaïlov, amoureux de la vivandière Catherine. Georges, son frère, joue de la flûte, l’air favori de sa sœur, et Catherine lui annonce qu’elle a obtenu pour lui la main de Prascovia, fille de l’aubergiste. Elle confie à Pierre la prédiction de sa mère mourante : son destin serait gouverné par l’étoile du Nord. Lorsque des Cosaques conduits par le caporal Gritzenko se mettent à piller le village, Catherine, déguisée en bohémienne, les apaise en leur disant la bonne aventure et en les entraînant dans la danse. Pierre et Catherine échangent alors leurs serments. Mais Georges est incorporé de force dans l’armée ; Catherine, pour que les jeunes mariés soient réunis, prend sa place sous l’uniforme.
  • Acte II : Au camp russe, Catherine, déguisée en soldat sous le nom de Georges Skawronski, est surveillée par Gritzenko, dont elle avait prédit l’ascension au rang de caporal. Elle apprend en lisant un papier pour lui qu’une conspiration menace la vie du tsar. Le colonel Yermolov apporte l’ordre d’introduire le knout, instrument de châtiment ; les soldats, qui refusent de se soumettre, maudissent le tsar. Pierre et Danilowitz arrivent en habits d’officiers ; Catherine, qui voit son bien-aimé déjà capitaine, se sent trahie en le surprenant à faire la cour à deux vivandières. Ivre, Pierre ne reconnaît pas le jeune soldat, qu’il ordonne de fusiller. Redevenu lucide, Pierre le fait ramener : Gritzenko répond que le soldat s’est enfui à la nage, mais Catherine a remis un billet qui avertit Pierre de la conjuration. Lorsque Yermolov et les soldats arrivent, Pierre se dévoile en tsar et rétablit l’ordre.
  • Acte III : Dans une salle du palais de Saint-Pétersbourg, réplique de son atelier de Finlande, Pierre, qui pleure Catherine devenue folle de douleur, la croit perdue pour lui. Danilowitz lui assure qu’elle est vivante. Gritzenko prend Georges, venu de Finlande avec Prascovia, pour le soldat évadé. Pierre veut guérir Catherine ; les portes du fond s’ouvrent sur la reconstitution de sa maison de Finlande, où elle apparaît entourée d’ouvriers. Georges lui annonce que Pierre l’aime, puis elle entend le petit air de flûte familier, que Pierre a appris pour elle : sa raison lui revient, et la prophétie de sa mère s’accomplit lorsque tous la saluent impératrice de Russie.

Enregistrement(s)

Meyerbeer : L'Étoile du Nord — Jurowski (Naxos)

Vladimir Jurowski — 2022

Format : CD (3 disques, durée totale 2 h 53 min 52)
Label : Naxos (première édition : Marco Polo, 1997)
Référence : 8.660498-500 (première édition : Marco Polo 8.223829-31)
Année d’enregistrement : 27 et 30 octobre et 2 novembre 1996 (en direct), Festival d’opéra de Wexford (Irlande) ; la date de 2022 correspond à la réédition Naxos.
Distribution :

  • Catherine : Elizabeth Futral, soprano
  • Pierre le Grand : Vladimir Ognev, basse
  • Prascovia : Darina Takova, soprano
  • Danilowitz : Aled Hall, ténor
  • Gritzenko : Christopher Maltman, baryton
  • Georges : Juan Diego Flórez, ténor
  • Natalia : Agnete Munk Rasmussen, soprano
  • Ekimona : Patrizia Cigna, soprano
  • Ismailov : Robert Lee, ténor
  • Reynolds : Fernand Bernadi, basse
  • Yermolov : Luis Ledesma, baryton

Direction : Vladimir Jurowski
Orchestre : National Symphony Orchestra of Ireland (violon solo : Elaine Clarke ; direction de la fanfare de scène : Fergus Shiel) ; Wexford Festival Opera Chorus (chef de chœur : Lubomír Mátl)
Langue : français

Particularité :
Captation en direct d’une production du Festival d’opéra de Wexford, célèbre pour sa redécouverte d’œuvres négligées du répertoire, avec une jeune distribution réunie sous la direction de Vladimir Jurowski. Le chef y soigne les couleurs d’une partition réputée pour ses chœurs de premier plan et son orchestration exceptionnelle : valse d’ouverture du deuxième acte, chœurs de la cavalerie et de l’infanterie dans lesquels les chanteurs imitent les roulements de tambour, chœur des conjurés, marches et fanfares de scène, quintette pour deux vivandières où se retrouve la verve de Rossini. L’œuvre se clôt sur la grande scène de folie de Catherine, accompagnée à la flûte. Elizabeth Futral campe une Catherine agile et touchante, face au Pierre sonore de Vladimir Ognev, au Georges lumineux de Juan Diego Flórez, à la Prascovia de Darina Takova et au Danilowitz truculent d’Aled Hall. La transcription et le matériel d’orchestre sont dus à Giovanni Indulti. Ce coffret, publié d’abord par Marco Polo en 1997 et réédité par Naxos en 2022, demeure une référence pour cet ouvrage rarement donné.

Postérité :

Le succès initial est éclatant, mais la mère de Meyerbeer, à qui il était très attaché, meurt peu après la création. L’ouvrage est repris à Covent Garden le 19 juillet 1855, en italien sous le titre La stella del nord, avec Angiolina Bosio et Luigi Lablache, le dialogue étant remplacé par des récitatifs écrits spécialement. Des chanteurs fameux, parmi lesquels Adelina Patti et Jean-Baptiste Faure, tiennent par la suite les rôles de Catherine et de Pierre. Au milieu des années 1880, en France comme ailleurs, le nombre de représentations diminue ; l’œuvre n’est plus guère tentée de nos jours, hormis l’air de folie de Catherine. On en entend des échos dans le ballet Les Patineurs de Frederick Ashton (1937), dont la partition arrangée par Constant Lambert reprend des pages de L’Étoile du Nord. La reprise par Opera Rara au Festival de Camden en 1975, puis la production de Wexford de 1996, ont redonné vie à cette partition pleine de verve.

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