Format :
- Opera semiseria (« dramma per musica », puis « dramma eroicomico ») en deux actes.
- Musique : Johann Simon (Giovanni Simone) Mayr (1763-1845).
- Livret : Andrea Leone Tottola (?-1831), d’après un sujet français (Jean-Nicolas Bouilly).
- Langue : italien (avec rôle de Carlo en dialecte napolitain).
Création :
28 janvier 1814, Teatro de’ Fiorentini, Naples.
Mayr passe la saison de carnaval 1813-1814 à Naples, où il livre cette Elena au public populaire des Fiorentini. L’ouvrage est repris dans le nord de l’Italie, d’abord à la Scala de Milan à l’automne 1816 (sous le titre Elena e Costantino), puis au Teatro degl’Intrepidi de Florence au printemps 1819, avec à chaque fois des remaniements adaptés au théâtre ; les dialogues parlés de Naples y sont notamment remplacés par des récitatifs secs. Parmi les créateurs napolitains figuraient Margherita Chabrand (Elena), Felice Pellegrini (Costantino) et le célèbre bouffe Carlo Casaccia (Carlo).
Livret :
Andrea Leone Tottola, librettiste attitré des Fiorentini et collaborateur de Rossini à Naples, s’inspire du livret de Bouilly pour l’opéra-comique Héléna de Méhul (Paris, 1803). Bouilly est aussi l’auteur de Léonore, ou L’amour conjugal, source de la Leonora de Paër, du Fidelio de Beethoven et de L’amor coniugale de Mayr. L’intrigue relève de l’opéra « à sauvetage » de l’ère napoléonienne : un innocent injustement condamné à mort échappe in extremis à son sort et voit son nom lavé. Le genre semiseria mêle ton sérieux, personnage bouffe (ici Carlo, fermier napolitain), déguisements et couleur locale par l’usage du chœur.
Intrigue :
- Acte I : Costantino, fils du duc d’Arles, a été faussement accusé du meurtre de son père par Romualdo, qui a usurpé le trône et l’a contraint à l’exil. Son épouse Elena, princesse de Tarascon, a fui sous le déguisement masculin de « Riccardo » et a trouvé refuge chez Carlo, fermier napolitain installé en Provence avec ses filles Anna et Ernesta et le berger Urbino ; son fils Adolfo, alias Paolino, y a été recueilli. Carlo perce le secret de Riccardo, qui lui avoue être Elena. Costantino, las de l’exil, revient à Tarascon, retrouve Carlo puis Elena. Le gouverneur reconnaît Paolino, Elena se dévoile : elle et Carlo sont arrêtés, tandis que le fils de l’usurpateur, Edmondo, hérite du pouvoir.
- Acte II : Edmondo, déchiré entre la honte du crime de son père et le devoir de justice, hésite ; le gouverneur et le peuple réclament la mort de Costantino. Le sextuor dramatique de la fin voit Costantino se livrer. Edmondo révèle alors que Romualdo, sur son lit de mort, lui a laissé la confession écrite de son crime : Costantino est innocent. Tous célèbrent l’heureux dénouement (« felicità »).
Enregistrement :

Franz Hauk — 2021
Format : 2 CD (2 h 30) ; première mondiale au disque.
Label : Naxos
Référence : 8.660462-63 (sortie le 25 juin 2021)
Année d’enregistrement : 17-25 août 2018, Kongregationssaal, Neuburg (Allemagne).
Distribution :
- Elena / Riccardo : Julia Sophie Wagner, soprano
- Costantino : Daniel Ochoa, basse
- Paolino / Adolfo : Mira Graczyk, soprano
- Carlo : Niklas Mallmann, basse
- Edmondo : Markus Schäfer, ténor
- Anna : Anna-Doris Capitelli, mezzo-soprano
- Ernesta : Anna Feith, soprano
- Le Gouverneur : Fang Zhi, ténor
- Le Héraut : Harald Thum, ténor
- Urbino : Andreas Mattersberger, basse
Direction : Franz Hauk
Orchestre : Concerto de Bassus (premier violon : Theona Gubba-Chkheidze) ; Simon Mayr Chorus
Langue : italien
Particularité :
Première intégrale au disque de l’œuvre, fruit du travail de Franz Hauk au service de Mayr. La critique y voit une exécution de premier ordre : l’orchestre de taille réduite est vif et coloré, avec des cordes incisives et des timbres de vents bien individualisés, Julia Sophie Wagner apporte à Elena une présence vocale brillante, Daniel Ochoa s’impose dès son entrée et Markus Schäfer conserve un bel éclat en Edmondo. Un critique relève en revanche que le Carlo de Niklas Mallmann manque de verve comique et que le rôle gagnerait à être tenu par un chanteur de langue maternelle italienne. La prise de son équilibre clarté et résonance, et Gramophone (octobre 2021) loue une partition « polie » et constamment euphonique, qui peut toujours charmer dans une exécution aussi soignée.
Postérité :
Malgré des pronostics pessimistes de la critique, l’œuvre rencontre un grand succès à la Scala en 1816, avec une quarantaine de représentations à Milan seulement. Le sextuor de l’acte II est alors l’attraction principale : Stendhal en parle comme d’un « morceau de génie », au point que des spectateurs font de longs trajets pour l’entendre, et Goethe, alerté, demande à son ami Zelter de lui procurer la partition. Le sujet inspire d’autres compositeurs (Ramón Carnicer à Barcelone en 1821, Carlo Coccia à Lisbonne en 1822), mais l’Elena de Mayr n’avait jamais été gravée avant cet enregistrement de 2021.

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