Note personnelle : ,

Humperdinck, Engelbert — Dornröschen (1902)

Format :

  • Märchen (conte musical) en un prélude et trois actes, en sept tableaux, mêlant chant, dialogues parlés et mélodrame.
  • Musique : Engelbert Humperdinck (1854-1921).
  • Livret : Elisabeth Ebeling et Bertha Lehrmann-Filhés ; version des dialogues pour l’enregistrement : Ralf Eger.
  • Langue : allemand.

Création :

12 novembre 1902, Francfort-sur-le-Main.
La partition est achevée le 1er juillet 1902. Quelques mois plus tôt, en juin 1902, Humperdinck avait fait entendre à Krefeld une suite orchestrale tirée de l’œuvre, les Tonbilder zu Dornröschen. Il vient alors de s’imposer comme le grand compositeur de contes avec Hänsel und Gretel (1893) et Königskinder, d’abord conçu comme mélodrame. Élève et collaborateur de Wagner à Bayreuth (il avait assisté à la création de Parsifal), il cherche ici une voie propre à l’opéra de conte, loin du modèle wagnérien. La création est accueillie avec réserve : la critique juge le livret faible et salue surtout la virtuosité du spectacle, pièce de bravoure pour décorateurs et machinistes.

Livret :

Elisabeth Ebeling, écrivain pour la jeunesse et amie de la sœur du compositeur, envoie un premier livret à Humperdinck dès 1895 ; elle le rédige avec Bertha Lehrmann-Filhés. Il s’inspire du conte de Charles Perrault (La Belle au bois dormant) et de la version des frères Grimm (Dornröschen), enrichis de scènes originales : la méchante fée Dämonia, le voyage de Reinhold chez la lune, le soleil et les étoiles, le nain Quecksilber (Vif-Argent) et les anneaux de fiançailles. Les échos de Parsifal sont nets : le prince, jeune homme pur, doit délivrer la princesse endormie et vaincre la tentation, le baiser final tenant lieu de rédemption.

Intrigue :

  • Prélude — 1er tableau, « Les assiettes d’or » : Le roi et la reine fêtent le baptême de leur fille Röschen et invitent les douze fées qui possèdent douze assiettes d’or. Dämonia, la méchante fée, n’a pas été invitée : elle surgit et condamne l’enfant à se piquer à un fuseau à quinze ans et à mourir. Morphina, la douzième fée, qui n’avait pas encore fait son vœu, atténue la malédiction en la changeant en sommeil de cent ans. Le roi ordonne alors la destruction de tous les fuseaux du pays.
  • Acte I — 2e tableau, « Le fuseau » (quinze ans plus tard) : Le jour de ses quinze ans et de ses fiançailles, Röschen, qui ignore tout, se promène dans le château et rencontre une vieille femme qui file. Malgré la mise en garde, elle se laisse tenter, se pique au doigt et s’endort avec tout le royaume.
  • Acte II — 3e tableau, « Dans la salle des ancêtres du prince Reinhold » (cent ans plus tard) : Le prince Reinhold rêve d’une rose et découvre dans la galerie le portrait de Röschen. Le bailli lui apprend la légende : la princesse dort derrière un mur d’épines et ne peut être délivrée que dans les trois jours qui viennent. Reinhold se met en route.
    4e tableau, « Dämonia » : Dämonia, qui l’attend, tente de l’égarer et de l’attirer par un baiser, en vain.
    5e tableau, « Au royaume des étoiles » : Après la danse des sphères, Reinhold interroge la lune, le soleil et les étoiles, qui lui donnent une énigme et un conseil : les anneaux de fiançailles le guideront.
  • Acte III — 6e tableau, « Les anneaux » : Quecksilber, être vif et mercuriel, guide Reinhold vers les anneaux au royaume souterrain des nains. Dämonia, qui avait presque détourné le prince, est repoussée ; un orage de neige puis le soleil l’aident à avancer vers le château.
    7e tableau, « La délivrance » : Reinhold et Quecksilber triomphent des épines ; Dämonia, vaincue, disparaît. Le prince réveille la princesse d’un baiser et, avec elle, le château tout entier ; la fée Rosa dévoile tout, et le prince et la princesse s’étreignent.

Enregistrement(s) :

Ulf Schirmer — 2011

Format : 2 CD (durée totale : 90’09)
Label : cpo (coproduction avec Bayerischer Rundfunk)
Référence : 777 510-2
Année d’enregistrement : 14 décembre 2008, en direct, Prinzregententheater, Munich (publié en 2011).
Distribution :

  • Dämonia, la méchante fée (rôle parlé) : Brigitte Fassbaender
  • Rosa, reine des fées : Christina Landshamer, soprano
  • Röschen (Dornröschen), fille de Ringold et d’Armgart : Kristiane Kaiser, soprano
  • Morphina, fée du sommeil : Stephanie Hampl, alto
  • Reinhold, fils du roi des îles Rayonnantes : Tobias Haaks, ténor
  • Quecksilber (Vif-Argent) : Anna Borchers, soprano
  • Le Soleil / Une Liseron : Miriam Clark, soprano
  • Un Myosotis : Brigitte Bayer, soprano
  • Une Rose : Guibee Yang, soprano
  • Le bailli du château des ancêtres : Wolfgang Klose, basse
  • Ringold, roi du pays des roses / la Lune : Jerzy May, récitant
  • Armgart, reine du pays des roses : Barbara Malisch, récitante
  • Les fées : solistes du Chor des Bayerischen Rundfunks

Direction : Ulf Schirmer
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester
Chœur : Chor des Bayerischen Rundfunks (préparation : Udo Mehrpohl)
Langue : allemand.

Particularité :

Premier enregistrement intégral de ce conte, capté en direct au Prinzregententheater. Le rôle de la méchante fée Dämonia, entièrement parlé, est confié à la grande mezzo-soprano Brigitte Fassbaender, qui en fait la figure marquante de l’ensemble ; l’interprétation musicale est solide et soignée, quoique la critique la juge plus appliquée qu’inspirée et les chanteurs sans éclat particulier. Les interludes orchestraux (danse des sphères, tableaux symphoniques) comptent parmi les plus beaux moments. Le livret du disque donne les textes chantés avec traduction, mais non les dialogues parlés.

Postérité :

Comme le reconnaissait déjà la critique de 1902, l’œuvre peine à égaler le succès de Hänsel und Gretel : livret jugé pesant, nombreux changements de décor aux exigences scéniques considérables, alternance de chant, de dialogues et de mélodrame, et trop grande proximité avec le conte de Perrault. Elle reste donc rarement jouée, même si la suite orchestrale Tonbilder zu Dornröschen et plusieurs pages lyriques ont conservé leur charme. Le disque de 2011 a longtemps été l’unique enregistrement intégral.

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