Format :
- Opéra-comique en 3 actes.
- Musique : Louis-Ferdinand (Ferdinand) Hérold (1791-1833).
- Livret : Eugène de Planard, d’après la Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée (1829).
- Langue : français (numéros chantés et dialogues parlés).
Création :
15 décembre 1832, Paris, Opéra-Comique (salle de la Bourse).
Fort du succès de Zampa (1831), Hérold, quarante ans, est alors le grand espoir d’un Opéra-Comique en pleine crise financière, frappé par l’épidémie de choléra et les émeutes de 1832. La création fait l’objet d’un soin particulier : Étienne Thénard (Mergy), Lemonnier (Comminge), le ténor comique Féréol (Cantarelli), la basse bouffe Fargueil (Girot), Mme Ponchard (Marguerite) et Mlle Massy (Nicette). La titulaire prévue pour Isabelle, Mme Casimir, ayant fait défection, le directeur de l’Opéra, Véron, prêta Julie Dorus (future Dorus-Gras), à qui Hérold, déjà gravement malade, enseigna le rôle en cinq jours. Le succès est immédiat, en particulier au troisième acte, dont le trio est bissé. Hérold meurt de la tuberculose cinq semaines plus tard, le 19 janvier 1833. L’ouvrage connaîtra 1 608 représentations à l’Opéra-Comique jusqu’en 1949, ce qui en fait le cinquième titre le plus joué de la maison après Carmen, Manon, Mignon et La Dame blanche ; il fut choisi en 1840 pour inaugurer la deuxième salle Favart.
Livret :
Au même moment, Planard pour l’Opéra-Comique et Scribe pour l’Opéra (Les Huguenots de Meyerbeer, 1836) adaptaient chacun la Chronique de Mérimée. Les deux institutions se distinguent : à l’Opéra, la Saint-Barthélemy sanglante ; à l’Opéra-Comique, une période plus apaisée, dix ans après le massacre, et une idylle menacée par l’usage absurde des duels. Planard ne retient du roman que le cadre et quelques personnages : Marguerite de Valois, la « reine Margot », y est la seule figure historique, présentée en intrigante galante plutôt qu’en femme politique. Le livret entrelace trois destins — la reine, le couple aristocratique Isabelle-Mergy et le couple bourgeois Nicette-Girot — autour du Pré aux clercs, lieu de promenade populaire face au Louvre et rendez-vous des duellistes.
Intrigue :
- Acte I : 1582, sous Henri III. À Étampes, lieu des chasses royales, l’aubergiste Nicette, filleule de la reine Marguerite, fête ses fiançailles avec Girot, cabaretier du Pré aux clercs. La fête est troublée par des cavaliers du roi qui s’en prennent à un gentilhomme protestant, Mergy, ambassadeur du roi de Navarre ; le courtisan italien Cantarelli le reconnaît comme son sauveur au siège de Bergerac et le prend sous sa protection. Mergy aime la protestante Isabelle de Montal, favorite de Marguerite, que courtise le catholique Comminge, redoutable duelliste. Isabelle apprend avec effroi que le roi veut la marier à Comminge.
- Acte II : Au Louvre, un soir de bal masqué, Marguerite organise avec Cantarelli le mariage secret d’Isabelle et de Mergy, qui aura lieu le lendemain à la chapelle du Pré aux clercs, en même temps que celui de Nicette et Girot. Cantarelli égare Comminge en lui faisant croire que Mergy est venu pour Marguerite elle-même. Mais Henri III refuse la demande de l’ambassade : Isabelle épousera Comminge. Désespéré, Mergy provoque son rival en duel pour le lendemain, au Pré aux clercs.
- Acte III : Au Pré aux clercs, Nicette et Girot fêtent leur noce ; Mergy et Isabelle viennent d’être unis en secret, et Cantarelli leur apporte un sauf-conduit pour la Navarre. Comminge arrive pour son duel et comprend qu’on l’a trompé ; la haine des deux adversaires éclate, et les archers les envoient se battre à l’abri des arbres. Tandis que Marguerite prépare la fuite des époux, Isabelle voit passer une barque emportant le corps d’un duelliste tué et défaille ; mais Mergy reparaît, vainqueur de Comminge, et le couple peut s’enfuir.
Enregistrement(s) :

Paul McCreesh — 2016
Format : 2 CD (livre-disque).
Label : Palazzetto Bru Zane (collection « Opéra français », vol. 13, avec Ediciones Singulares).
Référence : Opéra français vol. 13, parution 2016.
Année d’enregistrement : 7 et 8 avril 2015, Grande Auditório de la Fondation Calouste Gulbenkian, Lisbonne (à la suite de la production scénique de l’Opéra-Comique, mars-avril 2015).
Distribution :
- Isabelle de Montal : Marie-Ève Munger, soprano
- Marguerite de Navarre : Marie Lenormand, mezzo-soprano
- Nicette : Jeanne Crousaud, soprano
- Mergy : Michael Spyres, ténor
- Cantarelli : Éric Huchet, ténor
- Girot : Christian Helmer, baryton-basse
- Comminge : Emiliano González Toro, ténor
- Le Brigadier : Leandro César
- Un Exempt du guet : Manuel Rebelo
- Archers : Tiago Batista, Nuno Fonseca
Direction : Paul McCreesh (chef de chœur : Jorge Matta)
Orchestre : Coro e Orquestra Gulbenkian
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement moderne intégral, dialogues compris, réalisé dans le sillage de la production de l’Opéra-Comique (mise en scène d’Éric Ruf, 2015), qui ressuscitait l’ouvrage sur sa scène d’origine. Paul McCreesh, surtout connu pour Händel et le répertoire baroque, dirige avec vivacité et finesse les forces de la Gulbenkian, faisant ressortir l’élégance et la variété d’une partition qui libère l’opéra-comique de l’influence rossinienne. Michael Spyres est un Mergy au legato radieux et aux aigus faciles, Marie-Ève Munger une Isabelle d’une belle virtuosité dans « Jours de mon enfance », Marie Lenormand une Marguerite spirituelle, et Éric Huchet un Cantarelli savoureux. Le livre-disque, richement documenté, comprend le livret intégral et plusieurs études musicologiques.
Postérité :
Pilier du répertoire de l’Opéra-Comique pendant plus d’un siècle, joué en province et dans les principales villes d’Europe, Le Pré aux clercs disparut de l’affiche après sa dernière représentation en mars 1949, comme une grande partie de l’opéra-comique romantique. Sa résurrection à l’Opéra-Comique en 2015, coproduite par le Palazzetto Bru Zane en partenariat avec la Fondation Gulbenkian et le Festival de Wexford, puis cet enregistrement, lui ont rendu une place dans la redécouverte du répertoire lyrique français du XIXe siècle.

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