Note personnelle : ,

Hérold, Ferdinand — Zampa ou La Fiancée de marbre (1831)

Format :

  • Opéra-comique en 3 actes.
  • Musique : Louis-Ferdinand (Ferdinand) Hérold (1791-1833).
  • Livret : Mélesville (Anne-Honoré-Joseph Duveyrier).
  • Langue : français (numéros chantés et dialogues parlés).

Création :

3 mai 1831, Paris, Opéra-Comique (salle Ventadour).
Nommé à la tête d’un Opéra-Comique en difficulté après être passé par l’Opéra, Émile Lubbert, qui avait vu Meyerbeer lui retirer Robert le Diable pour la grande scène, voulait un sujet aussi brillant ; il le commanda à Hérold, compositeur de ballets à succès (La Somnambule, La Belle au bois dormant) et chef de chant à l’Opéra. Zampa fut prêt quelques mois avant Robert le Diable, dans une année charnière qui vit aussi l’entrée d’Euryanthe de Weber à l’Opéra, marquant le basculement du merveilleux vers le fantastique. Le régisseur Solomé conçut décors et costumes gothiques, une statue articulée en faux marbre blanc et, avec un artificier, les effets de fumée et de lumière figurant l’éruption de l’Etna. La distribution était portée par deux ténors vedettes, Jean-Baptiste Chollet (Zampa) et Moreau-Sainti (Alphonse), avec Mme Casimir en Camille : fait presque unique, l’ouvrage ne comporte aucune voix de basse ni de baryton. Le succès fut immédiat dès l’ouverture en pot-pourri, restée célèbre : cinquante-six soirées d’affilée, près de sept cents représentations au XIXe siècle et une diffusion européenne considérable, avec des adaptations locales (baryton aigu en Allemagne, ténor ou même basse en Italie).

Livret :

Mélesville, librettiste prolifique et collaborateur de Scribe, compose un livret de « demi-caractère » mêlant comédie et drame, dans le sillage du mythe de Don Juan : un séducteur impie, défiant l’au-delà, est puni par une statue vengeresse, ici celle d’une de ses victimes, Alice Manfredi. Le rapprochement avec Don Giovanni de Mozart, alors en vogue à Paris, s’impose d’emblée, tandis que l’élément surnaturel (la bague passée au doigt de la statue, dont la main se referme) s’inspire de la légende médiévale de la « fiancée de marbre », reprise plus tard par Mérimée dans La Vénus d’Ille (1837). L’action, située en Sicile au XVIIe siècle, entrelace fantastique, aventure maritime et scènes comiques confiées aux personnages de Daniel, Dandolo et Ritta.

Intrigue :

  • Acte I : En Sicile, au début du XVIIe siècle, le riche négociant Lugano s’apprête à marier sa fille Camille à l’officier florentin Alphonse de Monza, qui l’a délivré des brigands. On dit que le corsaire Zampa, qui a déshonoré bien des familles, vient d’être arrêté ; la population s’est placée sous la protection de sainte Alice, du nom d’une de ses victimes, Alice Manfredi, dont la statue rappelle le souvenir. Alphonse comprend avec effroi que Zampa n’est autre que son frère aîné, un débauché disparu. Attiré dans un guet-apens, il laisse Camille seule : un inconnu, Zampa lui-même, fait irruption, annonce que Lugano est son prisonnier et exige ses biens et la main de Camille. Par bravade, il glisse un anneau au doigt de la statue d’Alice, dont la main de marbre se referme sur le bijou.
  • Acte II : Le village est terrorisé. Alphonse, échappé à ses ravisseurs, croit Camille infidèle, alors qu’elle ne cherche qu’à sauver son père. Au moment du mariage, il identifie Zampa et s’apprête à le livrer au peuple, mais un coup de théâtre renverse la situation : le vice-roi accorde la grâce du corsaire en échange de son ralliement contre la flotte ottomane. Acclamé comme défenseur, Zampa triomphe et Camille est contrainte de l’épouser.
  • Acte III : Dans sa chambre nuptiale, Camille repousse Alphonse, venu l’enlever, par fidélité à la foi jurée. Zampa, qui a fait briser et jeter à la mer la statue d’Alice, tente de la fléchir et lui révèle qu’il est le comte de Monza. Camille comprend et invoque la protection d’Alice Manfredi : la statue reparaît et entraîne Zampa dans les flammes, tandis que l’Etna s’embrase.

Enregistrement(s) :

Erik Nielsen — 2026

Format : 2 CD (livre-disque).
Label : Bru Zane (collection « Opéra français », Palazzetto Bru Zane, en coproduction avec BR-Klassik).
Référence : collection « Opéra français », parution 2026.
Année d’enregistrement : 28 et 30 novembre 2025, Prinzregententheater, Munich.
Distribution :

  • Zampa : Julien Henric, ténor
  • Camille : Hélène Carpentier, soprano
  • Alphonse : Cyrille Dubois, ténor
  • Ritta : Héloïse Mas, mezzo-soprano
  • Daniel : François Rougier, ténor
  • Dandolo : Pierre Derhet, ténor
  • Un Corsaire : Lukas Mayr, baryton-basse

Direction : Erik Nielsen (chef de chœur : Stellario Fagone)
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester ; Chor des Bayerischen Rundfunks
Langue : français

Particularité :

Premier enregistrement mondial commercialisé d’un ouvrage pourtant parmi les plus joués du XIXe siècle, réalisé sur l’édition Lemoine révisée par le Palazzetto Bru Zane (quelques dialogues sont coupés). Le choix de Julien Henric, ténor, dans le rôle-titre restitue la vocalité originale de Chollet, perdue dans les adaptations pour baryton qui ont longtemps prévalu. Face à lui, Cyrille Dubois, spécialiste reconnu du répertoire français, prête son élégance et sa clarté à Alphonse, et Hélène Carpentier sa lumière et sa virtuosité à Camille. Erik Nielsen dirige avec panache l’orchestre de la radio bavaroise, de la fameuse ouverture aux grands finales fantastiques. Le livre-disque, richement documenté, comprend le livret intégral et plusieurs études, dont une sur la question de la voix de Zampa.

Postérité :

Triomphe durable du XIXe siècle, Zampa fut joué dans toute l’Europe et popularisé par d’innombrables arrangements, notamment les pots-pourris de Johann Strauss père, au point d’exaspérer Wagner, qui l’entendait partout. L’ouverture est longtemps restée au répertoire des orchestres et des fanfares, alors que l’opéra lui-même disparaissait progressivement de la scène, desservi par une vocalité atypique sans voix graves et par des adaptations qui en brouillaient l’identité. Chaînon essentiel entre l’opéra-comique de Boieldieu et le grand opéra de Meyerbeer, il annonce l’assombrissement du genre et le goût romantique pour le fantastique. Cet enregistrement, le premier de l’ouvrage au disque, lui rend enfin sa place dans l’histoire de l’opéra français.

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