Note personnelle : ,

Hasse, Johann Adolf — Marc’Antonio e Cleopatra (1725)

Format :

  • Serenata en deux parties.
  • Musique : Johann Adolf Hasse.
  • Livret : Francesco Ricciardi, d’après les Vies parallèles de Plutarque.
  • Langue : italien.

Création :

Septembre 1725, Naples, villa de Carlo Carmignano.
Âgé de vingt-six ans, le Saxon Hasse – surnommé « il Sassone » – est installé à Naples depuis 1722 et achève sa formation auprès de Nicola Porpora puis d’Alessandro Scarlatti. La commande de cette sérénade par Carlo Carmignano, financier et conseiller de la cour vice-royale, lui offre sa première grande vitrine : l’œuvre est donnée dans le cadre privé d’une demeure aristocratique, devant un public raffiné, et réunit deux interprètes d’exception en un savoureux travestissement croisé : la contralto Vittoria Tesi chante Marc Antoine, tandis que le jeune castrat Carlo Broschi, dit Farinelli, alors âgé de vingt ans, incarne Cleopatra. Le succès est tel que Hasse se voit aussitôt confier la composition d’un opéra pour le théâtre royal ; il enchaînera en cinq ans à Naples une série d’opere serie, de sérénades et d’intermezzi, avant de devenir en 1730 Kapellmeister de la cour de Dresde. Quantz citait encore en 1755 cette sérénade parmi les réussites majeures du compositeur.

Livret :

Francesco Ricciardi, poète et impresario actif à Naples, puise son sujet chez Plutarque (la tragédie de Shakespeare était alors quasiment inconnue sur le continent). Le genre de la serenata, à mi-chemin entre la cantate et l’opéra, impose une action réduite à deux personnages et une dramaturgie statique, faite de huit airs, deux duos et de longs récitatifs expressifs. La conclusion du livret sacrifie à l’usage de la pièce de circonstance : les amants, au seuil de la mort, prophétisent la gloire future d’un empire placé sous le « ciel germanique », hommage appuyé à l’empereur Charles VI et à l’impératrice Élisabeth-Christine, dont Naples était alors une possession.

Intrigue :

  • Première partie : Au lendemain de la défaite navale d’Actium, Marc Antoine rejoint Cleopatra en Égypte. À la reine qui lui demande s’il revient vainqueur ou fugitif, il avoue avoir abandonné le combat en voyant fuir ses voiles : pour lui, Cleopatra vaut plus qu’un royaume, et il renoncerait au monde entier pour elle. Cleopatra s’accuse d’être la cause de son malheur, mais proclame qu’elle préfère mourir libre sur son trône plutôt que d’être traînée captive au Capitole. Les amants évoquent le souvenir de leur première rencontre et de leur passion, puis constatent avec amertume la fuite des jours heureux ; la partie s’achève sur le duo « Attendi ad amarmi ».
  • Deuxième partie : Marc Antoine veut encore croire à un retour de fortune : l’Afrique et l’Asie ne sont pas perdues et ses vassaux peuvent relever la lutte contre Octave. Mais l’espoir s’effondre, et Cleopatra propose la mort comme seule issue honorable, afin de priver le vainqueur de son triomphe. Antoine hésite, puis embrasse ce choix. Avant de mourir, il prophétise l’avènement d’un nouvel empire romain « sous le ciel germanique », gouverné par un nouveau Charles, tandis que Cleopatra célèbre l’astre d’Élisabeth. Loin de tout pathos, l’œuvre se referme sur le duo joyeux « Bella etade avventurosa », éloge d’un âge fortuné où triomphent la justice et la clémence.

Enregistrements :

Matthew Dirst — 2010

Format : 2 CD.
Label : Dorian Sono Luminus.
Référence : DSL-92115.
Année d’enregistrement : 30-31 décembre 2009 et 2 janvier 2010, Zilkha Hall, Hobby Center, Houston (Texas).
Distribution :

  • Marc’Antonio : Jamie Barton, mezzo-soprano
  • Cleopatra : Ava Pine, soprano

Direction : Matthew Dirst (et clavecin).
Orchestre : Ars Lyrica Houston (instruments d’époque).
Langue : italien.

Particularité :

Première intégrale mondiale de l’œuvre, réalisée sur l’édition critique de Reinhard Wiesend (Carus-Verlag). Matthew Dirst, claveciniste et fondateur d’Ars Lyrica, choisit d’enrichir la partition – écrite pour cordes et continuo seuls – de bois (hautbois, flûtes à bec, traverso, basson) et d’un continuo varié (théorbe, guitare baroque), pour une palette plus colorée que l’original. L’intérêt majeur du disque tient à la Marc’Antonio de Jamie Barton, alors tout juste lauréate des Metropolitan Opera National Council Auditions (2007) et quelques années avant son triomphe au Cardiff Singer of the World (2013) : un mezzo ample et chaleureux, qui donne au général vaincu une noblesse très touchante. Face à elle, Ava Pine offre une Cleopatra lumineuse et agile. Une lecture vivante et soignée, qui a eu le mérite de révéler l’œuvre au disque.

Claudio Osele — 2011

Format : 2 CD.
Label : Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).
Référence : 88883721872.
Année d’enregistrement : 30 novembre – 4 décembre 2011, Villa San Fermo, Lonigo (Vénétie) ; parution en 2013.
Distribution :

  • Marc’Antonio : Vivica Genaux, mezzo-soprano
  • Cleopatra : Francesca Lombardi Mazzulli, soprano

Direction : Claudio Osele.
Orchestre : Le Musiche Nove (instruments d’époque).
Langue : italien.

Particularité :

À l’inverse de Dirst, Claudio Osele s’en tient strictement à l’effectif du manuscrit – cordes et basse continue –, et démontre que Hasse n’a nul besoin d’ajouts pour briller : la direction, nerveuse et d’une énergie infatigable, fait ressortir la vivacité rythmique et la variété d’affects de la partition. Vivica Genaux, grande spécialiste du répertoire de Farinelli et de Hasse, campe un Marc’Antonio d’une autorité dramatique remarquable, avec sa virtuosité d’agilité si caractéristique et un sens aigu du récitatif. Francesca Lombardi Mazzulli, aux vocalises aisées et brillantes, lui donne une réplique de premier ordre dans le rôle écrit pour Farinelli. Souvent considérée comme la version de référence de l’œuvre.

Postérité :

Longtemps oubliée comme la quasi-totalité de la production de Hasse, compositeur pourtant le plus célèbre d’Europe au milieu du XVIIIe siècle, la sérénade a bénéficié du renouveau de l’opera seria au début du XXIe siècle. L’édition critique de Reinhard Wiesend chez Carus-Verlag a permis les deux enregistrements intégraux, suivis de productions scéniques : l’œuvre a notamment été montée au Buxton International Festival en 2022, à Moscou la même année, ainsi que par le Haymarket Opera Company de Chicago. Sa brièveté (environ quatre-vingt-dix minutes) et son effectif réduit à deux voix et cordes en font aujourd’hui l’une des portes d’entrée les plus accessibles dans le théâtre lyrique de Hasse, et un témoignage précieux de l’art vocal napolitain à l’époque de Farinelli.

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