Note personnelle : ,

Hasse, Johann Adolf — Artaserse (1730)

Format :

  • Dramma per musica en 3 actes.
  • Musique : Johann Adolf Hasse (1699-1783).
  • Livret : Pietro Metastasio, adapté par Giovanni Boldini.
  • Langue : italien.

Création :

11 février 1730, Teatro San Giovanni Grisostomo, Venise.
Créé pendant le carnaval vénitien de 1730, quelques jours seulement après la version romaine de Leonardo Vinci sur le même livret, l’Artaserse de Hasse réunit une distribution exceptionnelle : le castrat Farinelli (Arbace), la soprano Francesca Cuzzoni (Mandane), le contralto Nicolò Grimaldi dit Nicolini (Artabano), Maria Maddalena Pieri (Semira), le ténor Filippo Giorgi dans le rôle-titre et Antonio Castori (Megabise). C’est l’année charnière de la carrière du « caro Sassone » : il épouse la même année la cantatrice Faustina Bordoni et devient en 1731 maître de chapelle de la cour de Dresde. L’ouvrage connaît un succès considérable et circule dans toute l’Europe ; l’air d’Arbace « Pallido il sole » reste notamment associé à Farinelli, qui l’aurait chanté chaque soir pour le roi Philippe V d’Espagne. Hasse remania profondément la partition à deux reprises : pour Dresde en 1740, puis pour Naples en 1760.

Livret :

Artaserse est l’un des livrets les plus célèbres de Pietro Metastasio, écrit en 1729 et mis en musique pour la première fois par Leonardo Vinci à Rome (Teatro delle Dame, février 1730). Inspiré de l’histoire perse d’Artaxerxès Ier, fils de Xerxès, il connut plus d’une centaine de mises en musique au XVIIIe siècle (Galuppi, Gluck, Graun, J. C. Bach, Arne, Cimarosa…). Pour Venise, le texte fut adapté par Giovanni Boldini, qui remplaça une partie des airs afin de mettre en valeur les chanteurs réunis au San Giovanni Grisostomo.

Intrigue :

  • Acte I : Dans les jardins du palais, à la nuit, Arbace fait ses adieux à Mandane, fille du roi Serse (Xerxès), qui s’oppose à leur union. Son père Artabano, préfet de la garde royale, surgit l’épée ensanglantée : il vient d’assassiner le roi pour ouvrir le trône à son fils. Il échange son arme avec celle d’Arbace, horrifié. Devant le jeune prince Artaserse, Artabano accuse du meurtre Dario, frère aîné d’Artaserse, que celui-ci fait exécuter. Mais Semira, sœur d’Arbace, rapporte que le coupable s’est enfui par les jardins ; l’épée sanglante trouvée sur Arbace le désigne. Arrêté, Arbace refuse de trahir son père et ne peut se justifier : il est rejeté par Mandane comme par Semira.
  • Acte II : Artaserse, ami d’Arbace, doute de sa culpabilité mais n’a aucune preuve. En prison, Artabano révèle à son fils tout son complot et lui propose la couronne ; Arbace refuse avec indignation. Artabano s’allie au général Megabise, amoureux de Semira, pour préparer un soulèvement. Nommé juge du procès, il condamne lui-même son fils à mort, au désespoir de tous.
  • Acte III : Artaserse fait libérer secrètement Arbace. Artabano, croyant son fils exécuté, empoisonne la coupe sacrée du couronnement. Pendant la cérémonie, Arbace réapparaît, écrase la révolte et tue Megabise. Sommé de boire la coupe pour prouver sa loyauté, Artabano finit par avouer le crime et tente de frapper Artaserse ; Arbace menace de boire lui-même le poison pour sauver son père. Touché par sa générosité, Artaserse commue la peine d’Artabano en exil. Arbace, innocenté, épouse Mandane et Artaserse s’unit à Semira.

Enregistrement(s) :

Erin Helyard — 2020

Format : Enregistrement live (album, env. 2 h 57).
Label : Pinchgut Opera (collection Pinchgut Live).
Référence : PG011.
Année d’enregistrement : fin novembre – début décembre 2018, City Recital Hall, Sydney (parution le 6 mars 2020).
Distribution :

  • Artaserse : Andrew Goodwin, ténor
  • Mandane : Vivica Genaux, mezzo-soprano
  • Arbace : David Hansen, contre-ténor
  • Artabano : Carlo Vistoli, contre-ténor
  • Semira : Emily Edmonds, mezzo-soprano
  • Megabise : Russell Harcourt, contre-ténor

Direction : Erin Helyard (depuis le clavecin).
Orchestre : Orchestra of the Antipodes.
Langue : italien.

Particularité :

Captation de la production de Pinchgut Opera mise en scène par Chas Rader-Shieber, première australienne de l’œuvre, fondée sur la version révisée de Dresde (1740). La critique a salué la Mandane de Vivica Genaux, voix aux couleurs multiples, virtuose et d’une grande présence dramatique, l’Arbace de David Hansen, qui affronte avec aplomb le rôle écrit pour Farinelli, la coloratura superbement articulée de Carlo Vistoli en Artabano, et la Semira au timbre doré d’Emily Edmonds. Andrew Goodwin apporte au rôle-titre une élégance et une souplesse royales. Erin Helyard dirige l’Orchestra of the Antipodes avec un élan et des couleurs instrumentales très vivants. C’est le premier enregistrement de cette version de 1740, qui complète l’enregistrement de la version vénitienne dirigée par Corrado Rovaris (Dynamic).

Postérité :

Longtemps l’un des opéras les plus joués de son temps, l’Artaserse de Hasse sombra, comme l’ensemble de l’opera seria, dans l’oubli après la réforme gluckiste. Sa résurrection moderne est venue du renouveau baroque : production du Festival della Valle d’Itria à Martina Franca (version de 1730, publiée chez Dynamic), puis production de Pinchgut Opera à Sydney (version de Dresde). Ces deux enregistrements permettent désormais de mesurer l’évolution stylistique de Hasse, compositeur le plus admiré de l’Europe des années 1730-1760, et de comparer son traitement du livret avec celui de Vinci, redécouvert à la même époque.

 

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