Format :
- Grand opéra en 5 actes.
- Musique : Jacques Fromental Halévy
- Livret : Eugène Scribe
- Langue : français
Création :
23 février 1835, Paris, Académie royale de musique (salle Le Peletier).
Sous la Monarchie de Juillet, propice à une relative libéralisation des pratiques religieuses, Halévy — compositeur d’origine juive — livre, aux côtés de Meyerbeer dont Les Huguenots suivront l’année d’après, l’une des œuvres fondatrices du grand opéra naissant. La production, particulièrement somptueuse (150 000 francs), est dirigée par François Habeneck, avec Cornélie Falcon dans le rôle de Rachel et Adolphe Nourrit dans celui d’Eléazar — un rôle initialement conçu pour une basse, réécrit pour ce dernier, à qui l’on doit aussi, semble-t-il, la conception du dénouement de l’acte IV. Quatre décorateurs se partagent la conception des actes I, II, IV et V, deux autres celle de l’acte III ; un orgue est installé sur scène dès le premier acte. Le triomphe est immédiat, comparable à celui des grands opéras de Meyerbeer ; Wagner se serait souvenu de l’effet de l’orgue de scène pour ses Maîtres chanteurs de Nuremberg (1868). L’ouvrage inaugure d’ailleurs la nouvelle salle du Palais Garnier, le 5 janvier 1875.
Livret :
Eugène Scribe conçoit un livret original, sans source littéraire directe, mais nourri des débats sur la tolérance religieuse popularisés par Ivanhoé de Walter Scott (1819) et le Nathan le Sage de Lessing (1779). Le sujet — un amour impossible entre un prince chrétien et une jeune femme juive — inscrit l’œuvre dans une tradition de représentation ambiguë du personnage juif : si certains y ont vu un plaidoyer pour la tolérance, d’autres relèvent que le portrait d’Eléazar, secret, vindicatif et âpre au gain, contredit en partie cette lecture.
Intrigue :
- Acte I : à Constance, en 1414, l’orfèvre juif Eléazar est pris à partie par la foule pour avoir travaillé un jour de fête chrétienne. Le prince Léopold, déguisé en peintre juif sous le nom de Samuel, s’introduit dans sa maison ; Rachel, fille adoptive d’Eléazar, s’éprend de lui. L’acte s’achève sur une procession triomphale.
- Acte II : lors du repas pascal donné chez Eléazar, « Samuel » révèle en secret à Rachel qu’il est chrétien. La princesse Eudoxie survient pour commander un bijou à Eléazar, sans reconnaître en lui l’époux qu’elle attend. Sur le point de fuir avec Rachel, Léopold est surpris par Eléazar, qui les maudit.
- Acte III : Rachel, qui a suivi Léopold jusqu’au palais, s’y est fait engager comme servante d’Eudoxie. Démasqué lors d’une fête, Léopold se voit publiquement accusé par Rachel devant toute la cour ; le cardinal Brogni fait arrêter les trois protagonistes.
- Acte IV : dans sa prison, le cardinal Brogni propose la grâce à Rachel et à Eléazar s’ils consentent à se convertir. Eléazar révèle alors qu’il a jadis sauvé la propre fille du cardinal, qu’on croyait morte, et détient ainsi sur lui un moyen de pression.
- Acte V : au pied du bûcher, tandis qu’Eléazar et Rachel s’apprêtent à être précipités dans une chaudière d’eau bouillante, Brogni implore une dernière fois Eléazar de lui révéler où se trouve sa fille ; celui-ci désigne Rachel au moment même où elle disparaît dans le chaudron, avant d’aller lui-même à la mort.
Enregistrement(s) :

Anton Guadagno — 1973
Format : 2 CD
Label : Legato Classics
Année d’enregistrement : mars 1973, captation publique au Royal Festival Hall de Londres.
Distribution :
- Eléazar : Richard Tucker, ténor
- Rachel : Yasuko Hayashi, soprano
- Léopold : Edgar Fleet, ténor
- Princesse Eudoxie : Michèle Le Bris, soprano
- Cardinal Brogni : David Gwynne, basse
- Ruggiero : Leslie Fyson, baryton
- Albert : John Frost, basse
- Autres rôles : Juan Sabaté, Anthony Baldwin, John Noble, Brian Etheridge, Robert Bickerstaff
Direction : Anton Guadagno
Orchestre et chœur : Royal Opera House Covent Garden
Langue : français
Particularité :
Captation d’une exécution en concert donnée au Royal Festival Hall de Londres en mars 1973, dans une version resserrée d’environ deux heures, soit à peu près la moitié de la partition intégrale. Cette soirée, l’une des rares occasions pour Richard Tucker — qui devait faire d’Eléazar l’un des grands rôles de la fin de sa carrière — d’aborder l’ouvrage en Europe, reçut un accueil assez favorable pour convaincre la RCA de produire, l’année suivante, un enregistrement studio complet avec Martina Arroyo, Anna Moffo et Antonio de Almeida. Tucker devait mourir subitement en janvier 1975, alors même qu’il préparait la reprise de La Juive au Metropolitan Opera de New York, lequel ne devait remonter l’ouvrage qu’en 2003.

Simone Young — 1998
Format : 3 CD
Label : RCA Red Seal
Référence : 74321 79596 2
Année d’enregistrement : 23 octobre 1998, captation publique à l’Opéra d’État de Vienne (Wiener Staatsoper), diffusée par l’ORF.
Distribution :
- Eléazar : Neil Shicoff, ténor
- Rachel : Soile Isokoski, soprano
- Léopold : Zoran Todorovich, ténor
- Princesse Eudoxie : Regina Schörg, soprano
- Cardinal Brogni : Alastair Miles, basse
- Ruggiero : István Gáti, baryton
- Albert : Janusz Monarcha, basse
- Autres rôles : Johannes Gisser, Johann Reinprecht, Martin Thyringer
Chœur : Chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Direction : Simone Young
Orchestre : Orchestre de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : français
Particularité :
Cet enregistrement documente la reprise, sur la scène du Wiener Staatsoper, du rôle d’Eléazar par Neil Shicoff, qui devait en faire l’un des rôles de sa vie, y revenant jusqu’à ses adieux à la scène viennoise en 2015. L’ouvrage est alors remis à l’affiche à Vienne dans une nouvelle production de Günter Krämer, créée en 1999, dont cette captation constitue l’un des tout premiers témoignages discographiques.
Postérité :
Après un triomphe qui l’imposa d’emblée aux côtés des grands opéras de Meyerbeer, La Juive connut une éclipse progressive au cours du XXe siècle, en dépit d’interprètes prestigieux — Caruso, Martinelli ou Gigli s’illustrèrent notamment dans le grand air d’Eléazar, « Rachel, quand du Seigneur ». Le Metropolitan Opera de New York, qui l’avait donnée sans discontinuer de 1885 à 1936, ne la reprit qu’en 2003, avec Neil Shicoff — soixante-sept ans plus tard. Richard Tucker avait pourtant tenté d’en relancer la carrière américaine dans les années 1970, avant que sa mort subite, en 1975, n’interrompe le projet. Depuis les années 1990, l’ouvrage a retrouvé les grandes scènes européennes — Vienne (1999), Venise (2005), Paris (2007), Zurich (2007), Stuttgart (2008), Amsterdam (2009), Tel-Aviv et Saint-Pétersbourg (2010), Göteborg (2014), Munich (2016) ou Francfort (2024) notamment —, portée en particulier par l’incarnation de Neil Shicoff en Eléazar.

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