Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Partenope (1730)

Format :

  • Dramma per musica (opéra à caractère comique) en trois actes (HWV 27).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme de La Partenope de Silvio Stampiglia (Naples, 1699), d’après la version vénitienne mise en musique par Antonio Caldara (1708).
  • Langue : italien.

Création :

24 février 1730, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Deuxième opéra nouveau de la « seconde Académie » fondée avec John Jacob Heidegger, Partenope succède à l’échec de Lotario (décembre 1729) et à une reprise de Giulio Cesare destinée à remplir la salle. Händel en achève la partition le 12 février 1730, douze jours seulement avant la première. La troupe est celle recrutée en Italie l’année précédente : Anna Strada del Pò (Partenope, soprano), le castrat Antonio Bernacchi (Arsace), Antonia Margherita Merighi (Rosmira, contralto), Francesca Bertolli (Armindo, contralto travesti), Annibale Pio Fabri (Emilio, ténor) et Johann Gottfried Riemschneider (Ormonte, basse). L’accueil est mitigé — sept représentations seulement — mais Händel, visiblement attaché à l’ouvrage, le reprend dès le 12 décembre 1730 pour sept soirées, en adaptant le rôle d’Arsace à Senesino revenu à Londres (avec le nouvel air final « Seguaci di Cupido »), puis une dernière fois en 1737, remanié pour les castrats Annibali et Conti.

Livret :

Le poète romain Silvio Stampiglia (1664-1725), l’un des fondateurs de l’Accademia dell’Arcadia, écrit La Partenope pour Naples en 1699 (musique de Luigi Mancia). Loin des intrigues dynastiques de l’opera seria, son texte traite avec ironie et légèreté la fondation légendaire de Naples par la reine Parthénope, courtisée par trois prétendants. Händel avait vraisemblablement entendu la version de Caldara au carnaval de Venise en 1708 ; c’est ce livret qui sert de source directe, bien qu’il ait aussi connu La Rosmira fedele de Vinci (1725). Il avait déjà proposé le sujet à la Royal Academy en 1726, pour les « reines rivales » Cuzzoni et Faustina, mais l’agent Owen Swiny l’avait jugé « le pire livret » qu’il eût jamais lu, trop frivole pour le public anglais. Edward J. Dent y verra au contraire « peut-être le meilleur livret que Händel ait jamais eu à mettre en musique », d’une atmosphère presque shakespearienne : une comédie douce-amère de travestissements et de méprises, que l’on a souvent rapprochée de La Nuit des rois ou de Così fan tutte.

Intrigue :

  • Acte I : La reine Partenope inaugure sa nouvelle cité lorsque son capitaine Ormonte lui annonce qu’Emilio, prince de Cuma, campe aux portes de la ville. Arrive un jeune homme, « Eurimene », se disant naufragé : Arsace, prince de Corinthe et favori de la reine, reconnaît en lui Rosmira, princesse de Chypre, sa fiancée abandonnée, déguisée en homme. Rosmira l’oblige à jurer de garder le secret s’il espère son pardon, tout en encourageant le timide Armindo, prince de Rhodes, qui aime secrètement la reine. Partenope rabroue Emilio et lui déclare la guerre ; elle confie d’abord le commandement à Arsace, puis, lassée des querelles de ses soupirants, prend elle-même la tête de l’armée. « Eurimene » annonce qu’il partira combattre, à la chasse d’une autre proie (« Io seguo sol fiero »).
  • Acte II : La bataille s’engage : Armindo sauve la reine, tandis qu’Arsace, occupé à protéger Rosmira, fait Emilio prisonnier ; celui-ci se lamente de ses revers en amour comme à la guerre. « Eurimene » revendique la victoire, insulte Arsace et le défie en duel ; Partenope le fait arrêter et jure d’adorer Arsace jusqu’à la mort. Arsace, lié par son serment, obtient la libération de son accusateur sans pouvoir s’expliquer. Partenope arrache à Armindo l’aveu de son amour et compare sa propre fidélité à Arsace au papillon attiré par la flamme (« Qual farfalletta »). Rosmira repousse une nouvelle fois Arsace, qui s’abandonne à son désarroi (« Furibondo spira il vento »).
  • Acte III : Admis devant la reine, « Eurimene » se présente comme le champion de Rosmira et révèle qu’Arsace l’a trahie pour Partenope ; celle-ci, furieuse, reporte sa faveur sur Armindo et ordonne un duel entre Arsace et « Eurimene ». Arsace supplie en vain Rosmira de lui pardonner (« Ch’io parta ? »), puis s’endort accablé ; Rosmira, qui le veille, comprend qu’elle l’aime toujours. Emilio et Armindo se réconcilient. Sur le champ clos, Arsace refuse de combattre à moins que les deux adversaires ne se battent torse nu : Rosmira doit alors avouer son identité. Les amants se réconcilient, Partenope épouse Armindo et fait la paix avec Emilio ; tous célèbrent un double mariage.

Enregistrements :

Sigiswald Kuijken — 1979

Format : 4 LP (1979), réédité en 3 CD (1990).
Label : Deutsche Harmonia Mundi (coproduction WDR, Cologne).
Référence : 1C 157-99 855/58 (LP) ; GD 77109 (CD, Editio Classica).
Année d’enregistrement : 27 mars – 10 avril 1979, Sint-Gilliskerk (Belgique).
Distribution :

  • Partenope : Krisztina Laki, soprano
  • Rosmira : Helga Müller Molinari, contralto
  • Arsace : René Jacobs, contre-ténor
  • Armindo : John York Skinner, contre-ténor
  • Emilio : Martyn Hill, ténor
  • Ormonte : Stephen Varcoe, baryton-basse

Direction : Sigiswald Kuijken.
Orchestre : La Petite Bande.
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement intégral de l’œuvre et l’un des tout premiers opéras de Händel gravés sur instruments d’époque, à une date où ce répertoire restait presque inconnu au disque. Kuijken suit la version originale de 1730 et rétablit de larges pans de récitatifs omis dans l’édition Chrysander. La lecture, sobre et élégante, vaut surtout par l’Arsace de René Jacobs, alors au sommet de sa carrière de contre-ténor, et par la Partenope lumineuse de Krisztina Laki ; un document pionnier qui a longtemps été la seule référence de l’ouvrage.

Nicholas McGegan — 2001

Format : 3 CD (live, édition non commerciale).
Label : Göttinger Händel-Gesellschaft (coproduction NDR / BBC Radio 3, réservée aux membres).
Référence : hors commerce.
Année d’enregistrement : 2001, Internationale Händel-Festspiele Göttingen (représentations scéniques).
Distribution :

  • Partenope : Meredith Hall, soprano
  • Rosmira : Annette Markert, mezzo-soprano
  • Arsace : Kai Wessel, contre-ténor
  • Armindo : Christopher Josey, contre-ténor
  • Emilio : John McVeigh, ténor
  • Ormonte : William Berger, basse

Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Philharmonia Baroque Orchestra.
Langue : italien.

Particularité :

Témoignage de la production du festival de Göttingen, dont McGegan fut le directeur artistique pendant plus de vingt ans, publié à l’intention des membres de la Société Händel de Göttingen. L’orchestre californien offre des couleurs chatoyantes et un accompagnement précis, mais les tempos sont souvent lents et uniformes. La distribution est inégale : Annette Markert, Rosmira la plus convaincante du plateau, et le ténor vigoureux de John McVeigh dominent, tandis que Meredith Hall et les deux contre-ténors connaissent des problèmes de justesse et de tension. Un document de festival, plus qu’une version de référence.

Christian Curnyn — 2004

Format : 3 CD (studio).
Label : Chandos (collection Chaconne).
Référence : CHAN 0719(3).
Année d’enregistrement : 15-19 novembre 2004, All Saints’ Church, East Finchley, Londres (publication 2005).
Distribution :

  • Partenope : Rosemary Joshua, soprano
  • Rosmira : Hilary Summers, contralto
  • Arsace : Lawrence Zazzo, contre-ténor
  • Armindo : Stephen Wallace, contre-ténor
  • Emilio : Kurt Streit, ténor
  • Ormonte : Andrew Foster-Williams, baryton-basse

Direction : Christian Curnyn.
Orchestre : Early Opera Company.
Langue : italien.

Particularité :

Réalisée d’après l’édition de Clifford Bartlett, cette version intégrale de la partition de 1730 est la première à rendre pleinement justice au caractère de comédie de l’ouvrage. Christian Curnyn et son Early Opera Company, alors jeune ensemble britannique, y déploient vivacité, souplesse et esprit dans les récitatifs. Rosemary Joshua, qui chantera le rôle dans la production de l’ENO en 2008, campe une reine séduisante et capricieuse ; Lawrence Zazzo fait d’Arsace un personnage attachant et Hilary Summers donne à Rosmira une profondeur de contralto singulière. Longtemps considérée comme la version de référence de l’opéra.

Lars Ulrik Mortensen — 2008

Format : 2 DVD (vidéo, live).
Label : Decca.
Référence : 074 3348.
Année d’enregistrement : octobre 2008, Opéra royal danois (Det Kongelige Teater), Copenhague (publication 2009).
Distribution :

  • Partenope : Inger Dam-Jensen, soprano
  • Arsace : Andreas Scholl, contre-ténor
  • Armindo : Christophe Dumaux, contre-ténor
  • Rosmira : Tuva Semmingsen, mezzo-soprano
  • Emilio : Bo Kristian Jensen, ténor
  • Ormonte : Palle Knudsen, baryton

Direction : Lars Ulrik Mortensen.
Orchestre : Concerto Copenhagen.
Langue : italien.

Particularité :

Seule version filmée de la discographie, captée dans la mise en scène de Francisco Negrin (décors et costumes de Louis Désiré), qui transpose l’intrigue en costumes modernes et accentue le versant de farce sentimentale jusqu’au duel final où l’on découvre qu’un homme est une femme. Andreas Scholl, star du plateau, prête à Arsace la pureté de son timbre, entouré d’Inger Dam-Jensen, reine sensuelle et coquette, de la Rosmira pleine de tempérament de Tuva Semmingsen et du jeune Christophe Dumaux en Armindo. Lars Ulrik Mortensen dirige Concerto Copenhagen avec nervosité et théâtralité. Le coffret inclut un documentaire sur les répétitions présenté par Andreas Scholl.

Riccardo Minasi — 2015

Format : 3 CD (studio).
Label : Erato.
Référence : 2564 60900 7.
Année d’enregistrement : 16-28 février 2015, Lonigo (Vénétie, Italie).
Distribution :

  • Partenope : Karina Gauvin, soprano
  • Arsace : Philippe Jaroussky, contre-ténor
  • Armindo : Emőke Baráth, soprano
  • Emilio : John Mark Ainsley, ténor
  • Rosmira : Teresa Iervolino, mezzo-soprano
  • Ormonte : Luca Tittoto, basse

Direction : Riccardo Minasi.
Orchestre : Il Pomo d’Oro.
Langue : italien.

Particularité :

Version intégrale de 1730 sans aucune coupure dans les récitatifs, enrichie de quelques variantes : la sinfonia de trompettes de la reprise de décembre 1730 avant le duel, deux airs d’Armindo dans les transpositions aiguës de 1737 pour le castrat Conti — d’où le choix d’une soprano, Emőke Baráth —, l’air « Bramo restar, ma no » ajouté en 1737, et en appendice le finale alternatif avec « Seguaci di Cupido ». Karina Gauvin incarne une souveraine éloquente, à la fois digne et passionnée ; Philippe Jaroussky, idéal dans la vulnérabilité d’Arsace, bouleverse dans « Ch’io parta ? » ; Teresa Iervolino offre une Rosmira nuancée aux superbes couleurs. Riccardo Minasi dirige Il Pomo d’Oro avec une passion raffinée et un sens aigu du théâtre.

Postérité :

Absente des scènes pendant plus de deux siècles après la reprise de 1737, Partenope n’y reparaît que dans les années 1960, puis bénéficie à partir de la fin du XXe siècle de la redécouverte des opéras de Händel. Sa singularité — une comédie ironique et tendre au milieu d’un corpus dominé par l’opera seria, la première depuis Agrippina — en fait aujourd’hui l’un de ses ouvrages les plus appréciés, annonçant les deux autres livrets de Stampiglia qu’il mettra en musique, Serse et Imeneo. Les productions se sont multipliées : Göttingen (2001), Copenhague (2008), l’English National Opera dans la mise en scène surréaliste de Christopher Alden (2008, reprise en 2025), le New York City Opera (2010). La richesse de ses airs brefs et variés, le nombre inhabituel de ses ensembles — quintette guerrier, duo d’affrontement, quatuor — et la finesse de sa peinture des sentiments amoureux lui valent d’être considérée comme l’un des sommets de la production lyrique de Händel.

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