Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 26).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : vraisemblablement Giacomo Rossi, d’après Adelaide d’Antonio Salvi (1722).
- Langue : italien.
Création :
2 décembre 1729, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Lotario est le premier opéra de la « seconde Académie », l’entreprise que Händel relance avec l’impresario John Jacob Heidegger après la faillite de la Royal Academy of Music en 1728. Rentré d’un voyage en Italie où il a recruté une troupe presque entièrement renouvelée, le compositeur doit faire oublier Senesino, Cuzzoni et Faustina : la distribution réunit le castrat Antonio Bernacchi (Lotario), la soprano Anna Strada del Pò (Adelaide), la contralto Antonia Margherita Merighi (Matilde), le ténor Annibale Pio Fabri (Berengario), Francesca Bertolli dans le rôle travesti d’Idelberto et la basse hambourgeoise Johann Gottfried Riemschneider (Clodomiro). Le public londonien, encore sous le charme du Beggar’s Opera, se montre réservé : Mary Pendarves juge l’œuvre « trop bonne pour le goût vil de la ville », tandis que Paolo Rolli, hostile à Händel, se moque de la nouvelle troupe. L’opéra ne connaît que dix représentations durant la saison 1729-1730 et ne sera jamais repris du vivant du compositeur.
Livret :
Le texte adapte l’Adelaide d’Antonio Salvi, mise en musique d’abord par Pietro Torri à Munich en 1722, puis par Giuseppe Maria Orlandini (Gênes, 1726). C’est la version vénitienne d’Orlandini, que Händel avait entendue au carnaval de 1729, qui sert de modèle ; l’adaptateur serait Giacomo Rossi, le librettiste de Rinaldo, selon une lettre de Rolli de septembre 1729. L’intrigue s’inspire de la lutte pour la couronne d’Italie entre Otton Ier de Germanie et Bérenger d’Ivrée, et du mariage d’Otton avec Adélaïde de Bourgogne en 951. Le héros « Ottone » de Salvi devient « Lotario » pour éviter la confusion avec l’Ottone (1723) de Händel. Le remaniement abrège les récitatifs et étoffe considérablement le rôle de Matilde, épouse ambitieuse de Berengario, ce qui équilibre le conflit entre bons et méchants jusqu’à la fin de l’œuvre.
Intrigue :
- Acte I : Berengario, duc de Spolète, qui a fait empoisonner Lotario, roi d’Italie, assiège Pavie où s’est réfugiée la veuve Adelaide. Apprenant que le roi de Germanie Lotario approche avec une armée, il veut prendre la ville au plus vite et offrir à Adelaide la paix et le trône à condition qu’elle épouse son fils Idelberto ; son épouse Matilde pousse Idelberto à déclarer son amour, mais celui-ci préférerait mourir pour Adelaide. Dans la salle du trône, Adelaide jure de venger son époux ; un guerrier se révèle être Lotario et lui demande son amour en récompense de son aide. La ville tombe : Adelaide, captive, refuse Idelberto comme un « don » de Berengario, et sa confiance tranquille éclate dans « Scherza in mar la navicella », tandis que Clodomiro annonce que Lotario campe déjà sur les rives du Tessin.
- Acte II : Lotario défait l’armée de Berengario et le fait prisonnier. Dans sa prison, Adelaide reçoit de Matilde un poignard et une coupe de poison — ou le sceptre et la couronne si elle épouse Idelberto ; elle choisit la mort, mais Idelberto s’interpose, prêt à mourir avec elle, et Matilde arrache les deux armes. Lotario assiège Pavie et offre son pardon à Matilde si elle rend le trône ; celle-ci menace de tuer Adelaide, jusqu’à ce que Lotario fasse amener Berengario captif. Idelberto se livre en otage à Lotario pour protéger Adelaide de sa mère, et Lotario exige de Berengario qu’il obtienne la reddition de la ville et d’Adelaide, sous peine de voir exécuter son fils.
- Acte III : Berengario, pris de remords, propose à Adelaide de faire la paix en épousant Lotario ; Matilde reste inflexible. Lors de l’assaut, Adelaide est exposée sur la brèche ; Lotario envoie Berengario et Idelberto à la rencontre des défenseurs, chacun prêt à se sacrifier pour l’autre, et Idelberto parvient à ramener Adelaide. Les habitants de Pavie se rendent à Lotario. Matilde, qui voulait encore tuer sa rivale, apprend qu’Idelberto l’a libérée de ses chaînes ; elle se laisse enchaîner à son tour. Adelaide consent à épouser Lotario, pardonne à Berengario et Matilde à la prière d’Idelberto, qu’elle fait régner à la place de son père ; les vaincus célèbrent la magnanimité des vainqueurs.
Enregistrements :

Alan Curtis — 2004
Format : 2 CD (studio).
Label : Deutsche Harmonia Mundi (BMG).
Référence : 82876 58797 2.
Année d’enregistrement : 22-28 juin 2004, Chiesa dell’Annunziata, Ravello (Salerne, Italie).
Distribution :
- Lotario : Sara Mingardo, contralto
- Adelaide : Simone Kermes, soprano
- Matilde : Sonia Prina, contralto
- Berengario : Steve Davislim, ténor
- Idelberto : Hilary Summers, contralto
- Clodomiro : Vito Priante, basse
Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement intégral de l’opéra, réalisé après des représentations au festival de Ravello. Trois contraltos (Mingardo, Prina, Summers) donnent à l’ensemble une couleur sombre et singulière, face à l’Adelaide brillante et virtuose de Simone Kermes. Curtis, avec une vingtaine de musiciens, adopte des tempos justes et un style exemplaire. Seul regret souligné par la critique : pour tenir sur deux disques, les récitatifs ont été raccourcis et six arias da capo réduites à leur première section.

Laurence Cummings — 2017
Format : 3 CD (live).
Label : Accent (coproduction NDR Kultur).
Référence : ACC 26408.
Année d’enregistrement : 19 mai 2017, Deutsches Theater, Göttingen (Internationale Händel-Festspiele Göttingen).
Distribution :
- Lotario : Sophie Rennert, mezzo-soprano
- Adelaide : Marie Lys, soprano
- Matilde : Ursula Hesse von den Steinen, mezzo-soprano
- Berengario : Jorge Navarro Colorado, ténor
- Idelberto : Jud Perry, contre-ténor
- Clodomiro : Todd Boyce, baryton
Direction : Laurence Cummings (et clavecin).
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen.
Langue : italien.
Particularité :
Captation d’une représentation scénique du festival de Göttingen (mise en scène de Carlos Wagner, coproduction avec le Konzert Theater Bern), donnée cette fois sans coupures d’après l’édition de la Hallische Händel-Ausgabe. Laurence Cummings mène une lecture théâtrale et nerveuse, attentive aux audaces harmoniques de la partition. Marie Lys domine la distribution par la fermeté et l’éclat de son Adelaide ; Jorge Navarro Colorado campe un Berengario d’une grande solidité et Sophie Rennert prête au héros un timbre chaleureux. Une version qui démontre que l’œuvre fonctionne pleinement au théâtre.

Attilio Cremonesi — 2025
Format : 2 CD (live).
Label : Naxos.
Référence : 8.660570-71.
Année d’enregistrement : juin 2023, Händel-Festspiele de Halle (publication en janvier 2025).
Distribution :
- Lotario : Carlo Vistoli, contre-ténor
- Adelaide : Francesca Lombardi Mazzulli, soprano
- Matilde : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
- Berengario : Krystian Adam, ténor
- Idelberto : Rafał Tomkiewicz, contre-ténor
- Clodomiro : Ki-Hyun Park, basse
Direction : Attilio Cremonesi.
Orchestre : Händelfestspielorchester Halle.
Langue : italien.
Particularité :
Enregistrée en public dans la ville natale du compositeur, cette version est la première au disque à confier le rôle-titre à un contre-ténor, retrouvant ainsi la tessiture du castrat Bernacchi. Carlo Vistoli y allie aisance, sensualité du timbre et sûreté technique ; Anna Bonitatibus, lauréate du prix Händel de la ville de Halle la même année, fait de Matilde une figure incisive aux vocalises éblouissantes. Francesca Lombardi Mazzulli offre une Adelaide intense et agile, parfois un peu appuyée. Cremonesi, à la tête de l’orchestre du festival sur instruments d’époque, soigne le relief dramatique et la virtuosité.
Postérité :
Échec relatif à sa création, Lotario est resté pendant plus de deux siècles l’un des opéras les plus oubliés de Händel, éclipsé par Partenope qui lui succède en février 1730. La partition est pourtant riche : écriture contrapuntique soignée, arias mélodiquement somptueuses — Charles Burney admirait « Scherza in mar la navicella » —, deux chœurs développés et un long duo d’amour, avant-dernier numéro, compté parmi les plus beaux du compositeur. La renaissance baroque lui a rendu justice au XXIe siècle : après l’enregistrement pionnier d’Alan Curtis, les productions scéniques de Göttingen (2017) et de Halle (2023) ont montré qu’il s’agit d’un véritable opéra de théâtre, précurseur des ouvrages plus riches en ensembles de la dernière période italienne de Händel.

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