Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Poro, re dell’Indie (1731)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes (HWV 28).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme d’Alessandro nell’Indie de Pietro Metastasio (1729).
  • Langue : italien.

Création :

2 février 1731, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Troisième opéra nouveau de la « seconde Académie » menée avec John Jacob Heidegger, Poro marque le retour triomphal du castrat Senesino, rappelé d’Italie à l’automne 1730 après le départ de Bernacchi. Il tient le rôle-titre face à Anna Strada del Pò (Cleofide, soprano), Antonia Merighi (Erissena, contralto), Francesca Bertolli (Gandarte, contralto travesti), le ténor Annibale Pio Fabri (Alessandro) et la basse Giovanni Giuseppe Commano (Timagene). Après les accueils mitigés de Lotario et de Partenope, c’est enfin un succès : seize représentations au printemps 1731, chiffre remarquable pour l’époque. Händel reprend l’ouvrage dès le 23 décembre 1731, puis en décembre 1736 dans une version remaniée ; l’opéra est également donné en allemand à Hambourg et à Brunswick au XVIIIe siècle.

Livret :

Le texte est tiré d’Alessandro nell’Indie, l’un des drames les plus célèbres de Pietro Metastasio, créé à Rome en 1729 avec la musique de Leonardo Vinci et mis en musique plus de soixante fois au cours du XVIIIe siècle. C’est le premier livret de Métastase que Händel met en musique. L’adaptateur londonien, resté anonyme, abrège considérablement les récitatifs et remplace plusieurs airs, selon l’usage imposé par un public qui ne comprenait pas l’italien. L’action s’inspire de la campagne indienne d’Alexandre le Grand et de sa victoire sur le roi Porus au bord de l’Hydaspe (326 av. J.-C.) ; mais au cœur du drame se trouve la jalousie maladive de Poro envers sa bien-aimée Cleofide, courtisée par le conquérant, et la magnanimité d’Alexandre, figure du souverain éclairé chère à Métastase.

Intrigue :

  • Acte I : Vaincu par Alessandro, Poro, roi d’une partie de l’Inde, veut se donner la mort ; son général Gandarte l’en dissuade en lui rappelant son amour pour Cleofide, reine d’une autre partie de l’Inde. Les deux hommes échangent leurs identités : Gandarte prend les insignes royaux, tandis que Poro se fait passer pour un guerrier nommé Asbite. Erissena, sœur de Poro et fiancée de Gandarte, faite prisonnière, éveille l’intérêt d’Alessandro et de son confident Timagene. Poro, témoin des égards du conquérant pour Cleofide, soupçonne celle-ci de le trahir ; les amants se querellent.
  • Acte II : Cleofide reçoit Alessandro, tandis que Poro, rongé par la jalousie, lance contre les Grecs une attaque désespérée qui échoue ; il est fait prisonnier. Timagene, ennemi secret d’Alessandro, le libère et lui propose de s’allier contre le conquérant. Gandarte, toujours sous le nom de Poro, offre sa vie pour sauver Cleofide, dont Alessandro exige d’abord la mort en représailles, puis révèle sa véritable identité ; ému par tant de loyauté, le Grec pardonne. On annonce alors que Poro s’est jeté dans le fleuve : Cleofide, désespérée, le croit mort.
  • Acte III : Poro, bien vivant, retrouve sa sœur stupéfaite et prépare, avec l’aide de Timagene, l’assassinat d’Alessandro. Cleofide, qui se croit veuve, accepte d’épouser le conquérant, mais projette en secret de se jeter sur le bûcher selon la coutume indienne. Le complot échoue, Timagene étant démasqué. Au temple, au moment où Cleofide s’apprête à mourir, Poro se révèle ; Alessandro, touché par la fidélité des deux amants, leur rend leurs royaumes, les unit et demande l’amitié de Poro, tandis qu’Erissena épouse Gandarte.

Enregistrements :

Horst-Tanu Margraf — 1958

Format : 3 LP mono (1958), réédité en 3 CD (1998).
Label : Eterna (VEB Deutsche Schallplatten) ; réédition Berlin Classics.
Référence : Eterna 820 048-50 (LP) ; Berlin Classics 0093742BC (CD).
Année d’enregistrement : studio, Halle, publié en 1958 (certaines discographies datent la séance de 1956).
Distribution :

  • Poro : Günther Leib, baryton
  • Cleofide : Philine Fischer, soprano
  • Erissena : Margarete Herzberg, mezzo-soprano
  • Gandarte : Hellmuth Kaphahn, basse
  • Alessandro : Werner Enders, ténor
  • Timagene : Franz Stumpf, basse

Direction : Horst-Tanu Margraf.
Orchestre : Händel-Festspielorchester Halle (clavecin : Kurt Scharmacher).
Langue : allemand (adaptation de Heinz Rückert, sous le titre Poros).

Particularité :

Premier enregistrement de l’œuvre, issu de la tradition des Händel-Festspiele de Halle en RDA, dont Margraf fut l’une des figures majeures. Chanté en allemand dans l’adaptation de Heinz Rückert, il reflète la pratique de l’époque : les rôles de castrats sont transposés à l’octave inférieure — Poro confié au baryton Günther Leib, Gandarte à une basse — et la partition est interprétée par un orchestre moderne. Document historique précieux sur la renaissance des opéras de Händel au XXe siècle, bien éloigné cependant de l’esthétique baroque actuelle.

Fabio Biondi — 1994

Format : 3 CD (studio).
Label : Opus 111.
Référence : OPS 30-113/115.
Année d’enregistrement : avril 1994, Villa Medici, Briosco (Milan, Italie).
Distribution :

  • Poro : Gloria Banditelli, mezzo-soprano
  • Cleofide : Rossana Bertini, soprano
  • Erissena : Bernarda Fink, mezzo-soprano
  • Gandarte : Gérard Lesne, contre-ténor
  • Alessandro : Sandro Naglia, ténor
  • Timagene : Roberto Abbondanza, baryton-basse

Direction : Fabio Biondi.
Orchestre : Europa Galante.
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement en italien et sur instruments d’époque, réalisé avec le soutien du Printemps des Arts de Monte-Carlo. La direction vive et stylée de Fabio Biondi fait pétiller la partition, portée par le jeu brillant d’Europa Galante. Gloria Banditelli s’impose comme l’un des plus beaux « castrats de substitution » de sa génération dans le rôle-titre, et son duo avec la Cleofide de Rossana Bertini, « Caro amico », est un sommet ; Bernarda Fink est une Erissena charmante et Gérard Lesne un Gandarte raffiné. Seul l’Alessandro un peu frêle de Sandro Naglia dépare une distribution par ailleurs remarquable. Longtemps la seule version moderne de référence.

Konrad Junghänel — 2006

Format : 3 CD (live, édition non commerciale).
Label : Göttinger Händel-Gesellschaft / NDR Kultur (réservé aux membres).
Référence : hors commerce.
Année d’enregistrement : 2006, 86e Internationale Händel-Festspiele Göttingen (captation NDR des représentations scéniques).
Distribution :

  • Poro : William Towers, contre-ténor
  • Cleofide : Jutta Böhnert, soprano
  • Erissena : Franziska Gottwald, contralto
  • Gandarte : Andrew Radley, contre-ténor
  • Alessandro : Thomas Piffka, ténor
  • Timagene : Torben Jürgens, basse

Direction : Konrad Junghänel.
Orchestre : Akademie für Alte Musik Berlin.
Langue : italien.

Particularité :

Témoignage de la production scénique du festival de Göttingen 2006, publié hors commerce pour les membres de la Société Händel de Göttingen. C’est la première version à confier les deux rôles de castrats, Poro et Gandarte, à des contre-ténors, rétablissant l’équilibre vocal voulu par Händel entre voix aiguës masculines et féminines. Konrad Junghänel, spécialiste du répertoire baroque, dirige avec énergie l’Akademie für Alte Musik Berlin, l’un des meilleurs ensembles allemands sur instruments d’époque ; la vitalité du théâtre compense les petites imperfections inhérentes au direct.

Marco Angioloni — 2024

Format : 3 CD (studio).
Label : Château de Versailles Spectacles.
Référence : CVS123.
Année d’enregistrement : mars 2023, Salle des Croisades, château de Versailles, en lien avec le concert du 25 mars 2023 à l’Opéra royal (publication en mars 2024).
Distribution :

  • Poro : Christopher Lowrey, contre-ténor
  • Cleofide : Lucía Martín-Cartón, soprano
  • Erissena : Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
  • Gandarte : Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor
  • Alessandro : Marco Angioloni, ténor
  • Timagene : Alessandro Ravasio, basse

Direction : Marco Angioloni (ténor et direction).
Orchestre : Il Groviglio.
Langue : italien.

Particularité :

Singularité de cette version : le ténor Marco Angioloni y dirige son ensemble Il Groviglio tout en chantant Alessandro, rôle qu’il marque d’élégance et d’aisance virtuose ; il varie parfois l’instrumentation indiquée par Händel, avec bonheur. Christopher Lowrey fait de Poro un anti-héros volatil et tourmenté, avec une coloratura précise et une grande intensité dramatique ; Lucía Martín-Cartón offre une Cleofide élégante et droite, et Giuseppina Bridelli une Erissena pleine de fraîcheur. Si certains critiques regrettent une direction moins imaginative que celle de Biondi, l’exécution, impeccable et nuancée, fait de ce coffret une excellente porte d’entrée dans l’œuvre.

Postérité :

Après les reprises de 1731 et 1736 et quelques productions allemandes au XVIIIe siècle, Poro disparaît des scènes pendant près de deux siècles. Il fait partie des premiers opéras de Händel redécouverts au XXe siècle : recréé à Brunswick en 1928, il est ensuite défendu en RDA par les Händel-Festspiele de Halle, d’où provient le premier enregistrement ; la Grande-Bretagne ne le réentend qu’en 1966, à Abingdon. La renaissance baroque lui a valu de nouvelles productions — Göttingen (2006), London Handel Festival (2007), Komische Oper de Berlin (2019) — et la reconnaissance d’une partition riche en airs brillants, portée par un rôle-titre d’une rare complexité psychologique : un héros jaloux et tourmenté, loin des souverains exemplaires de l’opera seria, qui fait de Poro l’une des plus belles réussites de Händel sur un livret de Métastase.

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