Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Deidamia (1741)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes (HWV 42).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : Paolo Antonio Rolli, livret original inspiré d’Achille in Sciro de Métastase (1736).
  • Langue : italien.

Création :

10 janvier 1741, théâtre de Lincoln’s Inn Fields, Londres.
Composée entre le 27 octobre et le 20 novembre 1740, Deidamia est le dernier opéra italien de Händel. Elle clôt une saison chaotique où le compositeur, qui venait de triompher avec ses oratorios anglais (Saul, Israel in Egypt, L’Allegro), tentait une dernière fois de relancer l’opéra italien. La distribution réunit Élisabeth Duparc dite « la Francesina » (Deidamia), Miss Edwards (Achille), la soprano Maria Monza (Nerea), le castrat Giovanni Battista Andreoni (Ulisse), la basse Henry Reinhold (Licomede) et William Savage (Fenice). L’ouvrage n’est donné que trois fois (10, 17 janvier et 10 février 1741), victime peut-être d’une cabale ; découragé, Händel abandonne définitivement l’opéra et compose quelques mois plus tard Messiah.

Livret :

Le livret est l’œuvre de Paolo Antonio Rolli, ancien secrétaire italien de la Royal Academy of Music et longtemps adversaire de Händel, qui avait fourni les textes de Floridante, Scipione, Alessandro, Riccardo primo et Partenope. Inspiré de l’Achille in Sciro de Métastase (Vienne, 1736), il traite de l’épisode mythologique d’Achille caché sous des vêtements de femme à la cour du roi Lycomède, sur l’île de Scyros, pour échapper à la prophétie qui le voue à mourir devant Troie. Rolli en tire une comédie ironique et désenchantée, où l’héroïque et le galant se mêlent à la mélancolie, jusqu’au chœur final qui invite à saisir les plaisirs fugitifs.

Intrigue :

  • Acte I : Pour éviter la mort promise par l’oracle, Achille a été déguisé en jeune fille sous le nom de Pirra et confié au roi Licomede, à Scyros ; il est devenu l’amant de sa fille aînée Deidamia. Les ambassadeurs d’Agamemnon — Ulisse, déguisé sous le nom d’Antiloco, et Fenice — débarquent pour réclamer Achille, indispensable à la prise de Troie ; Licomede, fidèle à son ami Pélée, nie sa présence mais les autorise à le chercher. Deidamia reproche à Achille d’aimer davantage la chasse qu’elle-même ; sa confidente Nerea l’avertit du danger.
  • Acte II : Ulisse courtise Deidamia pour gagner sa confiance, provoquant la jalousie d’Achille. Lors d’une chasse organisée par Licomede, la force et l’adresse de « Pirra » convainquent Ulisse qu’il s’agit d’Achille. Il feint de lui faire la cour, tandis que Fenice, de son côté, s’assure que la prétendue jeune fille est insensible à l’amour. Deidamia reproche à Achille de risquer leur bonheur par son imprudence.
  • Acte III : Fenice persuade Nerea de la sincérité de son amour. Ulisse et Fenice présentent aux dames de la cour un coffre de parures où ils ont caché un casque, un bouclier et une épée ; à l’appel des trompettes, Achille saisit instinctivement les armes et se trahit. Il accepte avec enthousiasme de partir pour Troie ; Deidamia, désespérée, maudit Ulisse, puis confie son amour à son père, qui le bénit. Ulisse apaise les amants en évoquant son propre départ, loin de Pénélope ; Fenice épouse Nerea, et le chœur final invite à profiter des plaisirs fugitifs.

Enregistrements :

Rudolph Palmer — 2000

Format : 3 CD (studio).
Label : Albany Records (Troy).
Référence : TROY 460.
Année d’enregistrement : 2000-2001, New York (publication 2002).
Distribution :

  • Deidamia : Julianne Baird, soprano
  • Ulisse : Brenda Harris, soprano
  • Nerea : Máire O’Brien, soprano
  • Achille : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
  • Fenice : Peter Castaldi, baryton-basse
  • Licomede : John Cheek, basse

Direction : Rudolph Palmer.
Orchestre : Brewer Chamber Orchestra (clavecin : Edward Brewer), Palmer Singers.
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement de l’œuvre, présenté comme tel sur la pochette, et ultime volet de la série händélienne de Rudolph Palmer et de son équipe américaine. Julianne Baird prête au rôle-titre la clarté et le style qui l’ont fait apprécier dans tout ce cycle, entourée de D’Anna Fortunato en Achille travesti et de la basse John Cheek en Licomede. Une lecture soignée, sur instruments d’époque, qui a eu le mérite de révéler la dernière partition lyrique de Händel.

Alan Curtis — 2002

Format : 3 CD (live).
Label : Virgin Classics (Veritas).
Référence : 5 45550 2.
Année d’enregistrement : 2002, Sienne, en collaboration avec l’Accademia Musicale Chigiana (publication 2003).
Distribution :

  • Deidamia : Simone Kermes, soprano
  • Ulisse : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
  • Nerea : Dominique Labelle, soprano
  • Achille : Anna Maria Panzarella, soprano
  • Fenice : Furio Zanasi, baryton
  • Licomede : Antonio Abete, basse

Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco, Coro del Complesso Barocco.
Langue : italien.

Particularité :

Réalisée en collaboration avec l’Accademia Musicale Chigiana de Sienne, cette version d’Alan Curtis, accompagnée d’une notice d’Anthony Hicks, restitue l’œuvre avec quelques choix d’édition assumés (versions originales plus simples de certains airs, appels de cors et de trompettes complétés pour la chasse et l’appel aux armes). Simone Kermes est une Deidamia ardente et virtuose, face à l’Achille fougueux d’Anna Maria Panzarella, à l’Ulisse élégant d’Anna Bonitatibus et à la Nerea brillante de Dominique Labelle ; Furio Zanasi et Antonio Abete complètent un plateau homogène. Curtis souligne avec finesse le mélange d’ironie et de mélancolie de la partition.

Postérité :

Oubliée après ses trois représentations, Deidamia marque la fin de trente années de production lyrique de Händel, qui se tourne dès lors exclusivement vers l’oratorio anglais. Redécouverte au XXe siècle dans le sillage de la renaissance händélienne, elle est aujourd’hui considérée comme l’un des opéras les plus fins et les plus personnels du compositeur : comédie douce-amère sur la guerre, l’amour et la fuite du temps, elle offre des airs d’une grande variété, comme le « Nel riposo e nel contento » de Licomede ou le « Come all’urto aggressor » d’Achille, et un dernier chœur empreint de mélancolie. Les productions scéniques récentes ont confirmé ses qualités théâtrales.

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