Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Imeneo (1740)

Format :

  • Operetta (dramma per musica) en trois actes (HWV 41), remaniée en sérénade pour Dublin en 1742.
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme d’Imeneo de Silvio Stampiglia (Naples, 1723, musique de Nicola Porpora).
  • Langue : italien.

Création :

22 novembre 1740, théâtre de Lincoln’s Inn Fields, Londres.
Commencé dès septembre 1738, puis laissé de côté et achevé seulement en octobre 1740, Imeneo est l’avant-dernier opéra de Händel, annoncé comme « une opérette appelée Hymen ». La distribution réunit la basse William Savage (Imeneo), le castrat Giovanni Battista Andreoni (Tirinto), Élisabeth Duparc dite « la Francesina » (Rosmene), Miss Edwards (Clomiri) et Henry Reinhold (Argenio). Malgré l’accueil favorable réservé à quelques airs, l’ouvrage n’est donné que deux fois (22 novembre et 13 décembre 1740). Händel, attaché à sa partition, l’emporte à Dublin où il la présente en concert les 24 et 31 mars 1742 comme « nouvelle sérénade », seule œuvre italienne offerte au public irlandais, en adaptant les rôles aux chanteurs locaux et en ajoutant un duo, « Vado e vivo ».

Livret :

Le texte provient de l’Imeneo de Silvio Stampiglia, écrit pour Naples et mis en musique par Porpora en 1723. L’adaptateur londonien, anonyme, réduit une intrigue déjà mince, presque dépourvue de ressorts dramatiques : une jeune Athénienne doit choisir entre l’homme qu’elle aime et celui qui l’a sauvée. Ce dilemme entre sentiment et devoir de gratitude, traité sur un ton de comédie douce-amère, se conclut de façon inhabituelle : l’héroïne renonce à l’amour et épouse son libérateur. Händel y adopte un style plus léger, proche du goût galant de Hasse ou de Galuppi, avec des airs brefs et mélodieux.

Intrigue :

  • Acte I : Dans l’Athènes antique, Tirinto pleure sa bien-aimée Rosmene, enlevée par des pirates avec d’autres jeunes filles alors qu’elles se rendaient aux fêtes de Cérès ; le sénateur Argenio, dont la fille Clomiri a subi le même sort, partage sa détresse. Imeneo annonce qu’il a délivré les captives et réclame en récompense la main de Rosmene. La jeune femme est déchirée entre sa fidélité à Tirinto et sa dette envers Imeneo ; aucun des deux hommes ne veut céder, Tirinto se fiant aux serments de Rosmene, Imeneo à l’appui du Sénat.
  • Acte II : Argenio annonce à Rosmene que le Sénat penche en faveur d’Imeneo. Clomiri, elle aussi libérée, avoue à Rosmene qu’elle aime Imeneo. Tirinto médite sur les souffrances de l’amour. Argenio réunit Rosmene et ses deux prétendants pour qu’elle choisisse son époux ; elle hésite encore entre amour et gratitude, pressée par les deux hommes.
  • Acte III : Imeneo et Tirinto menacent tour à tour de se donner la mort si elle ne les choisit pas. Rosmene feint la folie et invoque l’ombre du juge des Enfers Rhadamanthe : en transe, elle décrit sa descente aux Enfers, où l’épée du juge fend son cœur en deux, puis s’évanouit. Revenue à elle, elle repousse Tirinto et choisit Imeneo : le devoir l’emporte. Le chœur célèbre la primauté de la raison sur la passion.

Enregistrements :

Horst-Tanu Margraf — 1966

Format : LP (1967), réédité en CD (1996).
Label : Eterna (VEB Deutsche Schallplatten) ; réédition Berlin Classics.
Référence : Berlin Classics 0091102BC.
Année d’enregistrement : 1966 (℗ 1967).
Distribution :

  • Imeneo : Günther Leib, baryton
  • Tirinto : Hans-Joachim Rotzsch, ténor
  • Rosmene : Sylvia Geszty, soprano
  • Clomiri : Renate Krahmer, soprano
  • Argenio : Siegfried Vogel, basse

Direction : Horst-Tanu Margraf (clavecin : Robert Köbler).
Orchestre : Händel-Festspielorchester Halle, Rundfunkchor Leipzig (chef de chœur : Armin Oeser).
Langue : allemand (version des Händel-Festspiele de Halle de 1960, adaptation de Waldtraut Lewin).

Particularité :

Premier enregistrement de l’œuvre, issu de sa résurrection moderne aux Händel-Festspiele de Halle en 1960. Chanté en allemand dans l’adaptation de Waldtraut Lewin et fortement abrégé (55 minutes), il présente l’ouvrage comme une sérénade ; le rôle de castrat de Tirinto est confié au ténor Hans-Joachim Rotzsch. La brillante colorature Sylvia Geszty, Rosmene étincelante, et Günther Leib, pilier de la troupe de Halle, en sont les atouts. Un document de la tradition händélienne de RDA, sur orchestre moderne.

Rudolph Palmer — 1986

Format : 2 CD (studio).
Label : Vox Cum Laude ; réédition VoxBox.
Référence : VoxBox CDX 5135.
Année d’enregistrement : 1986, New York.
Distribution :

  • Imeneo : John Ostendorf, baryton-basse
  • Tirinto : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
  • Rosmene : Julianne Baird, soprano
  • Clomiri : Beverly Hoch, soprano
  • Argenio : Jan Opalach, baryton-basse

Direction : Rudolph Palmer.
Orchestre : Brewer Chamber Orchestra (sur instruments d’époque ; clavecin : Edward Brewer).
Langue : italien.

Particularité :

Présenté comme le premier enregistrement intégral en italien, sur instruments d’époque, ce coffret inaugure la collaboration de Rudolph Palmer avec l’équipe américaine qui gravera ensuite Berenice et Faramondo. Julianne Baird prête à Rosmene son soprano clair et stylé, notamment dans la grande scène de folie feinte du dernier acte, face au Tirinto de D’Anna Fortunato et à l’Imeneo de John Ostendorf, producteur de nombreux enregistrements händéliens. Une lecture honnête et soignée, à la valeur surtout documentaire.

Władysław Kłosiewicz — 1999

Format : 2 CD (studio).
Label : Pro Musica Camerata.
Référence : PMC 024.
Année d’enregistrement : 1999, Varsovie (℗ 1999).
Distribution :

  • Imeneo : Wojciech Gierlach, basse
  • Tirinto : Jacek Laszczkowski, sopraniste
  • Rosmene : Olga Pasiecznik, soprano
  • Clomiri : Marta Boberska, soprano
  • Argenio : Andrzej Klimczak, basse

Direction : Władysław Kłosiewicz.
Orchestre : Musicae Antiquae Collegium Varsoviense (ensemble sur instruments d’époque de l’Opéra de chambre de Varsovie), Chœur de chambre de l’Opéra de chambre de Varsovie (chef de chœur : Ryszard Zimak).
Langue : italien.

Particularité :

Enregistrement issu de la production scénique de l’Opéra de chambre de Varsovie, dont le directeur Stefan Sutkowski mena un vaste cycle Händel. Particularité rare : le rôle de castrat de Tirinto est confié au sopraniste Jacek Laszczkowski, dont la voix aiguë restitue la couleur originale ; Olga Pasiecznik, future grande soprano baroque polonaise, est une Rosmene sensible. Kłosiewicz dirige avec vivacité l’ensemble sur instruments d’époque de la maison.

Andreas Spering — 2002

Format : 2 CD (studio).
Label : cpo.
Référence : 999 915-2.
Année d’enregistrement : 2002 (publication 2004).
Distribution :

  • Imeneo : Kay Stiefermann, basse
  • Tirinto : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
  • Rosmene : Johanna Stojkovic, soprano
  • Clomiri : Siri Karoline Thornhill, soprano
  • Argenio : Locky Chung, basse

Direction : Andreas Spering.
Orchestre : Capella Augustina, VokalEnsemble Köln.
Langue : italien.

Particularité :

Première version réalisée d’après la nouvelle édition critique de la Hallische Händel-Ausgabe. Le niveau vocal est très élevé, dominé par la jeune Ann Hallenberg, qui fait de Tirinto un personnage ardent et délivre un « Sorge nell’alma mia » phénoménal de passion. La critique a toutefois reproché à Spering une direction trop pressée dans les ritournelles et les chœurs, plus littérale que lyrique, et l’ajout de flûtes à bec historiquement discutable.

Fabio Biondi — 2016

Format : 2 CD (studio).
Label : Glossa.
Référence : GCD 923405.
Année d’enregistrement : juin 2015, Georg-Friedrich-Händel-Halle, Halle (publication 2016).
Distribution :

  • Imeneo : Magnus Staveland, ténor
  • Tirinto : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
  • Rosmene : Monica Piccinini, soprano
  • Clomiri : Cristiana Arcari, soprano
  • Argenio : Fabrizio Beggi, basse

Direction : Fabio Biondi (violon et direction).
Orchestre : Europa Galante.
Langue : italien.

Particularité :

Enregistrement de la version donnée par Händel à Dublin en mars 1742 sous le titre de sérénade Hymen : rôles adaptés aux chanteurs irlandais (Imeneo confié à un ténor, Tirinto transposé plus bas), récitatifs abrégés et duo « Vado e vivo » composé pour l’occasion, les pages non retenues à Dublin étant données en complément. Ann Hallenberg, quatorze ans après Spering, retrouve Tirinto avec une maturité bouleversante ; Monica Piccinini est une Rosmene délicate. Biondi et Europa Galante, vifs et colorés, soulignent le caractère galant et mélancolique de l’ouvrage.

Postérité :

Échec à Londres, Imeneo, avec Deidamia qui le suit en 1741, marque la fin de la carrière lyrique de Händel, qui se consacre désormais à l’oratorio anglais. Oublié pendant plus de deux siècles, il est ressuscité aux Händel-Festspiele de Halle en 1960 et connaît depuis des reprises sporadiques, notamment en Angleterre et en Allemagne. Longtemps jugée mineure en raison de la faiblesse de son livret, la partition est aujourd’hui appréciée pour sa légèreté galante, ses airs brefs et raffinés et l’originalité de son dénouement, où le devoir triomphe de l’amour, ainsi que pour la saisissante scène de folie simulée de Rosmene. Les versions de Spering et de Biondi, qui présentent respectivement la version londonienne et la version de Dublin, permettent de mesurer les deux visages de l’œuvre.

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