Format :
- Opéra pastoral en trois actes (HWV 35).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme de La caccia in Etolia de Belisario Valeriani (1715).
- Langue : italien.
Création :
12 mai 1736, Covent Garden Theatre, Londres.
Atalanta est une œuvre de circonstance, composée pour célébrer le mariage de Frédéric, prince de Galles, fils aîné de George II, avec la princesse Augusta de Saxe-Gotha, célébré le 27 avril 1736. L’enjeu était aussi politique : le prince avait jusque-là soutenu l’Opera of the Nobility et son directeur musical Porpora, rivaux de Händel. Pour le rôle de Meleagro, Händel fait venir un jeune castrat de dix-neuf ans, Gioacchino Conti dit « Gizziello », à la tessiture exceptionnellement aiguë, pour qui il écrit le contre-ut, la note la plus haute qu’il ait jamais confiée à un castrat soprano. La distribution réunit aussi Anna Strada del Pò (Atalanta), la contralto Maria Caterina Negri (Irene), le ténor John Beard (Aminta), la basse Henry Reinhold (Nicandro) et Gustavus Waltz (Mercurio). Le spectacle, conclu par un feu d’artifice sur scène, séduit le prince et sa jeune épouse : huit représentations au printemps et une reprise en novembre 1736, qui valent à Händel le soutien durable de Frédéric.
Livret :
Le texte, dont l’adaptateur est resté anonyme, dérive de La caccia in Etolia de Belisario Valeriani. Dans la tradition de la pastorale — l’Arcadie de Virgile et du Pastor fido de Guarini, que Händel avait déjà mis en musique —, l’intrigue légère et sans tragédie repose sur des déguisements et des malentendus amoureux, destinés à refléter le bonheur promis aux jeunes mariés. Atalanta, princesse d’Arcadie passionnée de chasse, et Meleagro, roi d’Étolie, se font passer pour les bergers Amarilli et Tirsi ; en contrepoint évolue un second couple de bergers, Irene et Aminta. L’œuvre se termine par une licenza : Mercure descend des cieux pour apporter aux époux royaux la bénédiction de Jupiter.
Intrigue :
- Acte I : En Arcadie, la princesse Atalanta, qui refuse le mariage pour ne pas renoncer à la chasse, vit sous le nom de la bergère Amarilli ; Meleagro, roi d’Étolie, s’est lui aussi fait berger sous le nom de Tirsi. Les deux jeunes gens s’éprennent l’un de l’autre, mais chacun croit l’autre de condition modeste et donc indigne de lui. Le berger Aminta a obtenu de Nicandro la main de sa fille Irene, mais celle-ci, craignant qu’il ne convoite surtout sa dot, veut éprouver sa sincérité en feignant d’aimer Tirsi. Lors d’une chasse au sanglier, Atalanta repousse la protection de Meleagro tout en s’avouant qu’elle l’aime ; Aminta, désespéré par la froideur d’Irene, veut se jeter au-devant de la bête et doit être retenu.
- Acte II : Meleagro surprend Atalanta se lamentant sur un amour sans espoir ; tous deux, trop timides, n’osent parler clairement. Irene, pour rendre Aminta jaloux, déclare son amour à Meleagro, qui la charge seulement de remettre un ruban à Atalanta ; Aminta la surprend avec le ruban, qu’elle prétend tenir d’un admirateur. Atalanta confie à son tour à Aminta une flèche à remettre anonymement à Meleagro. Elle repousse encore Meleagro, qui devine pourtant la vérité et chante son espoir, tandis qu’Atalanta déplore d’avoir à feindre la froideur.
- Acte III : Irene remet le ruban à Atalanta, qui fait dire à Meleagro qu’Aminta lui apprendra tout ; mais Aminta, porteur de la flèche, prétend par dépit qu’elle vient d’Atalanta et qu’elle l’aime, lui. Meleagro, désespéré, s’endort ; Atalanta, qui a reconnu le ruban de Meleagro, veille sur son sommeil et, à son réveil, lui avoue son amour. Nicandro révèle alors la véritable identité des deux « bergers », et les amants royaux célèbrent leur bonheur dans un duo. Mercure descend enfin des nues pour bénir le couple, et le chœur conclut la fête au milieu des feux d’artifice.
Enregistrements :

Nicholas McGegan — 1985
Format : 3 LP / 3 CD (studio).
Label : Hungaroton.
Référence : HCD 12612-14-2 (CD) ; SLPD 12612-12614 (LP).
Année d’enregistrement : 1984-1985, Hongrie.
Distribution :
- Atalanta : Katalin Farkas, soprano
- Meleagro : Éva Bártfai-Barta, soprano
- Irene : Éva Lax, mezzo-soprano
- Aminta : János Bándi, ténor
- Nicandro : József Gregor, basse
- Mercurio : László Polgár, basse
Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Capella Savaria, Savaria Vocal Ensemble.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, réalisé à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Händel. C’est aussi l’un des premiers des nombreux opéras de Händel que Nicholas McGegan a enregistrés pour Hungaroton avec la Capella Savaria, l’un des premiers orchestres sur instruments d’époque d’Europe de l’Est. La distribution entièrement hongroise réunit de solides chanteurs, parmi lesquels la basse László Polgár en Mercurio, et Éva Bártfai-Barta relève les aigus vertigineux écrits pour Gizziello. Une lecture fraîche et vivante qui a longtemps été la seule version disponible de cette pastorale.

Nicholas McGegan — 2005
Format : 3 CD (live).
Label : Philharmonia Baroque Productions.
Référence : PBP-04.
Année d’enregistrement : 10-11 septembre 2005, First Congregational Church, Berkeley (Californie) (publication 2012).
Distribution :
- Atalanta : Dominique Labelle, soprano
- Meleagro : Susanne Rydén, soprano
- Irene : Cécile van de Sant, mezzo-soprano
- Aminta : Michael Slattery, ténor
- Nicandro : Philip Cutlip, baryton
- Mercurio : Corey McKern, baryton
Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Philharmonia Baroque Orchestra, Philharmonia Chorale (chef de chœur : Bruce Lamott).
Langue : italien.
Particularité :
Vingt ans après sa version pionnière, McGegan revient à Atalanta avec son propre orchestre californien, dans des concerts donnés à Berkeley et publiés par le label maison de l’ensemble. Il retrouve plusieurs fidèles de ses productions händéliennes à Göttingen : Dominique Labelle, Atalanta lumineuse et virtuose, Susanne Rydén, dont le soprano clair se joue de l’écriture aiguë de Meleagro, et Cécile van de Sant en Irene. Le ténor Michael Slattery apporte fraîcheur et charme à Aminta. Plus mûre et plus théâtrale que la version hongroise, cette lecture restitue pleinement le caractère festif et tendre de la pastorale.
Postérité :
Œuvre de circonstance, Atalanta ne fut plus jouée après les reprises de 1736 et resta longtemps l’un des opéras les plus méconnus de Händel, ignoré au profit des grands opera seria. Sa légèreté pastorale, sans méchant ni tragédie, et sa licenza finale liée à une fête princière ont longtemps rendu sa reprise délicate. La redécouverte des opéras de Händel au XXe siècle et les deux enregistrements de Nicholas McGegan ont pourtant révélé une partition d’une grande fraîcheur mélodique, portée par l’écriture brillante du rôle de Meleagro, deux grands duos d’amour, rares dans l’opéra italien de l’époque, et un finale festif avec chœur. On y trouve notamment le célèbre air de Meleagro « Care selve, ombre beate », l’une des pages les plus connues de Händel hors de la scène.

Laisser un commentaire