Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Arianna in Creta (1734)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes (HWV 32).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme (parfois attribuée à Francis Colman) de l’Arianna e Teseo de Pietro Pariati.
  • Langue : italien.

Création :

26 janvier 1734, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Achevé le 5 octobre 1733, Arianna in Creta est le premier opéra nouveau de Händel après la défection de Senesino et de presque toute sa troupe au profit de l’Opera of the Nobility, fondée par un groupe d’aristocrates hostiles au compositeur. Händel a reconstitué une compagnie autour du castrat Giovanni Carestini (Teseo), dont la voix d’alto, que Burney décrira comme la plus pleine et la plus profonde qu’on ait peut-être jamais entendue, l’oblige à remanier une partie de la partition déjà écrite. Il est entouré d’Anna Strada del Pò (Arianna), du castrat soprano Carlo Scalzi (Alceste), de la contralto Maria Caterina Negri (Carilda), de Margherita Durastanti (Tauride) et de la basse Gustavus Waltz (Minos). L’ouvrage répond directement à l’Arianna in Nasso de Porpora, créée un mois plus tôt par la troupe rivale. C’est un succès : seize représentations dans la saison, et une reprise à l’automne 1734 au nouveau théâtre de Covent Garden, enrichie de danses pour la troupe de Marie Sallé.

Livret :

Le texte est tiré d’Arianna e Teseo de Pietro Pariati, livret déjà mis en musique à plusieurs reprises en Italie, que l’adaptateur londonien abrège selon l’usage. Il reprend le mythe crétois de Thésée, venu d’Athènes pour mettre fin au tribut de sept jeunes gens et sept jeunes filles livrés chaque année au Minotaure, mais le transforme en intrigue amoureuse à deux couples : Teseo et Arianna d’une part, Alceste, ami de Teseo, et Carilda d’autre part, avec en contrepoint le farouche Tauride, champion crétois épris de Carilda. Le merveilleux y est présent — le labyrinthe, le fil d’Ariane, la ceinture enchantée de Tauride, la scène du Sommeil —, et l’œuvre se termine, fidèlement aux conventions, par un lieto fine : Arianna, ignorant sa propre origine, se révèle être la fille de Minos.

Intrigue :

  • Acte I : Les jeunes Athéniens destinés au Minotaure arrivent en Crète. Minos, roi de l’île, promet de mettre fin au tribut si un Athénien parvient à vaincre à la fois le monstre et son champion Tauride. Parmi les victimes se trouve Carilda, aimée à la fois de Tauride et d’Alceste, mais éprise en secret de Teseo. Teseo, arrivé en Crète pour affronter le Minotaure, aime Arianna, élevée à Athènes et présente parmi les otages ; lorsqu’il propose de prendre la place de Carilda, Arianna le croit infidèle et s’abandonne à la jalousie.
  • Acte II : Endormi, Teseo voit en songe le Sommeil et reçoit un présage de victoire ; il se résout à affronter le monstre. Arianna, malgré ses soupçons, apprend qu’il faut un fil pour sortir du labyrinthe et le moyen de vaincre la ceinture enchantée de Tauride, et les transmet à Teseo. Alceste tente de sauver Carilda du sacrifice, tandis que Tauride, jaloux, poursuit la jeune femme de ses assiduités. Les malentendus entre les amants se multiplient.
  • Acte III : Teseo pénètre dans le labyrinthe, tue le Minotaure et en ressort grâce au fil d’Arianna, puis triomphe de Tauride en combat. Minos reconnaît en Arianna sa propre fille, enlevée enfant et élevée à Athènes ; il met fin au tribut et bénit son union avec Teseo, tandis que Carilda, détrompée, accepte l’amour d’Alceste.

Enregistrements :

Nicholas McGegan — 1999

Format : 3 CD (live, édition non commerciale).
Label : Göttinger Händel-Gesellschaft / NDR (coproduction non commerciale, réservée aux membres).
Référence : hors commerce.
Année d’enregistrement : 27 mai – 1er juin 1999, 79e Göttinger Händel-Festspiele (représentations scéniques, captation NDR).
Distribution :

  • Arianna : Sophie Daneman, soprano
  • Teseo : Wilke te Brummelstroete, mezzo-soprano
  • Alceste : Christine Brandes, soprano
  • Carilda : Jennifer Lane, mezzo-soprano
  • Tauride : Cécile van de Sant, mezzo-soprano
  • Minos : Philip Cutlip, basse
  • Il Sonno : Tilmann Prautzsch, baryton

Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Philharmonia Baroque Orchestra, San Francisco (avec la New York Baroque Dance Company).
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement intégral de l’œuvre, issu de la production scénique du festival de Göttingen, dans une mise en scène baroque fastueuse (décors peints, costumes d’époque et danses de la New York Baroque Dance Company) qui restitue l’esthétique du théâtre händélien. Les deux rôles de castrats sont confiés à des voix féminines : la mezzo néerlandaise Wilke te Brummelstroete en Teseo et Christine Brandes en Alceste, aux côtés de l’Arianna de Sophie Daneman et de la Carilda de Jennifer Lane. McGegan, alors directeur artistique du festival, dirige son orchestre californien sur instruments d’époque. Diffusé hors commerce aux seuls membres de la Société Händel de Göttingen, ce témoignage reste peu connu.

George Petrou — 2005

Format : 3 CD (studio).
Label : MDG (Musikproduktion Dabringhaus und Grimm), collection « Scene ».
Référence : MDG 609 1375-2.
Année d’enregistrement : 2005 (publication 2006).
Distribution :

  • Arianna : Mata Katsuli, soprano
  • Teseo : Mary-Ellen Nesi, mezzo-soprano
  • Alceste : Theodora Baka, mezzo-soprano
  • Carilda : Irini Karaianni, mezzo-soprano
  • Tauride : Marita Paparizou, mezzo-soprano
  • Minos / Il Sonno : Petros Magoulas, basse

Direction : George Petrou.
Orchestre : Orchestra of Patras (sur instruments d’époque).
Langue : italien.

Particularité :

Seule version commerciale de l’opéra, elle est l’un des premiers jalons de la série d’enregistrements händéliens de George Petrou pour MDG, avec une distribution entièrement grecque. Petrou dirige avec intégrité et efficacité, s’appuyant sur un continuo sobre et encourageant ses chanteurs à des ornementations et cadences stylées. Aucun ne se laisse dépasser par les difficultés virtuoses, même si les sopranos trahissent parfois quelques tensions ; la critique salue particulièrement Mary-Ellen Nesi, qui relève avec brio le défi du rôle de Teseo écrit pour Carestini, et Marita Paparizou en Tauride. Une découverte précieuse d’un ouvrage longtemps négligé.

Postérité :

Malgré son succès de 1734, Arianna in Creta disparut ensuite des scènes et demeura longtemps l’un des opéras les moins connus de Händel. Il a été redécouvert à la fin du XXe siècle, avec la production du festival de Göttingen en 1999, puis l’enregistrement de George Petrou, avant d’être repris par le London Handel Festival (2014) et en version de concert au festival de Halle (2018). La partition vaut notamment par l’écriture grave et virtuose du rôle de Teseo, taillé pour Carestini — dont l’air « Nel pugnar col mostro infido », avec cors, est un morceau de bravoure —, par la scène du Sommeil et par la richesse de l’orchestration, qui témoignent de l’invention de Händel au moment même où il affrontait la concurrence de l’Opera of the Nobility.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *