Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 33).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme de Ginevra, principessa di Scozia d’Antonio Salvi (Pratolino, 1708), d’après les chants V et VI de l’Orlando furioso de l’Arioste.
- Langue : italien.
Création :
8 janvier 1735, Theatre Royal de Covent Garden, Londres.
Premier opéra écrit par Händel pour le nouveau théâtre de Covent Garden de John Rich, où il s’est installé après avoir perdu le King’s Theatre au profit de l’Opera of the Nobility, Ariodante bénéficie de la présence de la troupe de danse de Marie Sallé, pour laquelle Händel écrit de grands divertissements à la fin de chaque acte. Commencée le 12 août 1734 et achevée le 24 octobre, la partition est conçue pour le castrat Giovanni Carestini (Ariodante), Anna Strada del Pò (Ginevra), la contralto Maria Caterina Negri (Polinesso), Cecilia Young (Dalinda), le jeune ténor John Beard (Lurcanio) et la basse Gustavus Waltz (le Roi) ; Händel dut remanier les rôles de Lurcanio et de Dalinda au fil des distributions. La première eut lieu un soir de violente tempête, et l’accueil fut modeste : onze représentations, suivies de deux reprises seulement en 1736, où le castrat Gioacchino Conti remplaça la musique de Carestini par des airs d’autres compositeurs.
Livret :
Le livret d’Antonio Salvi, Ginevra, principessa di Scozia, avait été mis en musique par Giacomo Antonio Perti pour la villa médicéenne de Pratolino en 1708 ; Händel en connut sans doute aussi la version vénitienne de Pollarolo (Ariodante, 1716), dont il emprunta quelques idées musicales. L’adaptateur londonien raccourcit les récitatifs, mais conserve l’essentiel d’une intrigue tirée de l’épisode écossais de l’Orlando furioso : la calomnie de Polinesso, qui fait croire à la trahison de Ginevra grâce à la complicité inconsciente de sa suivante Dalinda déguisée en princesse. L’ouvrage, avec ses chœurs et ses ballets, rompt avec les conventions de l’opera seria et se distingue par l’intensité psychologique avec laquelle Händel peint le passage de la joie au désespoir, puis à la sérénité retrouvée.
Intrigue :
- Acte I : À Édimbourg, la princesse Ginevra, fille du roi d’Écosse, se prépare à retrouver Ariodante, prince vassal qu’elle aime et que son père approuve. Polinesso, duc d’Albany, ambitieux et perfide, lui déclare sa flamme et se voit repoussé avec mépris. Dalinda, dame d’honneur de Ginevra, lui avoue qu’elle l’aime ; il décide de se servir d’elle pour perdre Ariodante et s’emparer de la princesse et du trône. Le roi bénit l’union d’Ariodante et de Ginevra et désigne le prince comme son héritier. Polinesso convainc Dalinda de revêtir la nuit les habits de Ginevra pour l’accueillir dans ses appartements ; elle repousse Lurcanio, frère d’Ariodante, qui l’aime. Dans un vallon enchanté, les deux amants célèbrent leur bonheur au milieu des danses des nymphes et des bergers.
- Acte II : La nuit, Polinesso fait croire à Ariodante que Ginevra est sa maîtresse et lui propose d’en juger par lui-même ; caché, avec Lurcanio qui l’observe, Ariodante voit Dalinda, vêtue en Ginevra, ouvrir la porte à Polinesso. Désespéré, il veut se tuer ; Lurcanio le désarme. Au matin, Odoardo annonce qu’Ariodante s’est jeté à la mer (« Scherza infida » a exprimé la douleur du héros). Lurcanio accuse publiquement Ginevra d’impudicité ; le roi, déchiré, renie sa fille, qui sombre dans le délire et les cauchemars.
- Acte III : Ariodante, qui a survécu, apprend de Dalinda — que Polinesso a tenté de faire assassiner — la vérité sur la machination. Selon la loi, Ginevra est condamnée à mort si nul champion ne la défend ; Polinesso se présente hypocritement pour combattre Lurcanio et est mortellement blessé, confessant sa trahison avant de mourir. Un chevalier inconnu surgit alors : c’est Ariodante, qui révèle toute l’intrigue (« Dopo notte »). Dalinda obtient le pardon et accepte l’amour de Lurcanio ; Ginevra et Ariodante sont réunis dans l’allégresse générale.
Enregistrements :

Raymond Leppard — 1978
Format : 4 LP (1980), réédité en 3 CD (1994).
Label : Philips.
Référence : 6769 025 (LP) ; 442 096-2 (CD).
Année d’enregistrement : décembre 1978, Londres.
Distribution :
- Ariodante : Janet Baker, mezzo-soprano
- Ginevra : Edith Mathis, soprano
- Dalinda : Norma Burrowes, soprano
- Polinesso : James Bowman, contre-ténor
- Lurcanio : David Rendall, ténor
- Il Re di Scozia : Samuel Ramey, basse
- Odoardo : Alexander Oliver, ténor
Direction : Raymond Leppard.
Orchestre : English Chamber Orchestra, London Voices.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement intégral de l’œuvre, réalisé en studio sur instruments modernes. Janet Baker, au sommet de sa carrière, y livre un Ariodante d’anthologie, d’une noblesse et d’une intensité bouleversantes dans « Scherza infida » ; elle est entourée d’Edith Mathis, Ginevra sensible, du jeune Samuel Ramey, Roi à la voix somptueuse, et de James Bowman, Polinesso venimeux. La direction de Leppard, élégante et chaleureuse mais parfois un peu lourde et marquée par les coupures et le style de son temps, n’enlève rien à la valeur historique et vocale de ce document.

Nicholas McGegan — 1995
Format : 3 CD (studio).
Label : Harmonia Mundi USA.
Référence : HMU 907146.48.
Année d’enregistrement : 1995, à la suite de la production du festival de Göttingen (publication 1996).
Distribution :
- Ariodante : Lorraine Hunt, mezzo-soprano
- Ginevra : Juliana Gondek, soprano
- Dalinda : Lisa Saffer, soprano
- Polinesso : Jennifer Lane, mezzo-soprano
- Il Re di Scozia : Nicolas Cavallier, basse
- Lurcanio : Rufus Müller, ténor
- Odoardo : Jörn Lindemann, ténor
Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Freiburger Barockorchester, Wilhelmshavener Vokalensemble (chef de chœur : Ralf Popken).
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement sur instruments d’époque, issu de la production du festival de Göttingen de 1995. Il est dominé par l’Ariodante de Lorraine Hunt (plus tard Lorraine Hunt Lieberson), d’une présence dramatique et d’une vérité expressive rares, dont « Scherza infida » est devenu une référence. Juliana Gondek est une Ginevra touchante, Lisa Saffer une Dalinda fraîche, et le Freiburger Barockorchester apporte vitalité et couleurs à la direction théâtrale de McGegan.

Ivor Bolton — 1996
Format : DVD (vidéo, live).
Label : Arthaus Musik (BBC / RM Arts).
Référence : 100 054.
Année d’enregistrement : 1996, London Coliseum.
Distribution :
- Ariodante : Ann Murray, mezzo-soprano
- Ginevra : Joan Rodgers, soprano
- Il Re di Scozia : Gwynne Howell, basse
- Polinesso : Christopher Robson, contre-ténor
- Dalinda : Lesley Garrett, soprano
- Lurcanio : Paul Nilon, ténor
- Odoardo : Mark Le Brocq, ténor
Direction : Ivor Bolton.
Orchestre : English National Opera Orchestra and Chorus.
Langue : anglais.
Particularité :
Captation de la célèbre production de David Alden pour l’English National Opera (coproduction avec le Welsh National Opera), chorégraphiée par Michael Keegan-Dolan : une lecture sombre et expressionniste, qui fit date dans la redécouverte scénique des opéras de Händel. Chanté en anglais selon l’usage de l’ENO, le spectacle vaut par l’engagement d’Ann Murray, Ariodante d’une grande intensité, de Joan Rodgers en Ginevra et de Christopher Robson en Polinesso inquiétant. Ivor Bolton dirige avec énergie un orchestre moderne attentif au style.

Marc Minkowski — 1997
Format : 3 CD (live).
Label : Deutsche Grammophon (Archiv Produktion).
Référence : 457 271-2.
Année d’enregistrement : janvier 1997, Théâtre de Poissy.
Distribution :
- Ariodante : Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
- Ginevra : Lynne Dawson, soprano
- Dalinda : Verónica Cangemi, soprano
- Polinesso : Ewa Podleś, contralto
- Lurcanio : Richard Croft, ténor
- Il Re di Scozia : Denis Sedov, basse
- Odoardo : Luc Coadou, ténor
Direction : Marc Minkowski.
Orchestre : Les Musiciens du Louvre (et chœur).
Langue : italien.
Particularité :
Enregistrée lors de représentations au Théâtre de Poissy, cette version s’est imposée comme l’une des grandes références de l’œuvre. Minkowski y déploie son sens du théâtre, sa vivacité rythmique et ses contrastes saisissants. Anne Sofie von Otter est un Ariodante noble et raffiné, Lynne Dawson une Ginevra lumineuse, et Ewa Podleś, contralto aux graves impressionnants, fait de Polinesso un méchant d’une rare présence ; Richard Croft, Lurcanio virtuose, et la jeune Verónica Cangemi en Dalinda complètent une distribution de très haut niveau.

Ivor Bolton — 2000
Format : 3 CD (live).
Label : Farao Classics.
Référence : B 108030.
Année d’enregistrement : janvier 2000, Nationaltheater, Munich.
Distribution :
- Ariodante : Ann Murray, mezzo-soprano
- Ginevra : Joan Rodgers, soprano
- Dalinda : Julie Kaufmann, soprano
- Polinesso : Christopher Robson, contre-ténor
- Lurcanio : Paul Nilon, ténor
- Il Re di Scozia : Umberto Chiummo, basse
- Odoardo : James Anderson, ténor
Direction : Ivor Bolton.
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester, Chor der Bayerischen Staatsoper (chef de chœur : Eduard Asimont).
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la reprise munichoise de la production de David Alden, dans le cadre du grand cycle Händel de l’Opéra d’État de Bavière. Ivor Bolton y retrouve Ann Murray, Joan Rodgers, Christopher Robson et Paul Nilon, cette fois en italien et avec un orchestre acquis à une esthétique plus baroque. Ann Murray, qui a fait d’Ariodante l’un de ses grands rôles, y montre une maturité dramatique remarquable ; l’enregistrement témoigne de la vitalité de la renaissance händélienne sur les scènes lyriques allemandes.

Alan Curtis — 2010
Format : 3 CD (studio).
Label : Virgin Classics (réédition Erato).
Référence : 070 8442.
Année d’enregistrement : 3-11 janvier 2010, Villa San Fermo, Lonigo (Italie) (publication 2011).
Distribution :
- Ariodante : Joyce DiDonato, mezzo-soprano
- Ginevra : Karina Gauvin, soprano
- Dalinda : Sabina Puértolas, soprano
- Polinesso : Marie-Nicole Lemieux, contralto
- Lurcanio : Topi Lehtipuu, ténor
- Il Re di Scozia : Matthew Brook, basse
- Odoardo : Anicio Zorzi Giustiniani, ténor
Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.
Particularité :
Sixième enregistrement commercial de l’œuvre, réalisé d’après l’édition critique de Curtis, qui rétablit notamment l’air du Roi « Invida sorte », supprimé par Händel avant la création, et la scène des songes de Ginevra à la fin de l’acte II, remplacée en 1735 par des danses. Joyce DiDonato est un Ariodante d’une virtuosité flamboyante et d’une profonde émotion, face à la Ginevra lumineuse de Karina Gauvin et au Polinesso sombre et charnu de Marie-Nicole Lemieux. Curtis dirige avec élégance et sens du drame un ensemble homogène : une version de référence.
Postérité :
Accueilli modestement en 1735, Ariodante tomba ensuite dans l’oubli jusqu’au XXe siècle. Sa redécouverte fut progressive, mais c’est l’enregistrement de Janet Baker en 1978, puis les productions de Göttingen, de l’English National Opera et de Munich dans les années 1990, qui en font l’un des opéras de Händel les plus joués aujourd’hui. Les grands spécialistes — Winton Dean, Anthony Hicks, Donald Burrows — le comptent parmi ses chefs-d’œuvre : richesse des formes, chœurs et ballets intégrés au drame, peinture subtile du passage de la joie à la détresse puis à une sérénité plus profonde. Les airs d’Ariodante « Scherza infida » et « Dopo notte » sont devenus des pièces emblématiques du répertoire des mezzo-sopranos.

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