Note personnelle : ,

Graupner, Christoph — Antiochus & Stratonica (1708)

Format :

  • Opéra (musicalisches Schau-Spiel) en 3 actes.
  • Musique : Christoph Graupner
  • Livret : Barthold Feind
  • Langue : allemand (récitatifs) et italien (arias), avec entrées instrumentales à la française

Création :

1708, Hambourg, Oper am Gänsemarkt.
Graupner a alors vingt-cinq ans. Depuis 1705, il occupe le poste de claveciniste à l’Opéra de Hambourg, sous la direction de Reinhard Keiser — dont il est aussi, à l’occasion, le collaborateur compositeur. Entre 1707 et 1709, il livre à la scène du Gänsemarkt six opéras, parmi lesquels Dido, Königin von Carthago (1707), Bellerophon (1708) et cet Antiochus und Stratonica, avant de quitter Hambourg dès 1709 pour la cour de Hesse-Darmstadt, où il deviendra vice-maître de chapelle puis, en 1711, Hofkapellmeister jusqu’à sa mort.

Livret :

Barthold Feind (1678-1721), juriste et homme de lettres hambourgeois aussi célèbre que controversé en son temps, signe le livret sous le titre complet L’amore ammalato, oder Die kranckende Liebe, oder Antiochus und Stratonica. Il s’inspire d’un épisode antique bien connu, rapporté par les historiens grecs : le médecin Érasistrate perçant, par les battements du pouls du jeune prince Antiochus, le secret d’un amour interdit pour Stratonice, la nouvelle épouse de son père Séleucos Ier. Feind déploie cette anecdote en un opéra complet de trois actes, mêlant le pathétique amoureux vénitien aux divertissements à la française, et l’enrichit d’une intrigue secondaire de sortilège et de jalousie.

Intrigue :

  • Acte I : à la cour du roi Séleucos, le prince Antiochus dépérit, miné par une passion secrète et coupable pour Stratonica, la jeune épouse de son père. Nul à la cour ne comprend la cause de son mal.
  • Acte II : le médecin royal Érasistrate observe que le pouls du prince s’emballe à la seule vue de Stratonica, et découvre ainsi le ressort de sa maladie d’amour. Il en avertit Séleucos qui, pour sauver son fils, choisit de lui céder son épouse. En parallèle, la magicienne syrienne Mirtenia jette un sortilège sur le conseiller Démétrius, plongeant son épouse Ellenia dans le désarroi.
  • Acte III : les fils de l’intrigue se dénouent : le sacrifice de Séleucos permet l’union d’Antiochus et de Stratonica, tandis que le charme de Mirtenia sur Démétrius se dissipe et qu’Ellenia recouvre sa place ; le valet Negrodorus ponctue l’action de scènes bouffes.

Enregistrement(s) :

Paul O’Dette & Stephen Stubbs — 2020

Format : 3 CD
Label : cpo
Référence : 555 369-2
Année d’enregistrement : 23 janvier – 2 février 2020, Sendesaal Bremen (Allemagne).
Distribution :

  • Antiochus : Christian Immler, baryton
  • Stratonica : Hana Blažíková, soprano
  • Seleucus : Harry van der Kamp, basse
  • Mirtenia : Sunhae Im, soprano
  • Ellenia : Sherezade Panthaki, soprano
  • Demetrius : Aaron Sheehan, ténor
  • Hesychius & Ober-Priester : Jesse Blumberg, baryton
  • Negrodorus : Jan Kobow, ténor
  • Flavia : Karlina Hogrefe, soprano
  • Medor : Kim Kavanagh, soprano
  • Chœur (Capella Ansgarii) : Manja Stephan, soprano ; Nina Böhlke, alto ; Benjamin Kirchner, ténor ; Alexander Schuhmann, basse

Direction : Paul O’Dette & Stephen Stubbs
Orchestre : Boston Early Music Festival Orchestra, Robert Mealy (chef d’attaque)
Langue : allemand/italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, plus de trois siècles après sa création. Prévu initialement comme point d’orgue du Boston Early Music Festival 2009, le projet avait dû être ajourné en raison de la crise financière de 2008 ; il n’a pu être mené à terme qu’en janvier 2020, quelques semaines à peine avant que la pandémie de Covid-19 n’interrompe l’activité musicale. La critique (Gramophone, Forum Opéra, Early Music America) a salué une redécouverte majeure, soulignant l’invention mélodique et l’ampleur orchestrale de la partition ainsi que les prestations de Christian Immler et Hana Blažíková.

Postérité :

Après sa création en 1708, l’opéra n’a connu ni reprise ni publication pendant plus de trois siècles, à l’image d’une grande partie du répertoire lyrique hambourgeois du début du XVIIIe siècle, éclipsé ensuite par la vogue de l’opéra italien puis par l’oubli progressif de Graupner lui-même — resté surtout connu pour avoir décliné, en 1722-1723, le poste de Thomaskantor de Leipzig, finalement confié à Jean-Sébastien Bach. Le regain d’intérêt pour l’opéra baroque allemand et l’action du Boston Early Music Festival ont permis, avec cet enregistrement de 2020, la redécouverte de l’une des partitions les plus abouties de la période hambourgeoise du compositeur.

 

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