Format :
- Opera en langue italienne, en trois actes (dramma per musica).
- Musique : Carl Heinrich Graun.
- Livret : Frédéric II de Prusse (texte original en français), adapté en italien par Giovanni Pietro Tagliazucchi, d’après Cinna de Pierre Corneille.
- Langue : italien.
Création :
27 mars 1753, Hofoper unter den Linden, Berlin.
Silla est le troisième d’une série de trois livrets écrits par Frédéric II entre 1749 et 1754 consacrés à des figures politiques et militaires (les deux autres portant sur Coriolan et Montezuma), à travers lesquels le roi de Prusse exprime sa conception du pouvoir souverain. L’œuvre fut redécouverte en version scénique moderne lors des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik en août 2022, dans une mise en scène de Georg Quander dirigée par Alessandro De Marchi.
Livret :
Frédéric II s’inspire de la tragédie Cinna, ou la Clémence d’Auguste de Corneille pour dresser le portrait du dictateur romain Lucius Cornelius Silla (138-78 av. J.-C.), vainqueur de Mithridate à Chéronée puis maître absolu de Rome après l’élimination des partisans de Marius. Le livret, versifié en italien par Giovanni Pietro Tagliazucchi, illustre une conception du pouvoir selon laquelle la fin peut justifier les moyens en temps de crise, mais où le souverain doit ensuite savoir se maîtriser et renoncer à la tyrannie une fois sa mission accomplie.
Intrigue :
- Acte I : Au faîte de sa puissance, après avoir vaincu ses ennemis et mis fin à la guerre civile, le dictateur Silla désire épouser Ottavia. Mais celle-ci aime Postumio, noble romain dont la famille a été décimée par les proscriptions de Silla. Lorsque Postumio refuse le gouvernement d’une province que lui offre le dictateur, Silla s’emporte. Son affranchi Crisogono lui suggère d’enlever Ottavia de force, tandis que le sénateur Metello le presse au contraire de dominer sa passion.
- Acte II : Sur l’ordre de Silla, Crisogono fait enlever Ottavia, la plongeant dans la fureur. Postumio tente de la délivrer le poignard à la main, mais il est maîtrisé et emprisonné. Metello affronte alors Silla, dénonçant l’enlèvement comme un abus tyrannique et offrant sa propre poitrine à l’épée du dictateur plutôt que de se taire.
- Acte III : Touché par les reproches de Metello, Silla renonce à Ottavia et gracie Postumio, refusant de « compter parmi les tyrans méprisables ». Devant le peuple romain assemblé, il libère Postumio, lui restitue les biens confisqués à sa famille et bannit le funeste Crisogono. Il dépose enfin volontairement sa dictature entre les mains du Sénat et du peuple, rendant à Rome la paix et la liberté.
Enregistrement(s) :

Alessandro De Marchi — 2023
Format : Enregistrement public, 3 CD.
Label : cpo.
Référence : 555586-2.
Année d’enregistrement : 5, 7 et 9 août 2022, Tiroler Landestheater, Innsbruck (Innsbrucker Festwochen der Alten Musik) ; sortie le 2 juin 2023.
Distribution :
- Silla : Bejun Mehta, contre-ténor
- Ottavia : Eleonora Bellocci, soprano
- Fulvia : Roberta Invernizzi, soprano
- Postumio : Samuel Mariño, soprano (sopraniste)
- Lentulo : Hagen Matzeit, contre-ténor
- Metello : Valer Sabadus, contre-ténor
- Crisogono : Mert Süngü, ténor
Direction : Alessandro De Marchi.
Orchestre : Innsbrucker Festwochenorchester.
Chœur : Coro Maghini.
Langue : italien.
Particularité :
Ce disque capte la recréation scénique de Silla, restée inentendue depuis sa création berlinoise de 1753. Salué comme « une belle redécouverte » et « une réussite tant scénique que musicale », l’enregistrement met en valeur la direction raffinée d’Alessandro De Marchi ainsi que le timbre « velouté » de Bejun Mehta et la soprano « vibrante » d’Eleonora Bellocci. La partition, structurée en une ouverture et vingt-deux numéros, associe le lyrisme mélodique de l’école napolitaine à l’esthétique plus contenue de l’opéra de cour berlinois.
Postérité :
Silla occupe une place particulière dans la production lyrique de Graun en ce qu’il met en musique un livret directement écrit par son commanditaire, Frédéric II, préoccupé d’illustrer à travers la clémence finale du dictateur romain sa propre conception du pouvoir éclairé. Longtemps resté à l’état de curiosité historique, l’ouvrage a retrouvé la scène grâce aux Innsbrucker Festwochen der Alten Musik en 2022, dans le prolongement du travail de redécouverte du répertoire lyrique de Graun mené par ailleurs autour d’œuvres telles que Montezuma, Iphigenia in Aulis ou Polydorus.

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