Format :
- Festa teatrale à la manière de l’opéra-ballet français : un prologue et trois actes indépendants (Bauci e Filemone, Aristeo, Orfeo), pouvant être donnés ensemble ou séparément.
- Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
- Livret : quatre auteurs différents : Carlo Gastone della Torre di Rezzonico (Prologo), Giuseppe Maria Pagnini (Bauci e Filemone), Giuseppe Pezzana (Aristeo) et Ranieri de’ Calzabigi (Orfeo).
- Langue : italien.
Création :
24 août 1769, Teatrino di Corte, Parme.
L’œuvre est composée pour les noces de Ferdinand de Bourbon-Parme et de l’archiduchesse Marie-Amélie d’Autriche, fille de Marie-Thérèse. La jeune mariée, qui avait chanté dans Il Parnaso confuso de Gluck à Vienne en 1765, souhaitait voir jouer à Parme l’Orfeo dont elle avait admiré le succès. Gluck, alors âgé de 55 ans, avait dirigé les répétitions dès février 1769 ; le mariage, retardé par la mort du pape Clément XIII, fut finalement célébré le 19 juillet et le compositeur revint à Parme en août pour les représentations, qui se prolongèrent jusqu’au 17 septembre, les actes étant donnés selon diverses combinaisons. La distribution de la création réunissait le castrat Giuseppe Millico (Anfrisio, Orfeo), Lucrezia Agujari (Arcinia, Bauci), Gaetano Ottani (le Sacerdote d’Apollo, Giove, Ati), Vincenzo Caselli (Filemone, Aristeo), Antonia Maria Girelli-Aguilar (Cirene, Euridice) et Felicita Suardi (Cidippe, Amore).
Livret :
Le Prologo célèbre Apollon et, à travers lui, les époux ducaux. L’acte de Bauci e Filemone s’inspire des Métamorphoses d’Ovide, mais fait de Philémon et Baucis de jeunes amants et non un couple de vieillards ; l’acte d’Aristeo puise dans les Géorgiques de Virgile ; l’acte d’Orfeo reprend en version condensée l’Orfeo ed Euridice de Calzabigi et Gluck (Vienne, 1762), avec sa fin heureuse. Gluck a largement recyclé sa propre musique, notamment l’ouverture de Telemaco et des pages d’Ippolito, de La Semiramide riconosciuta et d’Ezio, certains chœurs se retrouvant plus tard dans ses Iphigénie en Aulide et Iphigénie en Tauride. Le rôle d’Orfeo est transposé pour le castrat soprano Millico.
Intrigue :
- Prologo : Sur un rivage antique, la jeunesse athénienne conduite par Anfrisio et Arcinia célèbre la fête d’Apollon. Le grand prêtre du dieu annonce dans une vision l’union heureuse des époux ducaux et la prospérité de leurs États ; arias et chœurs chantent la gloire du dieu.
- Atto di Bauci e Filemone : Dans un paysage boisé, les jeunes bergers Bauci et Filemone goûtent la vie pastorale lorsque Giove, déguisé en voyageur, vient éprouver la vertu des hommes. Repoussé ailleurs, il est accueilli avec générosité par le couple pourtant pauvre. Le dieu se révèle, bénit leur union et leur promet une destinée de demi-dieux, unis à jamais dans la vie comme dans la mort ; les bergers célèbrent leur transformation.
- Atto d’Aristeo : Dans la vallée de Tempé, Aristeo, fils d’Apollon, pleure la mort d’Euridice, dont sa poursuite fut la cause, et aime en vain Cidippe. Sur le conseil de sa mère Cirene, il offre des sacrifices pour apaiser les nymphes des bois et l’ombre d’Orfeo : des essaims d’abeilles naissent des taureaux immolés et Cidippe avoue enfin son amour.
- Atto d’Orfeo : Orfeo pleure Euridice, morte d’une morsure de serpent. Les dieux lui permettent de la ramener des Enfers à condition qu’il ne se retourne pas ; incapable de se contenir, il enfreint l’interdit, mais Amore intervient et rend l’épouse à son époux dans un dénouement heureux.
Enregistrement :

Rousset — 2006
Format : 2 CD (coffret intitulé « Philémon & Baucis », contenant Aristeo et Bauci e Filemone ; le Prologo et l’Atto d’Orfeo ne sont pas enregistrés)
Label : Ambroisie (Naïve)
Référence : AM 9995
Année d’enregistrement : 8-10 janvier 2006, en public, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (édition en octobre 2006).
Distribution :
- Aristeo : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
- Cirene : Ditte Andersen, soprano
- Cidippe : Marie Lenormand, mezzo-soprano
- Ati : Magnus Staveland, ténor
- Silvia : Marie Lenormand, mezzo-soprano
- Una pastorella : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
- Bauci : Ditte Andersen, soprano
- Filemone : Marie Lenormand, mezzo-soprano
- Giove : Magnus Staveland, ténor
Direction : Christophe Rousset
Orchestre : Les Talens Lyriques (instruments d’époque) ; chœur : Chœur de chambre de Namur
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement mondial de ces deux actes, publié au profit de l’association « Les sept vies de Philémon », qui finance la recherche sur les maladies rares (d’où le slogan « L’opéra oublié renaît contre les maladies rares » sur la pochette). La critique y voit non pas des chefs-d’œuvre injustement oubliés mais une musique pleine de charme, avec de belles arias et des récitatifs éloquents. On y loue la direction de Rousset, nette sans précipitation, le chœur et l’orchestre nuancés et équilibrés, la chaleur et l’ampleur d’Ann Hallenberg, le charme de Magnus Staveland (parfois un peu instable) et surtout la virtuosité de Ditte Andersen dans l’air de Bauci « Il mio pastor tu sei », aux suraigus vertigineux.
Postérité :
Aucune exécution complète du Feste d’Apollo n’est attestée après 1769 ; seul l’Atto d’Aristeo fut repris, à Florence en 1773, tandis que la version pour soprano d’Orfeo, née à Parme, se répandit en Europe (Londres, Naples, Munich, Copenhague, Dublin, Saint-Pétersbourg). La redécouverte moderne date de janvier 2006, avec les concerts de Christophe Rousset à Bruxelles, Monte-Carlo, Paris et ailleurs, à l’origine de l’enregistrement. En 2014, l’Atto d’Orfeo a été donné aux Journées de musique ancienne de Herne (Rüdiger Lotter, Hofkapelle München et ChorWerk Ruhr, avec le contre-ténor Valer Sabadus, diffusion WDR 3), et en 2016 la Bampton Classical Opera a présenté au Royaume-Uni l’acte de Philémon et Baucis.

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