Note personnelle : ,

Gluck, Christoph Willibald — Les Pèlerins de la Mecque ou La Rencontre imprévue (1764)

Format :

  • Opéra-comique (« comédie mêlée d’ariettes ») en trois actes, avec dialogues parlés.
  • Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
  • Livret : Louis Hurtaut Dancourt, d’après la pièce Les Pèlerins de la Mecque (1726) d’Alain-René Lesage et Jacques-Philippe d’Orneval.
  • Langue : français.

Création :

7 janvier 1764, Burgtheater, Vienne.
Gluck, alors âgé de 49 ans et Kapellmeister au service de la cour de Vienne, écrit cette œuvre pour le théâtre français de la cour dirigé par le comte Durazzo, pour lequel il compose des opéras-comiques ; c’est le dernier d’entre eux. La première version, intitulée Les Pèlerins de la Mecque, était prévue pour la fin novembre 1763 et les répétitions avaient commencé le 31 octobre, mais la mort d’Isabelle de Bourbon-Parme, épouse de l’archiduc Joseph, le 27 novembre, fit annuler la représentation : l’intrigue comportait en effet la feinte mort de la princesse Rezia. Dancourt remania le livret pour supprimer ce passage, et l’œuvre fut donnée sous le titre La Rencontre imprévue. La création réunissait notamment Godard (Ali, haute-contre), Vincent Hédoux (le Calender), Pierre-Nicolas Oyez (Osmin) et Le Noble (Vertigo), avec un ballet réglé par Gasparo Angiolini.

Livret :

Le livret de Dancourt adapte Les Pèlerins de la Mecque, pièce à vaudevilles de Lesage et d’Orneval créée en 1726 pour les théâtres de la Foire. Gluck, lui, compose toute la musique, sans recourir aux airs connus (vaudevilles), ce qui en fait l’un de ses deux opéras-comiques entièrement dépourvus de vaudevilles. Le sujet — l’Orient de fantaisie, le harem, les amants séparés puis réunis — est très en vogue dans l’Europe du XVIIIe siècle ; il inspirera aussi L’incontro improvviso de Haydn (1775), dont le livret est traduit du texte de Dancourt.

Intrigue :

  • Acte I : Au Caire, sur une place où se rassemblent des derviches, le prince Ali de Balsora cherche sa bien-aimée Rezia, princesse persane enlevée. Son serviteur Osmin tombe sur un Calender (derviche mendiant) qui l’entraîne dans sa confrérie de mendiants. Balkis, esclave du harem du Sultan, aperçoit Ali depuis une fenêtre et prépare une rencontre avec Rezia, qui l’a elle aussi cherché.
  • Acte II : Ali et Rezia se retrouvent avec joie et préparent leur fuite. Mais le Sultan, rentré à l’improviste de la chasse, oblige tout le monde à se disperser ; le Calender, apprenant qu’une récompense est promise pour la capture de Rezia, trahit les amants.
  • Acte III : Ali, déguisé, est découvert. Le Sultan finit par pardonner aux deux amants et, à leur prière, épargne le Calender, qu’il bannit du Caire.

Enregistrement :

Gardiner — 1991

Format : 2 CD (durée totale : 1 h 49)
Label : Erato / Radio France, collection « MusiFrance » ; coproduction Erato, Radio France et Opéra de Lyon ; première mondiale
Référence : 2292-45516-2
Année d’enregistrement : 18-20 mars 1990, Auditorium Maurice-Ravel, Lyon (édition en 1991).
Distribution :

  • Rezia : Lynne Dawson, soprano
  • Balkis : Claudine Le Coz
  • Dardané : Catherine Dubosc, soprano
  • Amine : Sophie Marin-Degor
  • Ali : Guy de Mey, ténor
  • Osmin : Jean-Luc Viala, ténor
  • Vertigo : Jean-Philippe Lafont, baryton
  • Un Calender : Gilles Cachemaille, baryton
  • Un chef de caravane : Francis Dudziak
  • Le Sultan : Guy Flechter

Direction : John Eliot Gardiner
Orchestre : Orchestre de l’Opéra de Lyon
Langue : français (restitution de l’œuvre : Brace Alan Brown ; textes parlés établis par Guy Coutance, éditions Bärenreiter)

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, réalisé à Lyon dans le cadre de la collection MusiFrance d’Erato et de Radio France. Gardiner, qui dirige ici l’orchestre de l’Opéra de Lyon plutôt que ses propres ensembles sur instruments d’époque, réunit une distribution largement francophone (Viala, Lafont, Cachemaille, De Mey) autour de la soprano britannique Lynne Dawson. Le livret restitué comprend les dialogues parlés, ce qui permet d’entendre l’opéra-comique dans sa forme complète, et non seulement ses numéros chantés. Un autre enregistrement, dirigé par Leopold Hager à Munich, paraît à la même époque.

Postérité :

Reprise à Vienne en 1780 en version allemande au Nationaltheater de Joseph II sous le titre Die Pilger von Mekka, l’œuvre a connu un large succès européen au XVIIIe siècle, puis a été redonnée à Paris le 1er mai 1790 sous un titre modifié avant de sombrer dans l’oubli pendant près d’un siècle. Mozart assista à la représentation de 1780, qui aurait inspiré l’intrigue de son Enlèvement au sérail ; il composa en 1784 les dix variations pour piano K. 455 sur l’air du Calender « Unser dummer Pöbel meint », que Tchaïkovski orchestra en 1887 pour le finale de sa suite Mozartiana. Les enregistrements complets n’apparaissent qu’au début des années 1990, avec ceux de Gardiner (1990) et de Leopold Hager (Münchner Rundfunkorchester).

 

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