Format :
- Opera seria (« dramma per musica ») en trois actes.
- Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
- Livret : Pietro Metastasio.
- Langue : italien.
Création :
Carnaval 1750, Kotzentheater (Teatro Nuovo), Prague.
Gluck, âgé de 35 ans, était alors encore un compositeur itinérant : formé à Milan, il avait travaillé avec la troupe de Pietro Mingotti, écrit La Semiramide riconosciuta pour Vienne (1748) et La contesa dei numi à Copenhague (1749). À Prague, il retrouvait la ville où il avait étudié et où Giovanni Battista Locatelli dirigeait la troupe d’opéra italien. La distribution comprenait Nicola Reginelli (Ezio, pour sa dernière saison), Antonio Francia (Valentiniano), Settimio Canini (Massimo), Franz Werner (Varo) et Elisabetta Ronchetti (Fulvia). Gluck révisa profondément l’œuvre pour le Burgtheater de Vienne en 1763. L’opéra connut un beau succès, comme en témoignent les nombreux emprunts que Gluck fit ensuite à sa musique et les parodies latines de ses airs conservées dans les archives d’églises pragoises.
Livret :
Le livret de Metastasio date du début de sa carrière, avant sa nomination de poète impérial à Vienne en 1729. Commandé par le Teatro Grimani de Venise pour la saison d’automne 1728, il fut d’abord mis en musique par Nicola Porpora, puis par Pietro Auletta à Rome, et par Georg Friedrich Händel à Londres en 1732. Le sujet, historique dans ses grandes lignes, s’inspire du général romain Aetius, vainqueur d’Attila aux Champs catalauniques, injustement accusé de trahison par l’empereur Valentinien III. Contrairement à l’histoire, où Aetius est mis à mort, Metastasio dénoue l’intrigue par le « lieto fine » obligatoire de l’opera seria. Pour Prague, Gluck supprima des propos dénigrant les femmes, remplaça trois airs de la fin de l’acte II par un terzetto et retexta plusieurs airs de La contesa dei numi. Metastasio jugea plus tard qu’il y avait chez Gluck « un feu merveilleux, mais fou ».
Intrigue :
- Acte I : le forum romain, de nuit. Ezio (Aetius), général vainqueur d’Attila, est acclamé à son retour. L’empereur Valentiniano compte épouser Fulvia, fille de son ami Massimo, sans savoir que Fulvia aime Ezio et que Massimo, patricien rancunier, complote contre lui. Valentiniano offre à Ezio la main de sa sœur Onoria ; Ezio refuse et avoue son amour pour Fulvia, ce qui provoque la colère de l’empereur. Fulvia doit affronter la jalousie d’Onoria, le danger qui menace Ezio et les intentions criminelles de son père.
- Acte II : dans les jardins du Palatin, une tentative d’assassinat contre l’empereur a échoué. Massimo en accuse Ezio, qui est arrêté par Varo. Fulvia, feignant d’aimer l’empereur pour protéger Ezio, finit par avouer que celui-ci est son seul amour. Valentiniano fait emprisonner Ezio et décide de punir Fulvia en l’épousant. Le terzetto « Passami il cor, tiranno! » conclut l’acte.
- Acte III : Rome est en émoi. Onoria plaide pour Ezio et avoue qu’elle l’aime elle aussi. Valentiniano feint de pardonner à Ezio mais ordonne secrètement sa mort ; Varo annonce qu’il a été exécuté. On apprend qu’Emilio, l’exécutant du complot, a innocenté Ezio avant de mourir en désignant un ami rancunier de l’empereur, et Massimo est arrêté. Fulvia, désespérée, perd la raison. Massimo appelle le peuple à la révolte et s’apprête à tuer Valentiniano lorsqu’Ezio et Varo interviennent : la mort d’Ezio n’était qu’une feinte. L’empereur offre Fulvia à Ezio, pardonne à Varo et même à Massimo, et tous célèbrent l’innocence dans le chœur final.
Enregistrement(s) :

Andreas Stoehr — 2007
Format : 3 CD (enregistrement live, durée : environ 3 h 09), livret en allemand et anglais.
Label : Coviello Classics (coproduction Westdeutscher Rundfunk Köln, WDR 3).
Référence : COV 20713 (EAN 4039956207139), (P) et (C) 2007.
Année d’enregistrement : 2007 (représentation en version de concert à Düsseldorf ; date précise non documentée dans les sources consultées).
Distribution :
- Valentiniano III : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
- Fulvia : Mariselle Martinez, mezzo-soprano
- Ezio : Matthias Rexroth, contre-ténor (alto)
- Onoria : Netta Or, soprano
- Massimo : Mirko Roschkowski, ténor
- Varo : Andreas Post, ténor
Direction : Andreas Stoehr
Orchestre : Neue Düsseldorfer Hofmusik
Langue : italien (version de Prague, 1750)
Particularité :
Première version de la partition de Prague (1750) proposée au disque, dans une exécution en concert où deux contre-ténors se partagent les rôles masculins aigus : Max Emanuel Cencic en Valentiniano et Matthias Rexroth en Ezio. L’ensemble sur instruments anciens Neue Düsseldorfer Hofmusik est dirigé par Andreas Stoehr. La critique a salué une interprétation « excellente » et un vrai plaisir d’écoute.

Alan Curtis — 2011
Format : 2 CD (Sinfonia et environ 146 minutes de musique), livret de Bruce Alan Brown.
Label : Virgin Classics (Erato).
Référence : 0709292 (50999 07092923), paru en 2011.
Année d’enregistrement : enregistré pendant et après une représentation live au Théâtre de Poissy, le 18 décembre 2008.
Distribution :
- Ezio : Sonia Prina, contralto
- Fulvia : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
- Valentiniano : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
- Massimo : Topi Lehtipuu, ténor
- Onoria : Mayuko Karasawa, soprano
- Varo : Julian Prégardien, ténor
Direction : Alan Curtis
Orchestre : Il Complesso Barocco
Langue : italien (version de Prague, 1750)
Particularité :
Le rôle-titre est ici confié à une contralto, Sonia Prina, alors qu’Ezio était chanté par un contre-ténor chez Stoehr, et Max Emanuel Cencic reprend son rôle de Valentiniano. Alan Curtis a effectué quelques coupures supplémentaires pour rendre l’œuvre plus attrayante au public moderne et utilise, pour le premier air de Valentiniano, une cadenza notée tirée d’une parodie latine d’époque. Le livret d’accompagnement de Bruce Alan Brown offre une analyse détaillée de l’œuvre et de ses airs.
Postérité :
Avant ses œuvres de « réforme », Gluck fut un compositeur d’opera seria très apprécié, et Ezio en est un témoignage : l’œuvre fut reprise, remaniée, puis rejouée à Vienne en 1763 avec de nouveaux airs. Airs et ensembles de la version pragoise anticipent déjà certains procédés dramatiques de Gluck, comme le terzetto de l’acte II, et l’air de Fulvia « Ah, non son io che parlo » annonce presque le « Smanie implacabili » de Dorabella dans Così fan tutte de Mozart. Le même livret fut aussi mis en musique par Händel, et par le jeune Mozart qui composa à Londres, à neuf ans, l’air de Massimo « Va’ dal furor portata ».

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