Format :
- Tragédie lyrique en quatre actes.
- Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
- Livret : Nicolas-François Guillard, d’après Euripide (Iphigénie en Tauride) et la pièce de Claude Guimond de La Touche (1757).
- Langue : français (versions allemande, 1781, et italienne, notamment celle de Lorenzo Da Ponte).
Création :
18 mai 1779, Académie royale de musique (Opéra de Paris).
Gluck, alors âgé de soixante-quatre ans, est au sommet de sa « réforme » de l’opéra menée à Paris après Iphigénie en Aulide (1774), Orphée et Eurydice et Alceste (versions françaises) et Armide (1777). La distribution de la création réunissait notamment Rosalie Levasseur (Iphigénie), Henri Larrivée (Oreste), Joseph Legros (Pylade) et Moreau (Thoas), avec des ballets réglés par Jean-Georges Noverre. Le succès fut très grand, et la rivalité entre « gluckistes » et « piccinnistes » lui donna un écho particulier : le directeur de l’Opéra avait aussi commandé le même sujet à Niccolò Piccinni, dont l’ouvrage ne fut créé qu’en janvier 1781, avec un succès bien moindre.
Livret :
Nicolas-François Guillard s’inspire de la tragédie d’Euripide, Iphigénie chez les Taures, à travers la pièce de Guimond de La Touche (1757). L’œuvre est souvent décrite comme un opéra sans intrigue amoureuse : la tension naît du remords d’Oreste, de l’amitié qui l’unit à Pylade et de la reconnaissance entre le frère et la sœur, au moment même où elle s’apprête à l’immoler.
Intrigue :
- Acte I : Dans le temple de Diane, en Tauride, une tempête gronde. Iphigénie, prêtresse de la déesse, raconte un songe funeste : elle a rêvé la mort de ses parents et le meurtre de son frère Oreste. Le roi Thoas, hanté par un oracle qui lui annonce sa mort, exige le sacrifice de tout étranger. Deux Grecs, jetés sur la côte, sont amenés devant lui.
- Acte II : Les prisonniers sont Oreste et son ami Pylade, mais nul ne connaît l’identité de l’autre. Oreste, rongé de remords depuis le meurtre de sa mère Clytemnestre, est tourmenté par les Euménides ; Pylade tente de le soutenir. Iphigénie interroge le captif, apprend des nouvelles de la Grèce et pleure la mort d’Agamemnon sans deviner qu’elle parle à son frère.
- Acte III : Iphigénie décide de sauver l’un des deux Grecs, qui portera un message à sa sœur Électre. Oreste et Pylade se disputent l’honneur de mourir pour l’autre ; Pylade finit par accepter de partir.
- Acte IV : Au moment du sacrifice, Oreste prononce le nom d’Iphigénie et la reconnaissance a lieu. Thoas fait irruption pour les punir, mais Pylade revient avec des Grecs et le tue. Diane elle-même apparaît, pardonne à Oreste et restitue sa statue à la Grèce.
Enregistrement(s) :


Sanzogno — 1957
Format : 2 CD (mono), enregistrement public.
Label : Warner Classics (« Callas Live Remastered », remasterisation ℗ 2017, Parlophone) ; existe aussi chez Myto (« Historical Line ») et d’autres éditeurs.
Référence : EAN 0190295844547.
Année d’enregistrement : 1er juin 1957, Teatro alla Scala, Milan (représentation publique).
Distribution :
- Ifigenia : Maria Callas, soprano
- Oreste : Dino Dondi, baryton
- Pilade : Francesco Albanese, ténor
- Toante : Anselmo Colzani, baryton
- Diana : Fiorenza Cossotto, mezzo-soprano
Direction : Nino Sanzogno
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro alla Scala de Milan
Langue : italien (traduction de Lorenzo Da Ponte). Durée : 108’41.
Particularité :
Captation de la production scaligère mise en scène par Luchino Visconti, dernière collaboration de celui-ci avec Maria Callas, et jouée seulement quatre fois. Elle vaut avant tout pour la présence de Callas, dont l’autorité tragique domine une distribution inégale (Cossotto se distingue en Diane) et une direction jugée plutôt respectueuse et languissante. La prise de son monophonique de 1957 reste d’époque.

Gardiner — 1985
Format : 2 CD, enregistrement de studio numérique.
Label : Philips Classics (édition originale), rééditée par Decca dans la collection « The Originals ».
Référence : Philips 416 148-2 (LP : 416 148-1).
Année d’enregistrement : février 1985, Lyon (coproduction avec l’Opéra de Lyon).
Distribution :
- Iphigénie : Diana Montague, mezzo-soprano
- Oreste : Thomas Allen, baryton
- Pylade : John Aler, ténor
- Thoas : René Massis, baryton-basse
- Diane : Colette Alliot-Lugaz, soprano
- Première prêtresse : Nancy Argenta, soprano
- Seconde prêtresse : Sophie Boulin, mezzo-soprano
Direction : John Eliot Gardiner
Orchestre : Orchestre de l’Opéra de Lyon, Monteverdi Choir
Langue : français
Particularité :
Lecture d’un chef issu du mouvement baroque, avec le Monteverdi Choir et l’orchestre lyonnais, jugée plus proche de la déclamation française, avec un Thomas Allen qui reprendra le rôle d’Oreste chez Muti en 1992. Elle offre une alternative aux lectures « grand opéra » italiennes.

Muti — 1992
Format : 2 CD, enregistrement public.
Label : Sony Classical.
Référence : SK 52492.
Année d’enregistrement : 14-26 mars 1992, Teatro alla Scala, Milan.
Distribution :
- Iphigénie : Carol Vaness, soprano
- Oreste : Thomas Allen, baryton
- Pylade : Gösta Winbergh, ténor
- Thoas : Giorgio Surian, basse
- Diane : Sylvie Brunet-Grupposo, soprano
Direction : Riccardo Muti
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro alla Scala de Milan
Langue : français
Particularité :
Retour de l’œuvre à la Scala, cette fois dans la langue originale, avec une approche assumée de « grand opéra » plutôt que de pratique historique. La critique salue l’urgence dramatique de Muti et la tenue de Thomas Allen, mais reproche à Carol Vaness quelques stridences, et à l’ensemble un manque de tension dans certains passages.

Minkowski — 1999
Format : 2 CD, enregistrement public (concert).
Label : Archiv Produktion (Deutsche Grammophon), paru en 2001.
Référence : 471 133-2.
Année d’enregistrement : mars 1999, Paris, Maison de Radio France (enregistrement en public réalisé avec Radio France).
Distribution :
- Iphigénie : Mireille Delunsch, soprano
- Oreste : Simon Keenlyside, baryton
- Pylade : Yann Beuron, ténor
- Thoas : Laurent Naouri, baryton-basse
- Diane : Alexia Cousin, soprano
- Première prêtresse : Claire Delgado-Boge, soprano
- Seconde prêtresse : Nicki Kennedy, mezzo-soprano
Direction : Marc Minkowski
Orchestre : Les Musiciens du Louvre (et leur chœur)
Langue : français. Durée : environ 109 minutes.
Particularité :
Lecture sur instruments d’époque, tendue et théâtrale, qui privilégie l’expression dramatique dès la tempête initiale. La critique a particulièrement loué l’Iphigénie très incarnée de Mireille Delunsch et la précision du chœur.

Christie — 2001
Format : DVD (16:9, PCM stéréo / Dolby Digital 5.1 / DTS 5.1, région 0), 108 minutes.
Label : Arthaus Musik.
Référence : NTSC 100 377 (EAN 807280037791) ; édition PAL 109192.
Année d’enregistrement : 2001, Opernhaus Zürich (direct).
Distribution :
- Iphigénie : Juliette Galstian, mezzo-soprano
- Oreste : Rodney Gilfry, baryton
- Pylade : Deon van der Walt, ténor
- Thoas : Anton Scharinger, baryton-basse
- Diane : Martina Janková, soprano
- Une femme grecque : Anna Soranno
- Première prêtresse : Lisa Lorenz
- Seconde prêtresse : Eleanor Paunovic
- Un Scythe : Michael Mrosek
- Un ministre : Thomas Pütz
Direction : William Christie
Mise en scène : Claus Guth (décors et costumes : Christian Schmidt ; réalisation vidéo : Thomas Grimm)
Orchestre : Orchestre La Scintilla de l’Opernhaus Zürich, Chœur de l’Opernhaus Zürich
Langue : français (sous-titres français, anglais, allemand et espagnol)
Particularité :
Seul témoignage vidéo de cette liste : la mise en scène de Claus Guth, tout en masques et en espaces clos, insiste sur les traumatismes et les angoisses de la famille des Atrides, avec des doublures muettes des personnages d’Oreste, Iphigénie, Agamemnon et Clytemnestre. William Christie dirige l’orchestre sur instruments anciens de l’Opéra de Zurich avec transparence, et Juliette Galstian est saluée dans le rôle-titre.
Postérité :
L’ouvrage resta au répertoire de l’Opéra de Paris pendant un demi-siècle, avec plus de quatre cents représentations jusqu’en 1829. Gluck en donna en 1781 à Vienne une version allemande, avec la collaboration de Johann Baptist von Alxinger, et Richard Strauss en proposa en 1889 un remaniement (créé à Weimar en 1900) qui fut joué au Metropolitan Opera au début du XXe siècle. L’ouvrage reste l’un des plus joués de Gluck, de la production scaligère de Visconti avec Callas (1957) aux lectures baroques récentes.

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