Note personnelle : ,

Gluck, Christoph Willibald — Demofoonte (1743)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en trois actes.
  • Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
  • Livret : Pietro Metastasio.
  • Langue : italien.

Création :

6 janvier 1743, Teatro Regio Ducale, Milan.
Gluck, alors âgé de 28 ans, faisait partie des compositeurs qui se faisaient un nom en Italie, où il avait fait ses débuts à l’opéra à Milan avec Artaserse en 1741. Demofoonte fut donné pendant la saison de Carnaval ; le rôle de Timante était confié au castrat Giovanni Carestini. La partition subsiste de façon partielle : l’ouverture et les récitatifs sont perdus, et Alan Curtis a dû les recomposer pour la reprise moderne.

Livret :

Le livret de Metastasio, écrit à l’origine pour Antonio Caldara (Vienne, 1733), fut mis en musique de nombreuses fois au XVIIIe siècle. Il s’inspire de la mythologie grecque autour de Démophon, roi de Thrace, et d’un oracle d’Apollon qui exige chaque année le sacrifice d’une vierge de sang noble, tirée au sort. L’intrigue mêle secrets de famille, mariage caché, enfants échangés à la naissance et rivalités amoureuses, selon les conventions de l’opera seria.

Intrigue :

  • Acte I : en Thrace, jour du sacrifice annuel exigé par l’oracle d’Apollon. Le noble Matusio conteste la loi et réclame que les filles de la famille royale figurent elles aussi dans l’urne. Dircea, fille supposée de Matusio, est secrètement mariée à Timante, fils supposé du roi Demofoonte, et mère de leur enfant Olinto. Creusa, princesse de Phrygie, est promise à Timante, tandis que Cherinto, autre fils du roi, l’aime. L’oracle, consulté à nouveau, répond en termes obscurs : la Thrace souffrira jusqu’à ce que l’usurpateur innocent d’un droit princier soit démasqué.
  • Acte II : le secret des amants menace d’éclater et la colère du roi s’abat sur Timante et sur Dircea, menacée par le sacrifice. Les sentiments de Creusa et de Cherinto compliquent encore le jeu des alliances.
  • Acte III : alors que le sacrifice se prépare, la vérité éclate : Timante et Dircea ont été échangés au berceau. Dircea est la fille de Demofoonte et Timante le fils de Matusio, l’« innocent usurpateur » de l’oracle. Le trône revient à Cherinto, qui épouse Creusa, tandis que Demofoonte conserve Timante pour fils et que les amants sont réunis. Le chœur final célèbre la joie née de la peur.

Enregistrement(s) :

Alan Curtis — 2020

Format : 3 CD (durée totale : 192’17).
Label : Brilliant Classics (Brilliant Opera Collection).
Référence : 95283 (EAN 5028421952833), paru en 2020.
Année d’enregistrement : 17-22 novembre 2014, Villa San Fermo, Lonigo (Vicence), Italie ; 11-13 mai 2015, Studio Noir, Grandevent, Suisse.
Distribution :

  • Demofoonte : Colin Balzer, ténor
  • Dircea : Sylvia Schwartz, soprano
  • Creusa : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
  • Timante : Aryeh Nussbaum Cohen, contre-ténor
  • Cherinto : Romina Basso, mezzo-soprano
  • Matusio : Vittorio Prato, baryton
  • Adrasto : Nerea Berraondo, mezzo-soprano

Direction : Alan Curtis
Orchestre : Il Complesso Barocco
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’opéra, réalisé à l’occasion de la présentation de l’œuvre au Theater an der Wien de Vienne en novembre 2014. Alan Curtis, qui avait retrouvé les sources dispersées dans plusieurs bibliothèques, y avait composé lui-même l’ouverture et les récitatifs manquants dans le style de Gluck. Il s’agit de son dernier enregistrement : il mourut en juillet 2015, deux mois après les dernières séances, et n’a pas supervisé l’édition, parue en 2020. Un critique a salué les interprètes féminines, tandis que le jeune contre-ténor Aryeh Nussbaum Cohen, alors étudiant de 20 ans, se trouve parfois en difficulté dans les passages rapides. Le livret, en italien avec traduction anglaise, est disponible dans le livret du coffret.

Postérité :

Demofoonte compte parmi les tout premiers opéras conservés de Gluck, bien avant les œuvres de la « réforme » comme Orfeo ed Euridice ou Alceste. Longtemps oubliée, la partition a été redonnée à Vienne en 2014 grâce au travail de reconstitution d’Alan Curtis, dont cet enregistrement est le premier témoignage discographique. Il permet de découvrir le compositeur dans le style de l’opera seria, avant le tournant dramatique de ses œuvres de maturité.

 

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