Format :
- Dramma giocoso per musica en trois actes.
- Musique : Baldassare Galuppi.
- Livret : publié anonymement ; l’attribution à Pietro Chiari, rival de Goldoni, est très probable.
- Langue : italien.
Création :
Octobre 1762, au Teatro San Moisè de Venise.
Galuppi, alors âgé de cinquante-six ans, est la grande figure de l’opéra bouffe vénitien : sa collaboration avec Goldoni a fixé, dans les années 1750, les codes du dramma giocoso, mêlant personnages sérieux et comiques, ensembles de finale et verve satirique. L’Uomo femina prolonge cet art de la comédie sociale en l’appliquant à un renversement des rôles de genre. L’ouvrage est repris six ans plus tard au Teatro della Cava de Pavie.
Livret :
Le livret fut imprimé sans nom d’auteur ; la critique l’attribue très vraisemblablement à Pietro Chiari (1712-1785), abbé, romancier et dramaturge vénitien, adversaire littéraire de Carlo Goldoni. Il imagine une île gouvernée par une princesse tyrannique où l’ordre habituel des sexes est inversé : les femmes y commandent et peuvent avoir plusieurs amants, tandis que les hommes, efféminés, passent leur temps à se farder. La satire du patriarcat et des assignations de genre y est nette, sur le mode de la farce.
Intrigue :
- Acte I : Sur une île dont la princesse Cretidea gouverne avec tyrannie, assistée de sa ministre Ramira et de la dame Cassandra, les hommes, efféminés, se consacrent au maquillage ; Gelsomino est le favori de la souveraine. Deux jeunes naufragés, Roberto et son valet Giannino, abordent le rivage : Cretidea s’éprend aussitôt de Roberto.
- Acte II : La loi de l’île impose à l’homme de n’aimer qu’une seule femme, alors que les femmes ont droit à plusieurs amants : les intrigues amoureuses se compliquent, Cassandra étant elle aussi éprise de Roberto, et les rivalités éclatent. C’est dans cet acte que se place la cavatine de Roberto, l’une des premières du genre.
- Acte III : Le dénouement, de type lieto fine, révèle que Cassandra est la sœur de Roberto. Celui-ci accepte de partager le trône avec Cretidea, et l’ordre est rétabli, le chœur final concluant sur une morale de bon sens (« Chi ha buon senno, chi ha buon naso… »).
Enregistrement(s)

Vincent Dumestre — 2025
Format : CD (2 disques, 109 minutes)
Label : Château de Versailles Spectacles (Collection « Opéra italien » n° 13)
Référence : non indiquée dans le livret
Année d’enregistrement : du 21 au 24 octobre 2025, Opéra Royal du Château de Versailles (publication en 2026)
Distribution :
- Cretidea : Eva Zaïcik
- Ramira : Lucile Richardot
- Cassandra : Victoire Bunel
- Gelsomino : Anas Séguin
- Roberto : Victor Sicard
- Giannino : François Rougier
Direction : Vincent Dumestre
Orchestre : Le Poème Harmonique
Langue : italien
Particularité :
Cet enregistrement fait suite à la production scénique de l’Opéra de Dijon (mise en scène d’Agnès Jaoui, 2024), coproduite avec le Château de Versailles Spectacles, le Théâtre de Caen et Le Poème Harmonique, et distinguée dans la catégorie « Œuvres redécouvertes » aux International Opera Awards 2025. Vincent Dumestre dirige un orchestre sur instruments d’époque d’une grande couleur, où les cors, les hautbois et flûtes, la mandoline, le théorbe et la guitare baroque apportent un relief singulier, et réunit une distribution française jeune et complice. L’ouvrage, longtemps réputé perdu, est donné d’après la partition retrouvée à Lisbonne, dans laquelle manquent trois airs.
Postérité :
La partition de l’Uomo femina passait pour perdue jusqu’à sa découverte, en 2006, à la Biblioteca do Palácio da Ajuda de Lisbonne. Cette redécouverte a rendu à l’opéra bouffe vénitien de la fin des années 1750 et du début des années 1760 un jalon important, contemporain des succès de Galuppi avec Goldoni. Elle a ouvert la voie à la reprise scénique de 2024, puis à ce premier enregistrement, qui replace Galuppi dans le répertoire actuel du dramma giocoso et rend perceptible l’étonnante modernité d’une satire des rôles de genre.



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