Note personnelle : ,

Erkel, Ferenc — Hunyadi László (1844)

Format :

  • Opéra historique (dalmű) en quatre actes, version originale (1844-1862).
  • Musique : Ferenc Erkel
  • Livret : Béni Egressy, d’après la pièce « Két László » (Les deux Ladislas) de Lőrinc Tóth
  • Langue : hongrois

Création :

27 janvier 1844, Théâtre national hongrois de Pest (Nemzeti Színház).
Ferenc Erkel, alors chef d’orchestre en poste au Théâtre national de Pest, avait fait ses débuts de compositeur d’opéra quatre ans plus tôt avec Bátori Mária (1840). Avec Hunyadi László, tiré d’un épisode tragique de l’histoire hongroise du XVe siècle, il rencontre un triomphe immédiat : l’œuvre est aussitôt saluée comme le premier grand opéra national hongrois, porté par un souffle patriotique qui trouve un écho immense dans le contexte des années précédant la révolution de 1848. Elle demeure, avec Bánk bán (1861), l’un des deux piliers de l’opéra national hongrois du XIXe siècle.

Livret :

Béni Egressy adapte le drame « Két László » (1839) de Lőrinc Tóth, lui-même fondé sur les chroniques relatant la chute de la famille Hunyadi après la mort du régent János Hunyadi en 1456. Egressy, poète et acteur, deviendra le librettiste attitré d’Erkel et collaborera avec lui sur plusieurs ouvrages ultérieurs, dont Bánk bán.

Intrigue :

  • Acte I : À Nándorfehérvár (Belgrade), en 1456. Le peuple pleure la mort du régent János Hunyadi et jure de venger la Hongrie ; son fils cadet Mátyás appelle à la vengeance future. László Hunyadi découvre une lettre prouvant la trahison du comte Ulrik Cillei, qui complote avec le despote serbe Branković. Le jeune roi László V arrive au château ; Cillei l’accueille avec sarcasme tandis que László, en signe de fidélité, lui remet les clés de la forteresse, non sans qu’une échauffourée n’éclate aux portes entre gardes hongrois et mercenaires de Cillei. Resté seul avec le roi, Cillei lui arrache un blanc-seing puis fait porter en secret à l’officier Rozgonyi l’ordre d’exécuter les frères Hunyadi. Dans ses appartements, László rêve tendrement de sa fiancée Mária ; son ami Rozgonyi vient lui révéler la lettre meurtrière. László confronte alors Cillei et lui met sous les yeux la preuve de son complot ; Cillei dégaine son épée, mais les partisans de László surgissent et l’abattent. Le roi survient, horrifié, mais pardonne aux Hongrois en apprenant la trahison de son oncle et conseiller ; la foule acclame le jeune souverain.
  • Acte II : Au château de Temesvár, domaine des Hunyadi, toujours en 1456. Erzsébet Szilágyi, veuve de János Hunyadi, et ses suivantes sont en grand deuil ; une messagère lui apprend que ses fils ont tué Cillei. Bouleversée, Erzsébet se ressaisit à l’arrivée du roi et de sa cour, parmi laquelle le palatin Miklós Gara et sa fille Mária. Elle se jette aux pieds du souverain pour implorer sa clémence : celui-ci pardonne magnanimement à la famille Hunyadi, honore la mémoire du régent et se déclare comme un fils pour Erzsébet, tout en se laissant déjà séduire par la beauté de Mária. Erzsébet retrouve avec joie ses fils László et Mátyás. En aparté, Gara révèle son ambition : exploiter la passion du roi pour sa fille afin d’asseoir son propre pouvoir, tout en feignant d’accorder la main de Mária à László pour mieux le perdre ensuite. László et Mária échangent des serments d’amour et évoquent leurs noces prochaines à Buda. Le roi, revêtu d’un habit assorti à celui de László et Mátyás, proclame Erzsébet « mère » et jure solennellement de ne jamais se venger des Hunyadi ; tous se rendent à l’église tandis que le peuple acclame le jeune roi.
  • Acte III : Au palais du palatin, à Buda, en 1457. László confie à Gara son malaise à Buda et son désir de repartir au plus vite pour Temesvár ; il propose d’organiser d’abord de somptueuses noces, d’inviter le roi et de réunir cinq cents de ses meilleurs guerriers, avant de s’enfuir avec Mária. Gara feint d’approuver, tout en savourant en aparté sa vengeance à venir. Dans une autre salle du palais royal, le roi, dévoré par sa passion pour Mária, se lamente de son impuissance à l’obtenir. Survient Gara, qui lui annonce que Mária sera sienne dès ce jour et accuse faussement László de préparer un nouvel attentat contre sa personne lors du banquet nuptial. Le roi, furieux, ordonne l’arrestation de László et livre Mária à Gara, qui triomphe de sa vengeance. Dans le jardin du palais des Hunyadi, au milieu d’une fête nuptiale et d’une danse hongroise, László présente Mária à ses amis lorsque Gara fait irruption avec des soldats et arrête, au nom du roi, László et tous ses compagnons.
  • Acte IV : Dans une prison de Buda. Enchaîné, László déplore son sort et proteste de son innocence, réclamant un jugement équitable. Mária, ayant soudoyé les gardes, le rejoint en secret et le supplie de fuir avec elle vers Temesvár ; confiant dans la justice, il refuse de s’évader. Gara survient, furieux de trouver sa fille dans les bras de László ; il la maudit et la fait emmener de force, tandis que les deux amants se jurent de se retrouver par-delà la mort. Changement de décor : sur la place Saint-Georges à Buda, sous un ciel d’orage, László, revêtu du manteau de velours pourpre offert par le roi, est conduit à l’échafaud au son d’une marche funèbre. Erzsébet accourt, égarée de douleur, et implore en vain la pitié des gardes puis du Ciel pour son fils innocent. Sur l’échafaud, László proclame une dernière fois son innocence et pardonne à ses ennemis. Le bourreau frappe deux fois sans parvenir à le décapiter — la foule et sa mère y voient un signe de clémence divine —, mais Gara, impitoyable, ordonne qu’on achève l’exécution : au troisième coup, László meurt, et Erzsébet s’effondre, anéantie.

Enregistrement(s) :

Domonkos Héja — 2012

Format : 2 CD
Label : Hungarian State Opera / Brilliant Classics
Référence : Brilliant Classics 94869
Année d’enregistrement : enregistré du 29 août au 2 septembre 2012 au Théâtre Erkel de Budapest.
Distribution :

  • László V, roi de Hongrie : Dániel Pataky, ténor
  • Comte Ulrik Cillei, gouverneur de Hongrie : Krisztián Cser, basse
  • Erzsébet Szilágyi, veuve de János Hunyadi : Beatrix Fodor, soprano
  • László Hunyadi : Attila Fekete, ténor
  • Mátyás Hunyadi : Gabriella Balga, mezzo-soprano (rôle travesti)
  • Miklós Gara, palatin de Hongrie : Gábor Bretz, basse
  • Mária, fille de Miklós Gara : Erika Miklósa, soprano
  • Rozgonyi, officier de l’armée royale : András Káldi Kiss, baryton
  • Une servante : Katalin Patonai
  • Un serviteur : Károly Fekete

Direction : Domonkos Héja
Orchestre : Orchestre philharmonique de Budapest ; chœurs Honvéd Male Choir et Budapest Studio Choir, chef de chœur Kálmán Strausz
Langue : hongrois

Particularité :

Cet enregistrement se distingue en restituant la version originale de la partition en quatre actes (1844-1862), et non la révision en trois actes couramment donnée depuis le XXe siècle. Salué par la critique (MusicWeb International) comme un témoignage précieux de ce grand opéra historique dans la veine de Meyerbeer et Halévy — Erkel y anticipant même Verdi en dotant chacun des actes d’un sous-titre —, il se distingue notamment de l’ancien enregistrement Hungaroton des années 1980 par cette fidélité à la structure originale en quatre actes, également mise en avant dans le livret de cette édition Brilliant Classics.

Postérité :

Hunyadi László demeure l’un des piliers du répertoire lyrique hongrois et le premier grand succès populaire d’Erkel, avant Bánk bán (1861), avec lequel il partage le même librettiste, Béni Egressy, et une même veine de « grand opéra » historique national. Son ouverture est restée l’une des pages orchestrales hongroises les plus jouées au concert, et le chœur du finale du premier acte, « Meghalt a cselszövő » (« Le traître est mort »), est devenu un morceau emblématique de la fierté nationale hongroise. Au XXe siècle, l’œuvre fut révisée et refondue en trois actes (les actes III et IV originaux étant fusionnés), version qui s’imposa longtemps sur les scènes hongroises ; des enregistrements plus récents, comme celui de Domonkos Héja gravé en 2012, sont revenus à la version originale en quatre actes voulue par Erkel et Egressy.

 

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