Format :
- Opéra historique (grand opéra) en quatre actes.
- Musique : Ferenc Erkel, avec la participation de son fils Gyula Erkel pour l’achèvement et l’orchestration
- Livret : Antal Váradi, d’après la tragédie « Első István király » (Le roi Étienne Ier, 1861) de Lajos Dobsa
- Langue : hongrois
Création :
14 mars 1885, Opéra royal hongrois de Budapest, sous la direction de Sándor Erkel, fils du compositeur.
L’œuvre avait été conçue, dès le milieu des années 1870, pour l’inauguration du nouvel Opéra de Budapest : Erkel en commence la composition vers 1874-1875, mais l’interrompt, insatisfait du livret ; le texte est retravaillé vers 1880 et la partition achevée aux alentours de 1882, avec l’aide de ses fils musiciens, en particulier Gyula Erkel, à qui certains musicologues (Dezső Legány, László Somfai) attribuent une part significative de l’orchestration et de l’achèvement de l’ouvrage. Trop tardive pour l’ouverture de la salle en 1884, l’œuvre n’entre au répertoire qu’en 1885, où elle rencontre un vif succès populaire (une douzaine de représentations supplémentaires dès sa première saison).
Livret :
Antal Váradi adapte la tragédie de Lajos Dobsa consacrée au premier roi de Hongrie, Étienne Ier (saint Étienne), fondateur du royaume chrétien de Hongrie. Selon plusieurs témoignages historiques, l’intendant de l’Opéra, Frigyes Podmaniczky, aurait demandé que le livret évite tout thème de régicide ou de révolte aristocratique susceptible de heurter la famille royale présente aux représentations de gala, ce qui explique l’atténuation de certains épisodes violents de l’histoire réelle du règne d’Étienne au profit d’une tonalité plus religieuse et unitaire.
Intrigue :
- Acte I : Lors d’un grand conseil, le roi István (Étienne), vieillissant, propose de marier son fils, le prince Imre (Émeric), à la princesse croate Crescimira, afin d’assurer sa succession et de renforcer la sécurité du royaume face à la Croatie. Imre, qui a secrètement voué sa chasteté à la Vierge Marie, se soumet en apparence à la volonté de son père. Parallèlement, le courtisan Sebős enlève la jeune Zolna, fille de Jóva (dame de compagnie de la reine Gizella) ; découvert, il est banni de la cour.
- Acte II : Exilé, Sebős rejoint le prince Vazul, parent du roi resté fidèle aux anciennes croyances païennes, et attise sa révolte contre István et la nouvelle foi chrétienne. Cependant, Crescimira arrive en Hongrie et les préparatifs du mariage avec Imre se poursuivent.
- Acte III : Dans la chambre nuptiale, Crescimira découvre qu’Imre, fidèle à son vœu, se refuse à elle et la répudie dans les faits ; humiliée et désespérée, elle devient la proie du seigneur Péter (Pierre Orseolo), rival d’István pour le trône, qui exploite son ressentiment et lui fournit le poison destiné à Imre.
- Acte IV : Vazul et les tenants du paganisme préparent un soulèvement contre István et sa foi ; la prière et la fermeté du roi désamorcent la révolte, et Vazul, sur le point d’être choisi comme successeur à condition de se convertir, est tué par ses propres partisans païens. On apprend qu’Imre est mort, empoisonné par Crescimira, laquelle sombre dans la folie et le bannissement. Le roi István, ayant perdu son unique héritier, meurt à son tour, non sans avoir, dans une vision finale, confié l’avenir de la Hongrie et sa couronne à la protection de la Vierge Marie et appelé son peuple à l’unité et à la foi.
Enregistrement(s) :

Valéria Csányi — 2012
Format : 2 CD
Label : Naxos (collection Opera Classics)
Référence : Naxos 8.660345-46
Année d’enregistrement : enregistré les 26 et 27 août 2012 au studio Hungaroton (rue Rottenbiller), Budapest.
Distribution :
- István (le roi Étienne) : János Gurbán, baryton
- Imre, son fils : Zoltán Nyári, ténor
- Sebős : Tamás Daróczi, ténor
- Vazul : Kázmér Sárkány, baryton
- Péter (Pierre Orseolo) : Ákos Ambrus, baryton
- Gellért, évêque : Ferenc Valter, basse
- Crescimira, princesse croate : Zsuzsanna Bazsinka, soprano
- Gizella, reine, épouse d’István : Jutta Bokor, alto
- Zolna, fille de Jóva : Ildikó Szakács, soprano
- Jóva, dame de compagnie de la reine : Jolán Sánta, alto
Direction : Valéria Csányi
Orchestre : Orchestre symphonique MÁV de Budapest ; Chœur de l’opéra István Király ; orgue : László Deák
Langue : hongrois
Particularité :
Seul enregistrement discographique connu de l’ouvrage, cette gravure Naxos restitue la partition originale d’Erkel telle qu’il l’avait conçue, débarrassée des coupures et remaniements accumulés au fil de plus d’un siècle de tradition scénique. La critique (MusicWeb International) salue en particulier les chœurs du quatrième acte, d’un éclat comparable à Meyerbeer, tout en jugeant le ressort dramatique du conflit entre Imre et Crescimira moins immédiat que chez Wagner ; la revue Opera souligne la direction sensible de Valéria Csányi, tandis qu’International Record Review distingue la fraîcheur du soprano Ildikó Szakács.
Postérité :
Composé sur le tard par un Erkel déjà âgé, avec le concours musical de ses fils, István király fut conçu comme une œuvre d’apparat destinée à l’inauguration du nouvel Opéra de Budapest ; trop tardif pour cette occasion, il entra néanmoins au répertoire en 1885 avec un grand succès populaire. Réservé par la suite aux grandes commémorations patriotiques, comme le millénaire de la Hongrie en 1896, l’ouvrage disparut des scènes hongroises entre 1945 et 1990 en raison de son sujet ouvertement chrétien et monarchique, jugé incompatible avec la culture officielle de l’époque communiste. Considéré aujourd’hui comme une œuvre d’intérêt historique et patrimonial plus que comme un chef-d’œuvre dramatique, il demeure un témoignage majestueux, dans la veine du grand opéra à la Meyerbeer, de la fondation chrétienne du royaume de Hongrie par son saint patron.

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