Note personnelle : ,

Donizetti, Gaetano — Poliuto (1848)

Format :

  • Tragedia lirica en trois actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Salvadore Cammarano, d’après la tragédie Polyeucte martyr de Pierre Corneille (1641-1642)
  • Langue : Italien

Création :

Composé en 1838 pour le Teatro San Carlo de Naples, l’ouvrage fut interdit de représentation par le roi Ferdinand II, la censure napolitaine jugeant inconvenant de porter à la scène le martyre d’un saint (« les histoires des martyrs sont vénérées dans l’Église et ne se représentent pas au théâtre »). Donizetti, après avoir payé les pénalités contractuelles, quitta Naples pour Paris dès octobre 1838 et remania l’ouvrage en un grand opéra français en quatre actes, Les Martyrs, sur un livret français d’Eugène Scribe, créé à l’Opéra de Paris le 10 avril 1840. La version italienne originale, telle que composée en 1838, ne fut finalement créée que le 30 novembre 1848 au Teatro San Carlo de Naples — quelques mois après la mort de Donizetti — sous la direction d’Antonio Farelli, avec Carlo Baucardé dans le rôle-titre.

Livret :

Cammarano adapte la tragédie Polyeucte martyr que Pierre Corneille avait tirée, au XVIIe siècle, de la légende de saint Polyeucte, noble arménien converti au christianisme et martyrisé vers 259 sous l’occupation romaine. L’œuvre est aujourd’hui considérée comme l’une des partitions les plus personnelles de Donizetti, marquée par une gravité religieuse inhabituelle dans son théâtre.

Intrigue :

  • Acte I : En Arménie, sous domination romaine, les chrétiens se réunissent clandestinement pour un baptême. Poliuto, magistrat local converti en secret, doute cependant de la fidélité de son épouse Paolina, fille du grand prêtre Callistene. Celle-ci, inquiète, le suit et se laisse elle-même toucher par les prières chrétiennes. Survient Severo, général romain que Paolina a autrefois aimé et cru mort à la guerre : de retour victorieux, il apprend avec fureur qu’elle a épousé Poliuto.
  • Acte II : Chez Felice, père de Paolina, Callistene ménage une entrevue entre Severo et Paolina ; bien que troublée, elle reste fidèle à son époux, mais Callistene s’arrange pour que Poliuto surprenne la scène et le persuade de son infidélité. Au temple de Jupiter, alors qu’on vient d’arrêter le chrétien Nearco, Poliuto, aveuglé de jalousie et de foi mêlées, proclame publiquement sa conversion et renverse l’autel du dieu païen.
  • Acte III : Dans sa prison, Poliuto songe à Paolina. Celle-ci vient le rejoindre, sa fidélité éclate enfin au grand jour et les deux époux se réconcilient ; touchée par sa foi, elle demande à son tour le baptême pour mourir avec lui. Malgré les ultimes tentatives de Severo pour la sauver, Paolina rejoint Poliuto et les néophytes chrétiens dans l’arène, choisissant ensemble le martyre.

Enregistrement(s) :

Antonino Votto — 1960

Format : Enregistrement public (live)
Label : Warner Classics (collection « Callas Live Remastered »)
Référence : 0190295844578
Année d’enregistrement : 7 décembre 1960, en public, Teatro alla Scala, Milan (soirée d’ouverture de la saison 1960-1961).
Distribution :

  • Poliuto : Franco Corelli, ténor
  • Paolina : Maria Callas, soprano
  • Severo : Ettore Bastianini, baryton
  • Callistene : Nicola Zaccaria, basse

Direction : Antonino Votto
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro alla Scala, Milan
Langue : Italien

Particularité :

Cette soirée du 7 décembre 1960 marquait l’ouverture de la saison scaligère, honneur que Callas avait déjà reçu à plusieurs reprises depuis ses débuts milanais de 1951. Si la critique s’accorde à n’y voir ni sa meilleure soirée ni sa meilleure Paolina — la cantatrice, nerveuse au premier acte, gagne en assurance et livre son chant le plus éloquent dans le duo du dernier acte —, le document reste précieux pour la prestance de Corelli en Poliuto et les prestations de Bastianini et Zaccaria, malgré des coupures non négligeables pratiquées par Votto dans la partition.

Oleg Caetani — 1986

Format : Enregistrement public (live), numérique (DDD)
Label : CBS Masterworks
Référence : M2K 44821 (2 CD)
Année d’enregistrement : 8 mars 1986, en public, Konzerthaus (Grand Salle), Vienne.
Distribution :

  • Poliuto : José Carreras, ténor
  • Paolina : Katia Ricciarelli, soprano
  • Severo : Juan Pons, baryton
  • Callistene : László Polgár, basse
  • Nearco : Paolo Gavanelli, basse
  • Felice : Harrie Peeters, basse
  • Un chrétien : Jorge Pita, ténor

Direction : Oleg Caetani
Orchestre : Wiener Symphoniker, Chor der Wiener Singakademie (chef de chœur : Agnes Grossmann)
Langue : Italien

Particularité :

Capté en public au Konzerthaus de Vienne, cet enregistrement se distingue par une distribution particulièrement étoffée qui pourvoit nommément jusqu’aux rôles secondaires (Nearco, Felice, un chrétien), restituant l’ouvrage de façon plus complète que de nombreuses gravures se limitant aux principaux protagonistes. Il offre, aux côtés du couple vedette Carreras-Ricciarelli, une captation moderne et soignée de la partition, loin des coupures d’usage pratiquées dans la tradition scaligère des années 1960.

Postérité :

Interdit de scène à Naples en 1838 puis transformé en grand opéra français sous le titre Les Martyrs, Poliuto ne connut sa création dans sa version italienne originelle qu’après la mort de Donizetti, en 1848. Repris de façon sporadique en Italie et en Europe au cours du XIXe siècle, l’ouvrage retomba ensuite dans un relatif oubli avant que sa reprise à la Scala en 1960, portée par la présence de Maria Callas, ne relance durablement l’intérêt pour la partition. Depuis, l’œuvre a connu des résurgences ponctuelles, notamment à Glyndebourne en 2015 et au Teatro Nuovo de New York en 2023, confirmant sa place parmi les tragedie liriche les plus abouties de la maturité de Donizetti.

 

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