Note personnelle : , ,

Donizetti, Gaetano — Roberto Devereux (1837)

Format :

  • Genre Tragedia lirica en trois actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti.
  • Livret : Salvadore Cammarano.
  • Langue : italien.

Création :

28 octobre 1837, Teatro San Carlo, Naples.
Donizetti compose Roberto Devereux dans une période personnelle très éprouvante : en l’espace de quelques mois il perd ses parents, puis un enfant mort-né, et le 30 juillet 1837 son épouse Virginia Vasselli meurt à 28 ans. L’essentiel de la partition est écrit dans le mois qui suit ce deuil, tandis que les répétitions à Naples sont elles-mêmes retardées par une épidémie de choléra. Malgré ce contexte, l’opéra remporte un vif succès et se diffuse rapidement à travers l’Europe (Paris dès décembre 1838, Londres en 1841) avant de disparaître presque totalement des scènes après 1882.

Livret :

Le livret de Salvadore Cammarano s’appuie sur la tragédie française Élisabeth d’Angleterre (1829) de Jacques-François Ancelot, elle-même nourrie de l’Histoire secrète des amours d’Élisabeth et du comte d’Essex (1787) de Jacques Lescène des Maisons. Cammarano connaissait également le livret que Felice Romani avait écrit pour Il conte d’Essex de Saverio Mercadante (1833), traitant du même épisode. L’œuvre dramatise, avec une grande liberté envers les faits historiques, la fin du règne d’Élisabeth Iʳᵉ et l’exécution de son favori Robert Devereux, comte d’Essex, en 1601.

Intrigue :

  • Acte I : À Westminster, Sara, duchesse de Nottingham, cache son trouble derrière la lecture de l’histoire de la Belle Rosemonde, dans laquelle elle voit un écho de sa propre situation : mariée à Nottingham, le plus proche ami de Robert Devereux, elle aime toujours ce dernier. La reine Élisabeth reçoit Robert, revenu d’Irlande où il est accusé de trahison, et lui laisse entrevoir ses propres sentiments ; interrogé sur ses amours, Robert nie tout attachement, éveillant la jalousie de la souveraine. Nottingham confie à Robert son inquiétude devant l’attitude de Sara, qu’il a vue broder un châle bleu. Dans les appartements de Sara, Robert lui reproche son mariage ; elle rétorque qu’il lui a été imposé par la reine. Apercevant une bague qu’elle croit offerte par Élisabeth, Sara déclare qu’ils ne doivent plus se revoir, mais lui offre en gage d’amour le fameux châle bleu ; les deux amants se séparent en songeant à la fuite de Robert.
  • Acte II : Cecil annonce à Élisabeth que le Parlement a condamné Robert à mort. Apprenant qu’il portait un châle bleu qu’il refusait de remettre, la reine l’exige. Nottingham vient plaider l’innocence de son ami. Amené devant la reine, Robert est confondu par le châle : Nottingham le reconnaît aussitôt et, se croyant trahi par sa femme, jure de se venger. Élisabeth offre à Robert la vie sauve s’il nomme son rival amoureux ; il refuse et signe ainsi son arrêt de mort, la reine faisant savoir qu’un coup de canon annoncera l’exécution.
  • Acte III : Sara reçoit de Robert sa bague, accompagnée d’une lettre la suppliant de la porter à la reine pour implorer sa grâce ; Nottingham survient, lit la lettre et empêche Sara de partir, tandis que résonne la marche funèbre annonçant la conduite de Robert à la Tour. Dans sa cellule, Robert s’étonne que son anneau ne soit jamais parvenu à la reine, mais refuse jusqu’au bout de trahir Sara ; Cecil vient le chercher pour le mener au billot. À Westminster, Élisabeth s’inquiète de l’absence de Sara lorsque celle-ci arrive enfin, échevelée, et lui remet la bague en avouant qu’elle est sa rivale. Élisabeth tente en vain d’arrêter l’exécution : le coup de canon retentit. Nottingham révèle avoir volontairement retardé la grâce : « C’est du sang que je voulais, et du sang j’ai eu ! ». Hantée par la vision de Robert décapité, Élisabeth annonce que Jacques VI d’Écosse lui succédera sur le trône, et reste seule à baiser l’anneau de son favori.

Enregistrement(s) :

Charles Mackerras — 1969

Format : 2 CD (initialement 3 33 tours).
Label : Deutsche Grammophon / Universal Classics, coll. « Westminster : The Legacy » (réédition ; publié à l’origine par ABC Records).
Référence : 471 224-2.
Année d’enregistrement : juin 1969, Londres.
Distribution :

  • Elisabetta, reine d’Angleterre : Beverly Sills, soprano
  • Roberto Devereux, comte d’Essex : Robert Ilosfalvy, ténor
  • Duc de Nottingham : Peter Glossop, baryton
  • Sara, duchesse de Nottingham : Beverly Wolff, mezzo-soprano
  • Lord Cecil : Kenneth MacDonald, ténor
  • Sir Walter Raleigh : Don Garrard, basse
  • Un page : Gwynne Howell, basse
  • Un serviteur de Nottingham : Richard Van Allan, basse

Direction : Charles Mackerras.
Orchestre : Royal Philharmonic Orchestra ; Chœur : Ambrosian Opera Chorus.
Langue : italien.

Particularité :

Premier grand enregistrement studio moderne de l’œuvre, il accompagne la redécouverte de Roberto Devereux portée par Beverly Sills, qui en fait le premier volet de son cycle des « trois reines Tudor » de Donizetti (avec Anna Bolena et Maria Stuarda), créé sur scène au New York City Opera en 1970. Mackerras y impose un sens dramatique très théâtral et Sills y déploie une vocalità brillante, en particulier dans la scène finale.

Bruno Bartoletti — 1972

Format : 2 CD, enregistrement public.
Label : Mondo Musica.
Référence : MFOH 10161.
Année d’enregistrement : 10 février 1972, Teatro La Fenice, Venise (captation live).
Distribution :

  • Elisabetta : Montserrat Caballé, soprano
  • Roberto Devereux : Gianni Raimondi, ténor
  • Duc de Nottingham : Walter Alberti, baryton
  • Sara, duchesse de Nottingham : Beverly Wolff, mezzo-soprano
  • Lord Cecil : Guido Fabbris, ténor
  • Sir Walter Raleigh : Carlo Micalucci, basse

Direction : Bruno Bartoletti.
Orchestre et Chœur : Teatro La Fenice, Venise.
Langue : italien.

Particularité :

Cette captation publique vénitienne a longtemps été considérée par de nombreux amateurs comme la référence discographique de l’œuvre. Raimondi y déploie un timbre chaud, un phrasé impeccable et un aigu éclatant qui donnent à Essex une vaillance juvénile, tandis que Caballé compose une Élisabeth à la fois humaine, vulnérable et royale, maîtrisant avec une aisance rare les vocalises et le suraigu exigés par le rôle ; le public de la Fenice salue la représentation par des « Molto bene ! » spontanés.

Bruno Campanella — 2015

Format : Blu-ray, 137 min.
Label : Bel Air Classiques.
Référence : BAC430.
Année d’enregistrement : octobre 2015, Teatro Real, Madrid (captation HD scénique).
Distribution :

  • Elisabetta, reine d’Angleterre : Mariella Devia, soprano
  • Roberto Devereux, comte d’Essex : Gregory Kunde, ténor
  • Duc de Nottingham : Marco Caria, baryton
  • Sara, duchesse de Nottingham : Silvia Tro Santafé, mezzo-soprano
  • Lord Guglielmo Cecil : Juan Antonio Sanabria, ténor
  • Sir Gualtiero Raleigh : Andrea Mastroni, basse

Direction : Bruno Campanella. Mise en scène : Alessandro Talevi.
Orchestre et Chœur : Orchestre et Chœur du Teatro Real de Madrid.
Langue : italien.

Particularité :

Production du Welsh National Opera de Cardiff reprise au Teatro Real, mise en scène par Alessandro Talevi dans une esthétique intemporelle jouant sur le clair-obscur. Mariella Devia y aborde le rôle d’Élisabeth en fin de carrière, dans une interprétation saluée pour la précision technique et l’intensité dramatique, aux côtés du Essex ardent de Gregory Kunde.

Postérité :

Après un vif succès européen au XIXe siècle, Roberto Devereux disparaît presque entièrement du répertoire après 1882. Sa redécouverte moderne commence en 1964 au Teatro San Carlo avec Leyla Gencer, avant d’être popularisée à l’échelle internationale par Beverly Sills et le New York City Opera à partir de 1970. L’œuvre s’impose depuis comme le troisième volet, souvent le plus exigeant vocalement, du triptyque des « reines Tudor » de Donizetti, régulièrement repris par les grandes sopranos belcantistes ; le Metropolitan Opera de New York ne le monte pour la première fois qu’en 2016, avec Sondra Radvanovsky.

 

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