Format :
- Tragedia lirica en un prologue et deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Giacomo Sacchèro
- Langue : italien
Création :
18 janvier 1844, Teatro San Carlo, Naples.
La création réunissait Fanny Goldberg (Caterina), Gaetano Fraschini (Gerardo), Filippo Coletti (Lusignano) et Nicola Beneventano (Mocenigo). Donizetti, alité et absent de la création, en attribua l’échec relatif à une distribution mal assortie — le rôle-titre, écrit pour soprano, ayant été confié à une chanteuse dont le format vocal ne lui convenait pas — ainsi qu’aux exigences de la censure napolitaine. L’ouvrage fut repris et révisé dès l’hiver suivant, avec un finale alternatif, pour Parme (Teatro Regio, 2 février 1845, avec Marianna Barbieri-Nini), production à laquelle Donizetti put cette fois assister : ce fut le dernier de ses opéras créé de son vivant.
Livret :
Giacomo Sacchèro adapte pour Donizetti le livret français de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges écrit pour La reine de Chypre de Fromental Halévy (Paris, Opéra, 1841), lui-même inspiré de la vie de Caterina Cornaro (1454-1510), dernière reine de Chypre. La genèse fut mouvementée : au moment même où Donizetti composait son opéra pour Vienne, il apprit qu’un compositeur bavarois, Franz Lachner, avait déjà mis en musique le même sujet (Catarina Cornaro, Munich, décembre 1841), ce qui faillit compromettre la création de sa propre partition.
Intrigue :
- Prologue : À Venise, au palais Cornaro, on célèbre les noces de Caterina, fille d’Andrea Cornaro, avec le chevalier français Gerardo. La cérémonie est interrompue par Mocenigo, envoyé du Conseil des Dix, qui exige que Caterina épouse plutôt Lusignano, roi de Chypre, sous peine de mort pour Gerardo. Pour sauver son fiancé, Caterina, déchirée, lui fait croire qu’elle ne l’aime plus au moment même où il vient l’enlever.
- Acte I : À Nicosie, Mocenigo complote pour livrer Chypre à Venise et fait tendre une embuscade à Gerardo, venu sur l’île sous l’habit de chevalier de Rhodes. Lusignano, déguisé en simple particulier, sauve sans le savoir la vie de son rival ; les deux hommes, découvrant leur identité commune de victimes des machinations vénitiennes, se réconcilient. Gerardo retrouve ensuite Caterina, devenue reine, lui révèle qu’elle l’avait autrefois sauvé par amour, et l’avertit que Venise empoisonne lentement le roi. Démasqué par Lusignano, Mocenigo fait sonner l’alarme : c’est la guerre.
- Acte II : Gerardo soulève le peuple de Nicosie pour repousser l’agresseur vénitien. Chypre triomphe, mais Lusignano revient du combat mortellement blessé et meurt dans les bras de Caterina, lui confiant son peuple. Proclamée reine, Caterina reçoit l’hommage de ses sujets tandis que Gerardo, sa mission accomplie, reprend le chemin de Rhodes.
Enregistrement(s) :

Aldo Silipigni — 1973
Format : enregistrement public (concert), intégrale, coffret 2 CD (couplé avec Pigmalione du même compositeur).
Label : On Stage!
Référence : 4701.
Année d’enregistrement : 15 avril 1973, en public, Carnegie Hall, New York.
Distribution :
- Caterina Cornaro : Leyla Gencer, soprano
- Gerardo : Giuseppe Campora, ténor
- Lusignano : Giuseppe Taddei, baryton
- Andrea Cornaro : Samuel Ramey, basse
- Mocenigo : James Morris, basse
Direction : Aldo Silipigni.
Langue : italien
Particularité :
Captée en concert à Carnegie Hall quelques mois avant la version parisienne dirigée par Masini, cette exécution doit beaucoup à l’engagement dramatique de Leyla Gencer, grande spécialiste du répertoire donizettien de reines malheureuses, entourée d’une distribution américaine encore débutante mais déjà remarquable, avec les jeunes Samuel Ramey et James Morris dans les rôles de basse.

Gian-Franco Masini — 1973
Format : enregistrement public (concert), intégrale, coffret 2 CD. Premier enregistrement mondial de l’œuvre.
Label : Rodolphe Productions, en coproduction avec l’INA (Institut National de l’Audiovisuel).
Référence : RP 12474/75.
Année d’enregistrement : 25 novembre 1973, en public, Salle Pleyel, Paris.
Distribution :
- Caterina Cornaro : Montserrat Caballé, soprano
- Gerardo : Giacomo Aragall, ténor
- Lusignano : Ryan Edwards, baryton
- Andrea Cornaro : Claude Meloni, basse
- Mocenigo : Gwynne Howell, basse
Direction : Gian-Franco Masini.
Orchestre et chœur : Orchestre lyrique et chœurs de l’ORTF.
Langue : italien
Particularité :
Donné en public salle Pleyel et conservé grâce aux archives de l’ORTF puis de l’INA, ce concert constitue le tout premier enregistrement de Caterina Cornaro, exhumant un ouvrage alors totalement absent du disque. Montserrat Caballé y déploie le legato et les demi-teintes qui firent sa réputation dans le répertoire donizettien, aux côtés d’un Giacomo Aragall au style racé, sous la direction de Gian-Franco Masini, artisan inlassable de la redécouverte du bel canto rare dans les années 1970.

David Parry — 2011
Format : enregistrement de studio, intégrale, coffret 2 CD, avec livret complet et traduction anglaise.
Label : Opera Rara.
Référence : ORC48.
Année d’enregistrement : 28 novembre au 2 décembre 2011, BBC Maida Vale Studios, Londres (diffusé sur BBC Radio 3 le 27 octobre 2012).
Distribution :
- Caterina Cornaro : Carmen Giannattasio, soprano
- Gerardo : Colin Lee, ténor
- Lusignano : Troy Cook, baryton
- Andrea Cornaro : Graeme Broadbent, basse
- Mocenigo : Vuyani Mlinde, basse
- Strozzi / Un chevalier du Roi : Loïc Félix, ténor
- Matilde : Sophie Bevan, soprano
Direction : David Parry.
Orchestre et chœur : BBC Symphony Orchestra ; BBC Singers (chef de chœur : Renato Balsadonna).
Langue : italien
Particularité :
Fruit du travail éditorial d’Opera Rara et de son directeur artistique Michael Haas, cette version de studio a l’immense mérite de restituer, en plus du finale du second acte tel qu’on l’entend habituellement, le finale alternatif composé par Donizetti pour la révision de Parme, permettant pour la première fois au disque de comparer les deux dénouements de l’ouvrage. Carmen Giannattasio y trouve un rôle taillé pour son tempérament dramatique, selon les mots mêmes de David Parry, qui considérait Caterina Cornaro comme le dernier grand opéra de cette période de Donizetti à n’avoir jamais bénéficié d’un enregistrement moderne digne de ce nom.
Postérité :
Accueilli fraîchement à sa création napolitaine, mais nettement mieux reçu lors de sa révision parmesane de 1845 — dernière première du vivant du compositeur —, Caterina Cornaro disparut ensuite du répertoire pendant plus d’un siècle, jusqu’à sa résurrection au Teatro San Carlo de Naples en 1972. Depuis lors, l’ouvrage s’est progressivement constitué une discographie et un petit noyau d’interprètes fidèles, sans toutefois retrouver la place occupée par les grands triomphes donizettiens de la même décennie tels que Lucia di Lammermoor ou Don Pasquale.

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