Note personnelle : ,

De Nebra, José — Venus y Adonis (1729)

Format :

  • Melodrama pastoral en un acte (une « petite opéra », selon le mot du personnage de Clarín), à l’origine deuxième journée de Las tres comedias en una.
  • Musique : José de Nebra
  • Livret : José de Cañizares
  • Langue : espagnol

Création :

12 novembre 1729, au Teatro del Príncipe de Madrid, par la compagnie de San Miguel, dans le cadre des trois pièces réunies sous le titre Las tres comedias en una, qui restèrent à l’affiche cinq jours.
Il est possible que Venus y Adonis ait ensuite été repris comme œuvre indépendante au Teatro de la Cruz un mois plus tard, le 12 décembre de la même année. Les chanteuses exactes de la création ne sont pas connues avec certitude, mais la compagnie de San Miguel comptait alors plusieurs des actrices-chanteuses les plus réputées de l’époque, parmi lesquelles Francisca de Castro, Petronila Jibaja ou Paula de Olmedo.

Livret :

José de Cañizares livre sa version de l’un des mythes les plus connus de l’Antiquité classique : furieuse d’apprendre que la beauté du jeune Adonis rivalise avec la sienne, la déesse Vénus décide de le faire périr et charge son amant, le dieu Mars, de s’en occuper ; celui-ci convoque, avec l’aide de la déesse Cybèle, un sanglier monstrueux pour exécuter le berger. Mais Vénus rencontre par hasard le jeune homme et en tombe éperdument amoureuse. Lorsqu’il apprend l’existence de l’énorme bête, Adonis décide malgré tout d’aller la tuer, en dépit des supplications de la déesse qui tente par tous les moyens de l’en empêcher. Adonis meurt dans les bras de Vénus après avoir été blessé par le sanglier, et la déesse choisit alors de l’immortaliser en le transformant en fleur. Aux quatre personnages sérieux s’ajoutent, selon la tradition de la zarzuela espagnole du XVIIe siècle, deux personnages comiques, Celfa et Clarín, dont les facéties (jusqu’à un duo de « poules ») ponctuent l’action. Les nymphes et les bergers commentent l’intrigue à la manière d’un chœur grec, tout en jouant un rôle actif dans la scène où Mars invoque la déesse Cybèle depuis les coulisses.

Intrigue :

  • Acte unique : Furieuse que la beauté d’Adonis lui soit comparée, Vénus jure de se venger et demande à son amant Mars de faire périr le jeune berger ; le dieu de la guerre invoque la déesse Cybèle, qui lui envoie un sanglier monstrueux chargé de le tuer. Se promenant incognito, Vénus rencontre par hasard Adonis endormi et, éblouie par sa beauté, tombe amoureuse de lui à son réveil, sans révéler son identité divine ni le complot qui le menace. Les serviteurs comiques Celfa et Clarín se courtisent maladroitement en parallèle, offrant leur comique habituel à l’intrigue amoureuse. Informé de la présence d’un sanglier redoutable rôdant dans la contrée, Adonis, en chasseur intrépide, décide de partir l’affronter malgré les supplications angoissées de Vénus, qui pressent le danger sans pouvoir le détourner de son dessein. Adonis affronte la bête et en meurt, succombant à ses blessures dans les bras de Vénus éplorée. Bouleversée par ce dénouement qu’elle a elle-même provoqué sans le vouloir, la déesse décide de rendre le jeune homme immortel en le métamorphosant en fleur, geste par lequel s’achève, sur une note à la fois tragique et merveilleuse, ce « doux mélodrame ».

Enregistrement(s) :

Alberto Miguélez Rouco — 2023

Format : 2 CD
Label : Aparté
Référence : Aparté AP373
Année d’enregistrement : du 10 au 16 novembre 2023, à l’hôtel Landgasthof de Riehen, Suisse, par Studio Noir (Jean-Daniel Noir) ; copyright 2025 Aparté, label de Little Tribeca.
Distribution :

  • Venus : Paola Valentina Molinari, soprano
  • Adonis : Natalie Pérez, soprano
  • Marte : Jone Martínez, soprano
  • Celfa : Ana Vieira Leite, soprano
  • Clarín : Judit Subirana, soprano
  • Cibeles : Margherita Maria Sala

Direction : Alberto Miguélez Rouco (clavecin et direction musicale)
Orchestre et chœur : Los Elementos, sur instruments d’époque, Claudio Rado premier violon solo
Langue : espagnol

Particularité :

Premier enregistrement mondial de cette œuvre, considérée comme l’une des deux seules productions scéniques conservées de la jeunesse de Nebra, antérieures à l’arrivée à la cour d’Espagne des musiciens italiens amenés par la reine Élisabeth Farnèse. Seules ont survécu, dans le manuscrit conservé au sanctuaire de Loyola, les parties du premier violon, des voix et de la basse continue : Alberto Miguélez Rouco a dû reconstituer l’intégralité de l’instrumentation manquante — second violon, alto, vents et cuivres — à partir d’une étude approfondie de la quasi-totalité de l’œuvre conservée de Nebra, en réutilisant les motifs et procédés que le compositeur employait ailleurs pour des pièces de facture comparable. Plusieurs passages ont même pu être restitués intégralement grâce à des réemplois ultérieurs identifiés par le chef dans d’autres œuvres de Nebra (Répons de Noël de 1752, messe In sono tubæ de 1748, cantate Bello pastor) ; l’air de Vénus « Mi airada venganza », conservé avec un texte différent dans le pastiche La Dorinda de Francesco Corradini, a quant à lui pu être repris tel quel. L’ouverture instrumentale de l’enregistrement est elle-même une adaptation d’une Sinfonia en fa majeur pour clavecin de Nebra conservée à la cathédrale de Saragosse.

Postérité :

Œuvre de jeunesse composée à seulement vingt-sept ans, Venus y Adonis occupe une place particulière dans le catalogue scénique de Nebra en tant que témoin, avec la zarzuela Las proezas de Esplandián composée la même année, du style du compositeur avant l’irruption du goût italien à la cour madrilène — bien différente, de l’aveu même de son interprète, des zarzuelas plus tardives et de l’exubérant baroque hispanique qui devait suivre. Longtemps ensevelie dans l’oubli après avoir été copiée en 1733 puis conservée de façon fragmentaire, l’œuvre s’inscrit, aux côtés de Vendado es Amor, no es ciego et Donde hay violencia, no hay culpa déjà restaurées par le même ensemble, dans l’entreprise plus large de redécouverte de l’intégrale scénique de José de Nebra menée par Los Elementos.

 

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