Format :
- Zarzuela en deux « jornadas » (actes), donnée sous le titre complet Para obsequio a la deydad, nunca es culto la crueldad, y Iphigenia en Tracia.
- Musique : José de Nebra
- Livret : Nicolás González Martínez
- Langue : espagnol
Création :
15 janvier 1747, au Coliseo de la Cruz de Madrid, par la troupe de comédiens de José de Parra.
La date est inhabituelle pour une zarzuela, ce genre étant généralement donné en été à Madrid : la mort de Felipe V en juillet de l’année précédente, et le deuil de cour qui s’ensuivit, avaient interrompu toute la vie théâtrale durant la période estivale ; ce n’est qu’à la fin du deuil officiel, peu avant Noël de la même année, que l’activité scénique put reprendre à Madrid, permettant la représentation de projets suspendus — parmi lesquels celle de notre zarzuela, initialement prévue peut-être pour l’été 1746.
Livret :
Nicolás González Martínez transpose librement à l’espagnole le mythe d’Iphigénie en Tauride tel qu’illustré notamment par l’Iphigénie en Tauride d’Euripide (vers 414 av. J.-C.) : Oreste, poursuivi par les Érinyes vengeresses après le meurtre de sa mère Clytemnestre, se rend en Tauride sur ordre d’Apollon pour y récupérer une statue sacrée d’Artémis, accompagné de son fidèle ami Pilade. Le librettiste confond dans son titre la Tauride antique (actuelle Crimée) avec la « Tracia », ce qui n’a aucun rapport géographique réel avec le texte d’Euripide — de même que la déesse locale, la farouche Artemis Tauropolos à qui l’on sacrifie tout étranger échoué sur ces côtes, y est identifiée à Diane. Iphigénie, sœur d’Oreste que celui-ci croit morte, y est devenue la grande prêtresse du temple, chargée bien malgré elle d’exécuter les infortunés naufragés. Aux côtés de cette trame « sérieuse » évoluent les personnages comiques traditionnels, Mochila et Cofieta, dont les facéties et le duo burlesque ponctuent l’action des deux jornadas.
Intrigue :
- Acte I : Sur les rives d’un pays mal identifié par le livret (dit « Tracia » mais correspondant en réalité à la Tauride antique), la déesse Diane, assimilée à l’farouche Artémis locale, exige le sacrifice de tout étranger échoué sur ces côtes hostiles. Dircea, jeune femme au cœur ulcéré par la trahison d’un amant infidèle, et Polidoro, fils du roi troyen Priam, épris de la grande prêtresse Ifigenia, se trouvent réunis sur ces rivages avec leurs serviteurs comiques Mochila et Cofieta. Un naufrage jette à la côte deux nouveaux étrangers, Orestes et son fidèle ami — inconnus l’un de l’autre, Ifigenia (qui officie comme prêtresse du temple) et Orestes (qui la croit morte depuis longtemps) sont pourtant frère et sœur, mais s’ignorent, promis à un destin tragique qui les rapprochera malgré eux du sacrifice.
- Acte II : Orestes, désigné comme victime du rite sanglant, se trouve confronté à la grande prêtresse chargée de l’immoler. Ifigenia hésite à consentir au sacrifice de cet étranger auquel elle se sent mystérieusement liée ; entre Orestes et son fidèle compagnon se noue un conflit de générosité mutuelle, chacun voulant se sacrifier à la place de l’autre. C’est au moment même où l’exécution doit avoir lieu qu’Ifigenia et Orestes se reconnaissent enfin comme frère et sœur, retrouvailles bouleversantes qui suspendent in extremis le couperet fatal. Réunis, ils profitent alors de l’arrivée opportune d’une flotte grecque pour s’enfuir en emportant la statue sacrée de la déesse, non sans devoir livrer bataille aux habitants du pays. La fuite réussit : de retour en Grèce, Orestes prend possession du royaume paternel à Mycènes et soumet Argos et la Laconie, tandis qu’Ifigenia dépose la statue recouvrée au temple d’Artémis à Brauron, où elle devient grande prêtresse. Dircea et Polidoro, restés seuls sur le rivage, referment l’intrigue sur une note de dépit amoureux caractéristique du genre.
Enregistrement(s) :

Emilio Moreno — 2011
Format : 2 CD (CD I : 53 min 51 s ; CD II : 43 min 06 s)
Label : Glossa
Référence : Glossa GCD920311
Année d’enregistrement : enregistré en public à León (Auditorio) et Soria (Teatro del Palacio de la Audiencia), Espagne, en décembre 2010 ; copyright 2011 MusiContact GmbH.
Distribution :
- Ifigenia : Marta Almajano, soprano
- Orestes : María Espada, soprano
- Dircea, Mochila : Raquel Andueza, soprano
- Polidoro : Soledad Cardoso, soprano
- Cofieta : Marta Infante, mezzo-soprano
Direction : Emilio Moreno (violon solo et direction musicale)
Orchestre et chœur : El Concierto Español, sur instruments d’époque ; chœur : Raquel Andueza (soprano I), Soledad Cardoso (soprano II), Marta Infante (soprano III), Carlos Javier Méndez (ténor)
Langue : espagnol
Particularité :
Enregistrement public réalisé à partir d’un concert donné en décembre 2010 dans le cadre du troisième cycle « Las Artes Escénicas y las Músicas Históricas » de León, organisé par le Centro Nacional de Difusión Musical (CNDM) de l’INAEM, avec de légères retouches captées le lendemain à Soria. La partition, transmise de façon lacunaire et dispersée, n’a survécu que sous forme de parties séparées — le manuscrit autographe de Nebra, conservé au monastère de San Lorenzo de El Escorial, ne comprenant que le brouillon des deux jornadas sans les parties parlées ; l’édition critique publiée en 1997 par l’Institución « Fernando el Católico » de Saragosse a servi de précieux point d’appui à Emilio Moreno pour établir sa propre reconstitution. Comme le veut la démarche de cette collection, l’enregistrement privilégie exclusivement les 24 numéros musicaux de l’œuvre — ouverture instrumentale, cuatros, airs et duos —, laissant de côté les dialogues parlés du livret d’origine, non repris ici en version de concert.
Postérité :
Comme les autres zarzuelas mythologiques de Nebra, Iphigenia en Tracia compte parmi les rares partitions du compositeur aragonais à nous être parvenues dans un état permettant une restitution moderne relativement fiable, aux côtés de Viento es la dicha de amor (1743) et Vendado es amor, no es ciego (1744) — le reste de sa riche production scénique n’ayant survécu, lorsqu’il a survécu, qu’à l’état de fragments épars. Longtemps ensevelie dans l’oubli des bibliothèques après la mort du compositeur en 1768, l’œuvre illustre la synthèse propre à Nebra entre veine « sérieuse » et intermèdes comiques, tradition espagnole du Siècle d’or et influence croissante du style italien alors dominant à la cour madrilène. Sa résurrection discographique en 2011 s’inscrit dans le mouvement plus large de redécouverte du patrimoine lyrique espagnol du XVIIIe siècle porté notamment par El Concierto Español et son fondateur Emilio Moreno.

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