Format :
- Dramma giocoso en deux actes.
- Musique : Domenico Cimarosa.
- Livret : Filippo Livigni.
- Langue : Italien.
Création :
Automne 1781, au Teatro San Samuele de Venise.
Cimarosa a trente-deux ans et compte déjà de nombreux succès dans les théâtres vénitiens et napolitains lorsqu’il donne cet ouvrage, qui devient l’un des plus grands triomphes internationaux de sa carrière : repris rapidement dans toute l’Italie, il gagne en quelques années Milan, Vienne, Londres (1787), Madrid puis Paris (1801), ainsi que Prague, Dresde et Salzbourg, et reste au répertoire jusque dans les années 1870, près d’un siècle après sa création. Une version abrégée fut également redonnée à Venise en 1786 sous le titre Il villano geloso.
Livret :
Filippo Livigni (actif d’environ 1767 à 1791), l’un des librettistes les plus prolifiques de la scène vénitienne du dramma giocoso, campe une comédie de la jalousie conjugale : un vieux et riche propriétaire terrien, Bernardone, dévoré de soupçons envers sa jeune épouse Giannina, entouré d’une galerie de personnages secondaires — militaires, fiancés, parents — caractéristique du genre bouffe de la fin du XVIIIe siècle.
Intrigue :
- Acte I : Giannina, jeune paysanne mariée au vieux et richissime Bernardone, se plaint sans relâche du sort de la femme mal mariée : son époux multiplie scènes de jalousie et reproches (« Che rabbia, che dispetto ! ») sans jamais lui témoigner la moindre douceur. Autour du couple gravitent Masino, frère de Giannina, marié à Lauretta, ainsi que l’officier hongrois Don Orlando, oncle de la jeune Donna Aurora fiancée au capitaine Francone : le vieux soldat, qui se targue d’avoir parcouru le monde et connu bien des femmes, se pose en juge des mœurs conjugales. Persuadé que son épouse le trompe, Bernardone la tient recluse et la rappelle sans cesse à l’ordre (« Torna a casa, non sta bene »), ce qui déclenche, dans le grand finale concertato de l’acte, reproches croisés, quiproquos et prises à partie collectives.
- Acte II : La jalousie de Bernardone redouble (« Ah, che moglie ! ») : convaincu que Giannina complote contre lui, il en vient à soupçonner jusqu’au capitaine Francone. Tandis que les couples secondaires — Aurora et Francone, Masino et Lauretta — poursuivent leurs propres intrigues, un cantastorie (chanteur des rues) survient à point nommé pour narrer, sur le ton de la fable édifiante, « la belle et gracieuse petite histoire d’un pauvre mari » — miroir comique de la situation même de Bernardone, qui finit par désarmer sa défiance. La vertu de Giannina éclate au grand jour et l’ouvrage se referme sur la réconciliation des deux époux et l’union des couples secondaires.
Enregistrement(s) :

Nino Sanzogno — 1953
Format : Enregistrement studio, coffret 2 CD (repiquage remasterisé).
Label : Andromeda.
Référence : Andromeda (coffret 2 CD).
Année d’enregistrement : 26 juillet 1953, Milan (studios de la RAI).
Distribution :
- Giannina : Sena Jurinac, soprano
- Bernardone : Sesto Bruscantini, basse
- Lauretta : Graziella Sciutti, soprano
- Donna Aurora : Disma de’ Cecco, mezzo-soprano
- Capitano Francone : Mario Carlin, ténor
- Masino : Carlo De’ Antoni, ténor
- Don Orlando : Mario Borriello, basse
Direction : Nino Sanzogno.
Orchestre : Orchestre et Chœur de la RAI de Milan.
Langue : Italien.
Particularité :
Ce témoignage radiophonique de 1953, aujourd’hui réédité et remastérisé par le label Andromeda, réunit une distribution particulièrement prestigieuse pour une œuvre pourtant rare : la jeune Sena Jurinac, déjà l’une des grandes voix mozartiennes et straussiennes de l’après-guerre, prête à Giannina une noblesse de timbre inattendue pour ce rôle de paysanne bafouée, tandis que Sesto Bruscantini campe un Bernardone bouffe savoureux, et que la piquante Graziella Sciutti complète une distribution entièrement tenue par des chanteurs de haut rang. Nino Sanzogno, chef italien réputé pour son engagement dans le répertoire tant ancien que contemporain, dirige avec vivacité l’Orchestre de la RAI de Milan. Document précieux, cet enregistrement demeure l’une des rares traces phonographiques d’un ouvrage qui fut pourtant, en son temps, l’un des plus joués de tout le répertoire comique italien en Europe.
Postérité :
Triomphe européen du répertoire comique italien pendant près d’un siècle après sa création, Giannina e Bernardone a connu un sort inverse de sa gloire passée : sombrée dans un oubli quasi total au XXe siècle, à l’instar de la plupart des dizaines d’opere buffe que Cimarosa composa avant que Il matrimonio segreto ne fixe définitivement sa réputation, elle ne doit sa survie qu’à de rares résurrections discographiques comme celle de 1953. Elle reste aujourd’hui un témoignage précieux de la popularité immense — et aujourd’hui largement oubliée — que connut Cimarosa comme fournisseur inépuisable de comédies lyriques pour toute l’Europe du dernier tiers du XVIIIe siècle.

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